vendredi 22 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2100773 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LETURCQ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 juin 2021 et le 12 mai 2022, la société civile immobilière (SCI) Les Oliviers de Sorbes, représentée par la SELARL Noûs Avocats, agissant par Me Michel, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de condamner la société Electricité de France (EDF) à lui verser la somme de 187 972 euros au titre de ses fautes ayant engendré des retards dans le raccordement de sa maison au réseau électrique ;
2°) de mettre à la charge de la société EDF la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société requérante soutient que :
- sa requête est recevable dès lors que, en vertu de l'article 2241 du code civil, sa saisine du juge judiciaire a interrompu le délai de forclusion ; en outre, le délai prévu à l'article R. 421-1 du code de justice administrative ne lui est pas opposable dès lors que la société EDF n'est pas chargée d'une mission de service public administratif ;
- sa demande n'est pas prescrite en application du délai quinquennal prévu à l'article 2224 du code civil dès lors qu'il court à compter du 10 juin 2013 ;
- la société EDF a commis des fautes de nature à engager sa responsabilité en raison du caractère erroné de l'avis du 3 mars 2011, de la faute tirée du caractère déraisonnable dans lequel a été instruite sa demande de raccordement et du délai d'un an entre la réalisation des travaux par le syndicat départemental d'énergie de la Corse-du-Sud (SDE2A) et la réception par la société EDF ;
- elle est fondée à obtenir l'indemnisation de la perte des loyers, des frais d'assurance et de l'achat d'un groupe électrogène.
Par un mémoire en observations, enregistré le 18 août 2021, le préfet de la Corse-du-Sud conclut au rejet de la requête. Le préfet fait valoir que la responsabilité de l'Etat ne saurait être engagée.
Par un mémoire, enregistré le 30 août 2021, la société EDF, représentée par Me Deconstanza, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la société requérante à lui verser la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La société EDF soutient que :
- la requête est irrecevable en application de l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;
- la demande indemnitaire est prescrite en application des prescriptions tant quadriennale que quinquennale, dès lors que la société requérante a eu connaissance au plus tard en avril 2012 de la nécessité que les travaux soient réalisés par le SDE2A ;
- l'avis du 3 mars 2011 est un acte préparatoire insusceptible de recours pour excès de pouvoir ;
- la requête est mal dirigée en application de la jurisprudence selon laquelle dans le cadre de la procédure d'instruction d'une demande d'autorisation d'urbanisme, seule la responsabilité de la personne publique qui délivre ou refuse de délivrer l'autorisation sollicitée, quand bien même la faute entacherait un avis émis par une autre personne au cours de l'instruction de sa demande ; en outre, l'exécution des travaux dont s'agit relevant de la maîtrise d'ouvrage du SDE2A, le retard dans le branchement au réseau public d'électricité n'est imputable qu'à ce syndicat ;
- elle n'a commis aucune faute en émettant son avis de 2011, dès lors qu'elle ne disposait pas alors de la puissance de raccordement nécessitée par le projet ;
- la société requérante ne justifie pas du retard dont elle se prévaut, notamment pas d'un point de départ ; qu'il n'y a eu aucun retard dès lors qu'elle a instruit rapidement le dossier ;
- en tout état de cause, cet avis n'a pas de lien de causalité avec les préjudices dont la société requérante demande réparation ;
- la société requérante ne justifie pas de l'étendue de ses préjudices.
Par un mémoire en observations, enregistré le 27 juin 2022, le SDE2A, représenté par Me Costantini, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la société requérante à lui verser la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Le syndicat soutient que sa responsabilité ne saurait être engagée en application de l'autorité de la chose jugée du jugement n° 1400651 du 1er décembre 2016.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pierre Monnier, président ;
- et les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Les Oliviers de Sorbes a demandé le 14 février 2011 un permis de construire, en vue de la construction d'une maison individuelle avec piscine sur la parcelle cadastrée section B n° 193 située au lieudit Tarco sur la commune de Conca. Sollicités dans le cadre de l'instruction de cette demande, les services de la société EDF ont émis le 2 mars 2011 un avis selon lequel le réseau public de distribution était susceptible d'accueillir le raccordement du projet sans qu'une extension hors du terrain d'assiette de l'opération soit nécessaire sur la base, notamment, d'une puissance de raccordement par défaut de 36 kVA triphasé. Par arrêté en date du 12 mai 2011, le maire de Conca a, au nom de l'Etat, accordé ce permis de construire sous réverse de certaines prescriptions, en particulier que la puissance de raccordement soit limitée à 36 kVA triphasé. Par un courrier notifié le 5 juillet 2017, la société requérante a introduit une réclamation auprès de la société EDF tendant à l'indemnisation des préjudices financiers subis à raison du caractère erroné de l'avis du 2 mars 2011 et du défaut d'information de son gérant concernant cette erreur. Par acte du 25 octobre 2017, la SCI Les Oliviers de Sorbes a sollicité auprès du tribunal de grande instance d'Ajaccio la condamnation de la société EDF à lui verser la somme de 187 972 euros en se fondant sur deux griefs : le caractère erroné de l'avis émis le 2 mars 2011 par la société EDF et, en outre, d'avoir tardé plus d'un an pour répondre à sa demande de raccordement. Par ordonnance rendue le 26 octobre 2018, le juge de la mise en état de ce tribunal a décliné sa compétence en estimant que seul le tribunal administratif était compétent pour connaître du litige. Par un arrêt en date du 16 décembre 2020, la Cour d'appel de Bastia a confirmé l'ordonnance du 26 octobre 2018 au motif que la demande relevait bien de la compétence du tribunal administratif. La société requérante demande au tribunal de condamner la société EDF à lui verser la somme de 187 972 euros correspondant aux préjudices qu'elle a subis.
2. Dans sa requête introductive d'instance, la SCI Les Oliviers de Sorbes se plaint, d'une part de ce que l'avis du 2 mars 2011 de la société EDF est erroné en ce qu'il indique que son terrain était desservi par un réseau public d'électricité, d'autre part, que cette société aurait attendu le 10 juin 2013 pour l'informer du caractère erroné de cette information. Dans son mémoire en réplique, elle soutient aussi pour la première fois que la responsabilité de la société EDF est engagée à raison du délai particulièrement long pour réceptionner les travaux.
Sur la responsabilité à raison de l'avis erroné du 2 mars 2011 :
3. Une faute commise dans le cadre de la procédure d'instruction d'une demande d'autorisation d'urbanisme n'est susceptible d'engager, à l'égard du pétitionnaire, que la responsabilité de la personne publique qui délivre ou refuse de délivrer l'autorisation sollicitée, quand bien même la faute entacherait un avis émis par une autre personne au cours de l'instruction de la demande.
4. Aux termes de l'article R. 423-50 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente recueille auprès des personnes publiques, services ou commissions intéressés par le projet, les accords, avis ou décisions prévus par les lois ou règlements en vigueur ". Il résulte de l'instruction que l'administration a sollicité l'avis de la société EDF dans le cadre de l'instruction de la demande de permis de construire déposée par la SCI les Oliviers de Sorbes. A supposer même que, dans leur avis rendu le 2 mars 2011, les services de la société EDF aient indiqué à tort que le réseau public de distribution d'électricité était susceptible d'accueillir le raccordement du projet de la SCI Les Oliviers de Sorbes, cette erreur est susceptible de n'engager que la responsabilité de l'Etat dès lors que, ainsi qu'il a été déjà dit au point 1, le permis de construire dont la SCI Les Oliviers de Sorbes est bénéficiaire a été délivré par le maire de Conca au nom de l'Etat.
Sur la responsabilité à raison du fait que la société EDF aurait attendu le 10 juin 2013 pour informer la société requérante que l'avis du 2 mars 2011 était erroné :
5. Il n'est pas contesté que la SCI Les Oliviers de Sorbes a eu besoin d'une puissance de raccordement supérieure à celle de 36 kVA triphasée pour laquelle son permis de construire lui a été délivré sur la base de l'avis émis par la société EDF le 2 mars 2011. Du reste, il résulte de l'instruction que la société requérante a eu recours pour pallier l'absence de raccordement à un groupe électrogène de 62 KVA. En outre, il résulte de l'instruction que, suite à un rendez-vous sur place le 23 avril 2012 en présence de M. A, aménageur des parcelles dont faisait partie celle appartenant à SCI Les Oliviers de Sorbes, laquelle avait désigné M. A comme interlocuteur technique, il avait été précisé que le raccordement électrique de sa maison nécessitait une extension du réseau basse tension, le remplacement du poste de transformation et le renforcement d'une portion du réseau existant. Le 23 juillet 2012, le SDE2A, chargé de ces travaux, a été destinataire d'un avant-projet technique visant à mettre en œuvre l'alimentation électrique des parcelles intérieures, dont celle appartenant à la SCI Les Oliviers de Sorbes. L'analyse de ce projet a permis de constater qu'une division parcellaire était intervenue sur le terrain de sorte que l'extension du réseau électrique devait être entreprise sous la maîtrise d'œuvre du SDE2A. Par courrier en date du 31 octobre 2012, la société EDF sollicitait le SDE2A afin qu'il procède, outre les travaux d'extension, à un renforcement de la zone pour un montant total de 43 857,22 euros HT. Par un courrier en date du 4 mars 2013, M. A a informé le SDE2A qu'il se désolidarisait du projet de construction du réseau qui devait être implanté sur les parcelles qu'il avait vendues, en particulier à la société requérante. Par suite, la SCI Les Oliviers de Sorbes n'est fondée à soutenir ni que l'avis du 2 mars 2011 était erroné ni, à supposer même qu'il le fût, que la société EDF aurait attendu le 10 juin 2013 pour lui signaler cette erreur.
Sur la responsabilité à raison du fait que la société EDF aurait pris un an pour réceptionner les travaux :
6. Pour soutenir que la société EDF aurait mis plus un an pour réceptionner les travaux, la SCI Les Oliviers de Sorbes se borne à produire, d'une part, un courrier du maire de Conca en date du 29 janvier 2014 lui annonçant que les travaux avaient été effectués par le SDE2A et qu'ils étaient dans l'attente de réception des travaux par la société EDF et, d'autre part, une facture de souscription datée du 20 janvier 2015 faisant état d'une " date de réalisation " du 6 janvier 2015. Ces deux éléments de preuve, en l'absence notamment de tout élément permettant de justifier que la SCI Les Oliviers de Sorbes aurait sollicité la société EDF pour réceptionner les travaux et alors même que la société requérante a attendu son mémoire enregistré le 12 mai 2022 pour se plaindre d'un tel retard, ne permettent pas d'établir un retard fautif de la société EDF dans la réception des travaux de raccordement.
7. Il résulte de ce qui précède que la SCI Les Oliviers de Sorbes n'est pas fondée à demander l'engagement de la responsabilité de la société EDF. Par suite, ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens de défense tirés notamment de la tardiveté et de la prescription.
Sur les frais du litige :
8. D'abord, la SCI Les Oliviers de Sorbes succombant à l'instance, ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
9. Ensuite, le SDE2A ayant été appelé en tant qu'observateur et n'ayant pas la qualité de partie au litige, ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne sauraient davantage être accueillies.
10. Enfin, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de condamner la SCI Les Oliviers de Sorbes à verser à la société EDF la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par cette société et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI Les Oliviers de Sorbes est rejetée.
Article 2 : La SCI Les Oliviers de Sorbes versera à la société EDF la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Les Oliviers de Sorbes, à la société EDF et au syndicat départemental d'énergie de la Corse du Sud.
Copie sera adressée au préfet de la Corse-du-Sud.
Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pierre Monnier, président ;
M. Jan Martin, premier conseiller ;
Mme Nathalie Sadat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.
Le président-rapporteur,
Signé
P. MONNIER
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
signé
J. MARTIN La greffière,
Signé
H. MANNONI
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
H. MANNONI
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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01/06/2026