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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2100756

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2100756

mardi 23 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2100756
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat statuant seul

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et des mémoires, enregistrés le 17 juin 2021 et les 24 février et 20 avril 2022, sous le n° 2100718, M. et Mme A B doivent être regardés comme demandant au tribunal de prononcer la réduction des cotisations de taxe foncière mises à leur charge au titre des années 2019 et 2020 à raison de leur immeuble d'habitation situé lieudit U Mozzu, route des Milelli à Ajaccio.

Ils soutiennent que :

- la procédure d'imposition est irrégulière, dès lors que l'administration a établi les impositions en litige en retenant d'autres éléments que ceux résultant de leur propre déclaration, sans leur permettre de présenter des observations, ce qui constitue une violation du principe général des droits de la défense ;

- le coefficient d'entretien de 1,20 est exagéré, au regard de l'état médiocre de la construction qui justifierait un coefficient de 0,9 ;

- le coefficient de situation particulière de 0 n'est pas justifié et devrait être fixé à -0,5.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 décembre 2021, le 8 avril 2022 et le 17 avril 2023, le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse conclut à ce qu'il n'y a plus lieu de statuer à hauteur du dégrèvement prononcé en cours d'instance et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- le dégrèvement accordé en cours d'instance correspond à la prise en compte d'un coefficient d'entretien de 1,10 au titre de l'année 2020 ;

- les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 20 avril 2023, l'instruction a été rouverte puis clôturée au 5 juin 2023.

II. Par une requête et des mémoires, enregistrés le 24 juin 2021, le 1er août 2022 et le 31 mars 2023, sous le n° 2100756, M. et Mme A B demandent au tribunal de prononcer la réduction des cotisations de taxe d'habitation mises à leur charge au titre des années 2019 et 2020.

Ils soutiennent que :

- la décision du 3 mai 2021 par laquelle l'administration a prononcé un dégrèvement partiel de la taxe d'habitation réclamée au titre de l'année 2020 est insuffisamment motivée et ne précise pas les voies et délais de recours ;

- la procédure d'imposition est irrégulière, dès lors que l'administration a établi les impositions en litige en retenant d'autres éléments que ceux résultant de leur propre déclaration, sans leur permettre de présenter des observations, ce qui constitue une violation du principe général des droits de la défense ;

- le coefficient d'entretien de 1,20 est exagéré, au regard de l'état médiocre de la construction qui justifierait un coefficient de 0,9 ;

- le coefficient de situation particulière de 0 n'est pas justifié et devrait être fixé à -0,5.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 mars et 17 avril 2023, le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse conclut au non-lieu à statuer à hauteur du dégrèvement prononcé en cours d'instance et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- le dégrèvement accordé en cours d'instance correspond à la prise en compte d'un coefficient de situation générale de -0,05 au titre de l'année 2019 ;

- les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 3 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 22 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience dans ces deux affaires.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Baux a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B qui sont propriétaires d'une maison d'habitation située lieudit U Mozzu, route des Milelli à Ajaccio, doivent être regardés comme demandant au tribunal la réduction des cotisations, respectivement, de taxe foncière sur les propriétés bâties et de taxe d'habitation, auxquelles ils ont été assujettis au titre des année 2019 et 2020 à raison de cette maison.

2. Les requêtes n° 2100718 et n° 2100756 présentées par M. et Mme B, qui ont fait l'objet d'une instruction commune, concernent la situation des mêmes contribuables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'étendue du litige :

3. D'une part, par une décision du 19 octobre 2021, postérieure à l'introduction de la requête n° 2100718, le directeur départemental des finances publiques de la Corse-du-Sud a prononcé le dégrèvement, en droits, à concurrence d'une somme de 264 euros au titre de la taxe foncière sur les propriétés bâties, correspondant à la prise en compte d'un coefficient d'entretien de 1,10 au titre de l'année 2020. Les conclusions de la requête de M. et Mme B dirigées à l'encontre des cotisations de taxes foncières de l'année 2020 sont, dans cette mesure, devenues sans objet.

4. D'autre part, par une décision du 3 mars 2023, postérieure à l'introduction de la requête n° 2100756, le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse a prononcé le dégrèvement, en droits, à concurrence d'une somme de 282 euros au titre de la taxe d'habitation, correspondant à la prise en compte d'un coefficient de situation générale de -0,05 au titre de l'année 2019. Les conclusions de la requête de M. et Mme B dirigées à l'encontre des cotisations de taxes d'habitation de l'année 2019 sont, dans cette mesure, devenues sans objet.

Sur le surplus des conclusions des requêtes :

En ce qui concerne le moyen commun aux deux requêtes, tiré de la régularité de la procédure d'imposition :

5. Lorsqu'une imposition est assise sur la base d'éléments qui doivent être déclarés par le redevable, l'administration ne peut établir, à la charge de celui-ci, des droits excédant le montant de ceux qui résulteraient des éléments qu'il a déclarés qu'après l'avoir, conformément au principe général des droits de la défense, mis à même de présenter ses observations. Toutefois, l'administration n'est pas tenue de mettre le contribuable à même de présenter des observations lorsqu'elle procède, sans modifier les éléments déclarés par le contribuable, à une évaluation de la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière dont le contribuable est propriétaire.

6. Il résulte de l'instruction, d'une part, que les impositions en litige, relatives aux années 2019 et 2020, ont été établies par voie de rôle général et non par voie de rôle supplémentaire, d'autre part, que l'administration n'a nullement remis en cause les éléments déclarés par les contribuables. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à invoquer la méconnaissance du principe général des droits de la défense à l'appui de leur demande de réduction de la cotisation des impositions en litige.

Sur le moyen de la requête n° 2100756 tiré de l'illégalité de la décision du 3 mai 2021 portant dégrèvement partiel de la taxe d'habitation de l'année 2020 :

7. Aux termes de l'article R. 198-10 du livre des procédures fiscales : " () En cas de rejet total ou partiel de la réclamation, la décision doit être motivée () ". Les vices susceptibles d'affecter la décision par laquelle l'administration statue, postérieurement à la mise en recouvrement, sur la réclamation préalable du contribuable sont sans influence sur la régularité et le bien-fondé des impositions contestées. Par suite, une insuffisance de motivation a pour seul effet de priver l'administration et, après elle, le juge, de la possibilité d'opposer au contribuable la tardiveté de ses conclusions devant le tribunal. Ainsi, le moyen tiré de ce que la décision du 3 mai 2021 par laquelle l'administration a prononcé un dégrèvement partiel de la taxe d'habitation réclamée au titre de l'année 2020 serait insuffisamment motivée et ne préciserait pas les voies et délais de recours doit, en tout état de cause, être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions restant en litige :

8. En application de l'article 324 P de l'annexe III au code général des impôts, le correctif d'ensemble est égal à la somme algébrique des coefficients d'entretien et de situation définis aux articles 324 Q et 324 R de ce code.

9. En premier lieu, aux termes de l'article 324 Q de l'annexe III du code général des impôts : " Le coefficient d'entretien est déterminé conformément au barème suivant : Bon - Construction n'ayant besoin d'aucune réparation 1,20. Assez bon - Construction n'ayant besoin que de petites réparations 1,10. Passable - Construction présentant, malgré un entretien régulier, des défauts permanents dus à la vétusté, sans que ceux-ci compromettent les conditions élémentaires d'habitabilité 1. Médiocre - Construction ayant besoin de réparations d'une certaine importance, encore que localisées 0,90. Mauvais - Construction ayant besoin de grosses réparations dans toutes ses parties 0,80 ".

10. Les requérants soutiennent que pour déterminer la surface pondérée nette de leur maison, l'administration a retenu un coefficient d'entretien de 1,20 qui correspond à une " construction n'ayant besoin d'aucune réparation " alors que leur propriété connaît de nombreux désordres et malfaçons. Toutefois, si M. et Mme B font état de ce que leur maison d'habitation aurait besoin de réparations localisées mais d'une certaine importance et qu'ainsi devrait leur être appliqué un coefficient d'entretien de 0,9 que le barème définit comme correspondant à l'état "médiocre" d'une "construction ayant besoin de réparations d'une certaine importance, encore que localisées", il n'est pas établi que les désordres et malfaçons dont ils se prévalent, liés aux caractéristiques mêmes de la construction, résulteraient de son entretien et seraient de nature à faire regarder comme erroné le coefficient appliqué. Par suite, les travaux que nécessiterait cette habitation ne justifient pas en eux-mêmes que le coefficient d'entretien de la maison d'habitation soit ramené à 0,90.

11. Pour apprécier l'état d'entretien de l'immeuble en cause au 1er janvier de l'année d'imposition contestée, il convient de prendre en compte les éléments relatifs au gros œuvre (murs, charpente, escaliers, planchers, balcons), les couvertures et terrasses (y compris les souches de cheminées, gouttières, chéneaux et descentes d'eau), le ravalement des façades, les huisseries extérieures et, dans les immeubles collectifs, les parties communes (peintures des cages d'escaliers et des couloirs, etc.). En revanche, les travaux de menu entretien intérieur (réparations locatives, tapisseries et peintures des appartements, etc.) restent, en principe, sans influence sur la valeur locative et n'ont pas, en conséquence, à être pris en considération. Pour cela, doivent notamment être pris en compte les travaux éventuellement entrepris depuis cette date ainsi que les travaux envisagés à la date du jugement dont la nécessité est attestée, dès lors que leur nature et leur montant révèlent le besoin de réparations de la construction.

12. Il résulte de l'instruction que la maison des requérants a été achevée en 2014. Si, pour contester l'application du coefficient de 1,20 retenu par l'administration, M. et Mme B soutiennent que leur maison connaissait dès son achèvement de nombreuses malfaçons, ils n'apportent à l'appui de cette affirmation aucun élément permettant d'en apprécier le bien-fondé alors même que la déclaration H1 des requérants du 6 mai 2014 ne faisait état d'aucune malfaçon.

13. Cependant, il résulte également de l'instruction que les requérants ont souscrit, le 3 mai 2020, une déclaration H1 rectificative qui fait état du caractère médiocre de l'état d'entretien de la maison, appuyé par un procès-verbal d'un huissier, du 24 avril 2020, dont il ressort en particulier que la maison connaît des problèmes d'étanchéité et d'isolation, ainsi que la présence de microfissures sur des façades, malgré une apparence générale de bonne facture. Dans ces conditions, il y a lieu de considérer que l'état d'entretien de leur habitation justifie l'application d'un coefficient d'entretien de 1,10 correspondant à une construction n'ayant besoin que de petites réparations au titre de l'année 2020, année au cours de laquelle les éléments ont été portés à la connaissance de l'administration.

14. En second lieu, aux termes de l'article 324 R de l'annexe III au code général des impôts : " Le coefficient de situation est égal à la somme algébrique de deux coefficients destinés à traduire, le premier, la situation générale dans la commune, le second, l'emplacement particulier : COEFFICIENT :/ Situation excellente, offrant des avantages notoires sans inconvénients marquants : + 0,10 /Situation bonne, offrant des avantages notoires en partie compensés par certains inconvénients: + 0,05 / Situation ordinaire, n'offrant ni avantages ni inconvénients ou dont les uns et les autres se compensent : 0 /Situation médiocre, présentant des inconvénients notoires en partie compensés par certains avantages : - 0,05 / Situation mauvaise, présentant des inconvénients notoires sans avantages particuliers : - 0,10./ Le coefficient de situation particulière tient compte notamment de la présence ou de l'absence de dépendances non bâties ".

15. S'agissant du coefficient de situation particulière, les requérants affirment que c'est à tort que le coefficient de situation particulière de 0 a été retenu. Ils se prévalent à cet égard de l'existence d'une servitude de passage, de l'absence d'aire de stationnement à proximité de leur habitation, d'un accès difficile et dangereux à leur maison et de contraintes liées au caractère encaissé de leur bâti. Toutefois, ces inconvénients sont compensés par les avantages tenant, notamment, à une vue agréable et une bonne exposition ainsi qu'un accès globalement bon au regard des caractéristiques de la Corse. En outre, il résulte de l'instruction que le même coefficient de 0 a été appliqué aux trois maisons environnantes. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que les désagréments dont ils se prévalent soient de nature à justifier l'application d'un coefficient de situation particulière négatif.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme B sont seulement fondés à demander la réduction des cotisations de taxe d'habitation afférentes à l'année 2020 à hauteur d'un correctif d'ensemble qui doit être fixé à 1,10 au lieu de la valeur de 1,20 retenue par l'administration fiscale.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les requêtes nos 2100718 et 2100756 à hauteur, respectivement, des dégrèvements de 264 euros au titre de l'année 2020 et de 282 euros au titre de l'année 2019.

Article 2 : Le correctif d'ensemble est fixé à 1,10 s'agissant de la taxe d'habitation de l'année 2020.

Article 3 : M. et Mme B sont déchargés de leur cotisation de taxe d'habitation de l'année 2020 à hauteur de la différence entre le correctif d'ensemble de 1,20 qui leur a été appliqué et celui fixé à l'article 2 ci-dessus.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B et au directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2022.

La présidente,

Signé

A. Baux

La greffière,

Signé

H. MannoniLa République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

H. Mannoni

Nos 2100718 - 2100756Nos 2100718 - 21007563

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