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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2100728

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2100728

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2100728
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET TISSOT-POLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 juin 2021 et le 14 mars 2023, Mme A B, représentée par Me Tissot-Poli, demande au tribunal :

1°) d'ordonner avant dire droit une expertise ;

2°) de condamner l'université de Corte à l'indemniser de son entier préjudice en réparation de l'accident de travail dont elle a été victime le 20 octobre 2016 ;

3°) de mettre à la charge de l'université de Corte la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

- la juridiction administrative est compétente pour statuer sur ses conclusions tendant à indemniser les conséquences de l'accident de service dont elle été victime le 20 octobre 2016 ;

- cet accident est présumé imputable au service ;

- en tout état de cause, l'université n'a pas pris les précautions suffisantes pour sécuriser l'aménagement du laboratoire ;

- elle peut prétendre au versement d'une indemnité destinée à réparer intégralement ses préjudices, complémentaire à la rente d'invalidité au taux de 15 % qui lui a été attribuée.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 décembre 2022 et le 28 mars 2023, l'université de Corte, représentée par Me Carreras Vinciguerra, conclut au rejet de la requête et à ce que le versement de la somme de 2 000 euros soit mis à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'université soutient que :

- la juridiction administrative n'est pas compétente pour statuer sur la responsabilité sans faute de l'Etat, dans la mesure où un agent contractuel de droit public, dès lors qu'il ne se prévaut pas d'une faute inexcusable ou d'une faute intentionnelle de son employeur ou de l'un des préposés de celui-ci, ne peut exercer contre cet employeur une action en réparation devant les juridictions administratives, conformément aux règles du droit commun, à la suite d'un accident de travail dont il a été victime ;

- la requérante ne se prévaut pas d'une faute intentionnelle de son employeur ;

- la faute inexcusable de l'université de Corte ne pourra être retenue ;

- en tout état de cause, la demande indemnitaire fondée sur une faute inexcusable serait prescrite en application de l'article L. 431-2 du code de la sécurité sociale ;

- il convient de prendre en compte la durée du contrat en cours, soit six mois, à la date de l'accident pour déterminer le régime social dont relève l'intéressée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Nathalie Sadat, conseillère ;

- et les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, engagée en qualité d'ingénieur d'étude par l'université de Corte à compter du 21 mars 2016 jusqu'au 30 juin 2016, puis à compter du 1er juillet 2016 jusqu'au 31 décembre 2016, a été blessée au pied gauche le 20 octobre 2016 à l'occasion de la chute de l'étagère d'une armoire au cours des travaux d'aménagement du laboratoire au sein duquel elle exerçait ses fonctions. Son employeur l'a ensuite placée en congés pour accident de travail du 21 octobre 2016 au 31 octobre 2017. L'accident a été reconnu imputable au service et Mme B s'est vue attribuer une rente d'invalidité à un taux de 15 % par une décision de la caisse primaire d'assurance maladie du 12 avril 2018. Par un recours daté du 17 mars 2021, elle a sollicité auprès de l'université de Corte l'indemnisation de son préjudice et a appelé de ses vœux la conduite d'une expertise médicale préalable. Par un courrier du 5 mai 2021, le président de l'université a rejeté ce recours. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal de l'indemniser de l'intégralité de ses préjudices personnels résultant de l'accident de service survenu le 20 octobre 2016.

2. Aux termes de l'article 2 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat, dans sa rédaction applicable au litige : " La réglementation du régime général de sécurité sociale ainsi que celle relative aux accidents du travail et aux maladies professionnelles sont applicables, sauf dispositions contraires, aux agents contractuels visés à l'article 1er du présent décret. / Les agents contractuels 1° Sont, dans tous les cas, affiliés aux caisses primaires d'assurance maladie pour bénéficier des assurances maladie, maternité, invalidité et décès et de la couverture du congé de paternité ; 2° Sont affiliés aux caisses primaires d'assurance maladie pour les risques accidents du travail et maladies professionnelles s'ils sont recrutés ou employés à temps incomplet ou sur des contrats à durée déterminée d'une durée inférieure à un an ; dans les autres cas, les prestations dues au titre de la législation sur les accidents du travail et maladies professionnelles sont servies par l'administration employeur () ". Aux termes de l'article L. 451-1 du code de la sécurité sociale : " Sous réserve des dispositions prévues aux articles L. 452-1 à L. 452-5, L. 454-1, L. 455-1, L. 455-1-1 et L. 455-2 aucune action en réparation des accidents et maladies mentionnés par le présent livre ne peut être exercée conformément au droit commun, par la victime ou ses ayants droit ". Aux termes de l'article L. 452-1 du code : " Lorsque l'accident est dû à la faute inexcusable de l'employeur ou de ceux qu'il s'est substitués dans la direction, la victime ou ses ayants droit ont droit à une indemnisation complémentaire dans les conditions définies aux articles suivants ". L'article L. 452-3 de ce code, tel qu'interprété par le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2010-8 QPC du 18 juin 2010, prévoit que, dans le cas d'une faute inexcusable de l'employeur, la victime a le droit de demander à l'employeur, devant la juridiction de sécurité sociale, la réparation de l'ensemble des dommages non couverts par le livre IV du code de la sécurité sociale qui sont résultés pour elle de l'accident. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 452-5 du même code : " Si l'accident est dû à la faute intentionnelle de l'employeur ou de l'un de ses préposés, la victime ou ses ayants droit conserve contre l'auteur de l'accident le droit de demander la réparation du préjudice causé, conformément aux règles du droit commun, dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé par application du présent livre ". Le premier alinéa de l'article L. 454-1 de ce code dispose : " Si la lésion dont est atteint l'assuré social est imputable à une personne autre que l'employeur ou ses préposés, la victime ou ses ayants droit conserve contre l'auteur de l'accident le droit de demander la réparation du préjudice causé, conformément aux règles de droit commun, dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé par application du présent livre ".

3. Il résulte des dispositions précitées qu'un agent contractuel de droit public peut demander au juge administratif la réparation par son employeur du préjudice que lui a causé l'accident du travail dont il a été victime, dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé par application du code de la sécurité sociale, lorsque cet accident est dû à la faute intentionnelle de cet employeur ou de l'un de ses préposés. Il peut également exercer une action en réparation de l'ensemble des préjudices résultant de cet accident non couverts par le livre IV du code de la sécurité sociale, contre son employeur, devant la juridiction de sécurité sociale, en cas de faute inexcusable de ce dernier, ou contre une personne autre que l'employeur ou ses préposés, conformément aux règles du droit commun, lorsque la lésion dont il a été la victime est imputable à ce tiers.

4. Il résulte, en revanche, des mêmes dispositions qu'en dehors des hypothèses dans lesquelles le législateur a entendu instituer un régime de responsabilité particulier, un agent contractuel de droit public, dès lors qu'il ne se prévaut pas d'une faute intentionnelle de son employeur ou de l'un des préposés de celui-ci, ne peut exercer contre cet employeur une action en réparation devant les juridictions administratives, conformément aux règles du droit commun, à la suite d'un accident du travail dont il a été la victime.

5. D'une part, il résulte de ce qui vient d'être dit que la qualification de la faute invoquée relève d'une appréciation au fond. Dès lors, l'exception d'incompétence opposée par l'université de Corte doit être écartée.

6. D'autre part, il résulte de l'instruction qu'à la suite de l'accident de travail dont elle a été victime le 20 octobre 2016, Mme B alors engagée depuis moins d'une année, s'est vue attribuer une rente d'invalidité à un taux de 15 %. Si cette dernière soutient qu'elle peut prétendre au versement d'une indemnité complémentaire de nature à réparer intégralement son préjudice, en se bornant à soutenir que " les précautions exigées n'ont pas été prises au moment de l'aménagement du laboratoire au sein duquel elle travaillait () puisqu'une étagère très lourde a chuté sur son pied ", elle ne se prévaut d'aucune faute intentionnelle de l'université de Corte ou de l'un de ses préposés. Dès lors, sa requête ne saurait être accueillie.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de Mme B ainsi que celles tendant à la désignation d'un expert ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'université de Corte, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. D'autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme B une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par l'université de Corte et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Mme B versera à l'université de Corte une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'université de Corte.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 7 décembre 2023.

La rapporteure,

Signé

N. SADATLe président,

Signé

P. MONNIER

Le greffier,

Signé

A. AUDOUIN

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

A. AUDOUIN

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