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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2100847

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2100847

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2100847
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantFERRANDINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 juillet 2021, la SARL Pawi, représentée par Me Ferrandini, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la restitution d'une somme de 170 002 euros afférente à un crédit d'impôt sur les sociétés au titre de son exercice clos le 31 décembre 2019 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société requérante soutient que les investissements en litige, consistant en l'installation et l'agencement d'attractions aquatiques solides, fixes et durables, auxquelles les clients ont accès pour profiter des services qu'elle offre, portent sur l'installation de locaux commerciaux habituellement ouverts à la clientèle, créés à l'état neuf dont l'éligibilité est expressément prévue par la doctrine administrative (BOI-BIC-RICI-10-60-10-20, §140).

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2021, le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête. Le directeur soutient :

- que les investissements en litige ne portent pas sur des locaux commerciaux en état d'utilisation et faisant corps avec eux ;

- les travaux de dépose afférents à la facture EDF ne caractérisent pas un investissement initial.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pierre Monnier, président ;

- et les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Pawi, qui exploite un parc aquatique sous l'enseigne " Western splash ", a réalisé au titre de son exercice clos le 31 décembre 2019 des investissements pour un montant total de 788 186 euros qu'elle a estimé éligibles au crédit d'impôt pour investissement en Corse à hauteur de 30 % pour un montant de 236 456 euros. Après avoir imputé la somme de 63 579 euros sur son impôt sur les sociétés dû au titre de son exercice clos le 31 décembre 2019, elle a réclamé auprès des services fiscaux le remboursement du reliquat, soit la somme de 172 877 euros. Par une décision du 28 mai 2021, l'administration fiscale a rejeté cette demande dès lors que le montant du crédit d'impôt dont elle reconnaissait l'éligibilité était inférieur à celui de 63 759 euros imputé par la SARL Pawi sur son impôt sur les sociétés. Par la présente requête, la SARL Pawi, sur le fondement de l'article 244 quater E du code général des impôts, demande le remboursement d'une somme de 170 002 euros correspondant au crédit d'impôt au titre des investissements réalisés en Corse en 2019 dont elle s'estime titulaire.

2. Aux termes de l'article 244 quater E du code général des impôts dans sa rédaction applicable à l'espèce : " I. 1° Les petites et moyennes entreprises relevant d'un régime réel d'imposition peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des investissements, autres que de remplacement, financés sans aide publique pour 25 % au moins de leur montant, réalisés jusqu'au 31 décembre 2020 et exploités en Corse pour les besoins d'une activité () commerciale () 3° Le crédit d'impôt prévu au 1° est égal à 20 % du prix de revient hors taxes : a. Des biens d'équipement amortissables selon le mode dégressif en vertu des 1 et 2 de l'article 39 A et des agencements et installations de locaux commerciaux habituellement ouverts à la clientèle créés ou acquis à l'état neuf () 3° bis Le taux mentionné au premier alinéa du 3° est porté à 30 % pour les entreprises qui ont employé moins de onze salariés et ont réalisé soit un chiffre d'affaires n'excédant pas 2 millions d'euros au cours de l'exercice ou de la période d'imposition, ramené le cas échéant à douze mois en cours lors de la réalisation des investissements éligibles, soit un total de bilan n'excédant pas 2 millions d'euros () ". Il résulte des termes du a du 3° de l'article 244 quater E précité du code général des impôts que seuls les aménagements relatifs à des agencements et installations de locaux commerciaux habituellement ouverts à la clientèle sont susceptibles d'ouvrir droit au bénéfice du crédit d'impôt. Les agencements et installations ouvrant droit au crédit d'impôt s'entendent des travaux, dispositifs ou éléments destinés à mettre les locaux commerciaux en état d'utilisation et faisant corps avec eux.

Sur l'application de la loi fiscale :

3. La société requérante soutient que les travaux d'installation et d'agencement d'attractions aquatiques sont éligibles au crédit d'impôt au titre des agencements et installations de locaux commerciaux habituellement ouverts à la clientèle. Toutefois, dès lors que les piscines et les aménagements du parc aquatique tels que des toboggans ne constituent pas en soi des locaux commerciaux et qu'ils ne peuvent davantage être regardés comme constituant l'aménagement indispensable ou la dépendance d'un local commercial qui serait situé à proximité, les investissements en cause n'entrent pas dans la catégorie des agencements et installations de locaux commerciaux au sens des dispositions précitées de l'article 244 quater E précité du code général des impôts.

Sur l'application de la doctrine administrative :

4. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration () ".

5. La garantie prévue par le premier alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales ne peut être invoquée que pour contester les rehaussements d'impositions auxquels procède l'administration fiscale. Ainsi, la SARL Pawi ne peut, en tout état de cause, se prévaloir de la doctrine administrative référencée BOI-BIC-RICI-10-60-10-20 pour contester le refus de l'administration de faire droit à sa demande tendant au bénéfice du crédit d'impôt institué par les dispositions de l'article 244 quater E du code général des impôts.

6. Il résulte de ce qui précède que la SARL Pawi n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le directeur des services fiscaux de la Haute-Corse a rejeté sa demande de remboursement. Ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Pawi est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Pawi et à la direction départementale des finances publiques de la Haute-Corse.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 28 septembre 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

P. MONNIER

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

J. MARTINLa greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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