jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2100934 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET OUTIN GAUDIN ET ASSOCIES JURIDIQUE DU MAINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 13 août 2021, le 14 septembre 2021, le 19 juillet 2022 et le 30 août 2022, la société civile immobilière (SCI) Palascouet, représentée par la SELARL Cabinet société juridique du Maine agissant par Me Landais, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) le remboursement d'un crédit d'impôt pour investissement en Corse pour un montant total de 212 099 euros au titre de son exercice clos le 31 décembre 2020 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société requérante soutient que :
- elle est éligible au crédit prévu à l'article 244 quater E du code général des impôts au titre des meublés de tourisme dès lors que, comme le prévoit l'article 57 de la loi n° 2019-1479, elle justifie avoir pris l'engagement de réaliser les investissements en cause avant le 31 décembre 2018 et que sa maison a été achevée avant le 31 décembre 2020 ;
- elle est en droit sur le fondement de l'articles L. 80 B du livre des procédures fiscales de se prévaloir sur ce point de la réponse de l'administration du 20 février 2019 suite à sa demande de rescrit fiscal du 10 décembre 2018.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 février, 4 août et 16 septembre 2022, le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête. Le directeur fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés, voire inopérant s'agissant du moyen tiré de l'application de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la consommation ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pierre Monnier, président ;
- et les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Palascouet, dont M. et Mme A sont les gérants, a pour activité, depuis sa création le 20 septembre 2018, la location de terrains et autres biens immobiliers, notamment la location de meublés de tourisme. Elle a procédé, au titre de son exercice clos le 31 décembre 2020, à des investissements afférents à la construction d'une résidence para-hôtelière sur la commune de Palasca dont elle a estimé qu'ils étaient éligibles au crédit d'impôt prévue à l'article 244 quater E, pour un montant total de 706 099 euros, ouvrant droit à des crédits d'impôt au titre de cet exercice pour un montant de 212 099 euros. Après avoir saisi en vain l'administration fiscale d'une demande de remboursement de cette somme, elle demande au tribunal de lui accorder cette somme de 212 099 euros au titre de son crédit d'impôt pour investissement en Corse pour son exercice clos le 31 décembre 2020.
Sur l'application de la loi fiscale :
2. En vertu de l'article 22 de la loi de finances n° 2018-1317 du 28 décembre 2018, les investissements réalisés à compter du 1er janvier 2019 pour les activités de gestion et de location de meublés de tourisme ont été exclus du champ d'application du crédit d'impôt pour investissement en Corse prévu à l'article 244 quater E du code général des impôts. L'article 57 de la loi de finances n° 2019-1479 du 28 décembre 2019 a modifié cet article 22 en rendant notamment éligibles au crédit d'impôt les investissements, dans la gestion et la location de meublés de tourisme situés en Corse, pour lesquels le contribuable justifie avoir pris un engagement de réalisation avant le 31 décembre 2018, dès lors que ces investissements sont achevés au 31 décembre 2020. La SCI Palascouet soutient qu'elle est en droit de se prévaloir de ces dernières dispositions. Pour justifier qu'elle s'était engagée avant le 31 décembre 2018 à réaliser sa résidence dont elle a déclaré l'achèvement des travaux le 27 juillet 2020, elle produit des devis émis par diverses entreprises qu'elle a signés avant le 31 décembre 2018.
3. Aux termes de l'article L. 111-1 du code de la consommation : " Avant que le consommateur ne soit lié par un contrat à titre onéreux, le professionnel communique au consommateur, de manière lisible et compréhensible, les informations suivantes : () 3° En l'absence d'exécution immédiate du contrat, la date ou le délai auquel le professionnel s'engage à délivrer le bien ou à exécuter le service () ".
4. Les travaux et prestations afférentes aux devis signés avant le 31 décembre 2018 par la SCI Palascouet ne pouvaient être exécutés immédiatement dès lors que le permis de construire, dont la demande avait été déposée le 21 décembre 2018, n'a été accordé que le 16 janvier 2019. Il résulte donc des dispositions précitées de l'article L. 111-1 du code de la consommation que les devis signés à l'automne 2018 par la SCI Palascouet ne pouvaient avoir valeur d'engagement qu'à condition, notamment, que ces devis indiquent la date ou le délai auxquels les entreprises s'engageaient à réaliser les travaux. Pour justifier de l'existence d'un tel contrat avant le 31 décembre 2018, cette société doit en outre prouver que le devis signé a été renvoyé à l'entreprise avant cette date et que les modifications faites le cas échéant par elle sur ces devis ont été ensuite approuvées par l'entreprise ayant émis le devis.
5. En premier lieu, la SCI Palascouet produit deux devis de la SARL Petras en date du 14 septembre 2018, le premier au profit de M. et Mme A d'un montant de 339 043,21 euros HT, le second au profit de la SCI Palascouet d'un montant de 360 000 euros HT, qui portent pour l'essentiel sur les mêmes travaux. Ces deux devis mentionnent qu'ils sont valables jusqu'au 31 décembre 2018. Le premier devis, qui a été signé par M. A le 9 novembre 2018 avec la mention " Je donne mon accord. Démarrage des travaux dès réception du permis de construire " ne saurait valoir engagement avant le 31 décembre 2018. Le second, signé par M. et Mme A " pour la SCI Palascouet " le 24 février 2019 avec l'annotation " Bon pour accord ", ne saurait davantage justifier d'un engagement pris avant le 31 décembre 2018 dès lors notamment que la société requérante ne démontre ni avoir renvoyé avant cette date à la SARL Petras ce devis signé ni avoir payé à la date de la signature du devis ou au plus tard le 31 décembre 2018 l'acompte de 25 %, ainsi que le stipule le devis signé dont elle se prévaut.
6. En deuxième lieu, le devis de la société CF Alu fait le 12 septembre 2018 au profit de Mme A et signé le 26 novembre 2018 par M. A " pour la SCI Palascouet " avec la mention " Bon pour accord " ne saurait davantage justifier un engagement de réaliser cet investissement dès lors que ce devis mentionne que l'offre n'était valable qu'un mois. En outre, la société requérante ne justifie pas avoir renvoyé ce devis signé à la société CF Alu avant le 31 décembre 2018.
7. En troisième lieu, si le devis intitulé " Filtration et revêtement piscine ", d'un montant total de 27 500 euros HT, émis le 24 septembre 2018 par la SARL SO.CO.FI, a été signé le 21 décembre 2018 avec la mention " OK pour 27 000 euros HT. Pas de moteur pour lame d'eau ", il ne résulte pas de l'instruction que cette modification aurait été approuvée avant le 31 décembre 2018 par la société SO.CO.FI. Du reste, la société requérante ne justifie pas avoir payé avant cette date la somme correspondant aux " 30 % à la commande " prévue par ce devis.
8.En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que la SAS F.D. architecture a émis le 28 août 2018 une " proposition d'honoraires " d'un montant total de 22 900 euros HT prévoyant des missions " PC " pour une somme de 6 870 euros HT et " PRO-DCE-DET (direction de l'exécution des travaux) " pour un montant de 16 030 euros HT. Si l'exemplaire de cette proposition d'honoraires produit par la SCI Palascouet a été signé le 7 novembre 2018 avec la mention " Bon pour accord pour la mission PC uniquement pour le montant de 6 870 euros HT ", cet exemplaire ne comporte pas la signature du gérant de la SAS F.D. Architecture à l'emplacement prévu à cet effet. Enfin, la SCI Palascouet ne justifie pas davantage avoir réglé en 2018 cette somme de 6 870 euros alors même que, ainsi qu'il a déjà été dit, elle a déposé sa demande de permis de construire le 21 décembre 2018.
9. En cinquième lieu, les deux derniers devis communiqués par la SCI Palascouet n'indiquent pas de date ou de délai auxquels les entreprises s'engageaient à réaliser les travaux. La société requérante ne justifie pas davantage avoir renvoyé les devis signés aux entreprises qui les lui avait adressés ni avoir réglé les sommes y afférentes avant le 31 décembre 2018. Dans ces conditions, ces devis, bien que signés en novembre 2018 par M. A avec la mention " Bon pour accord ", ne sauraient justifier d'un engagement pris avant le 31 décembre 2018.
10. En sixième et dernier lieu, ni la réservation de terrain en date du 31 août 2020 ni l'attestation du 14 novembre 2018 de la prise en compte de la réglementation thermique au dépôt du permis de construire ni même la demande de permis de construire datée du 16 novembre 2018 et déposée en mairie le 21 décembre 2018 ne sauraient justifier que la SCI Palascouet s'était engagée avant le 31 décembre 2018 à réaliser les investissements dont elle demande le remboursement.
11. Il résulte de ce qui précède que la SCI Palascouet ne justifie pas qu'elle s'était engagée avant le 31 décembre 2018 à réaliser les investissements dont elle demande le remboursement au titre du crédit d'impôt prévu à l'article 244 quater E du code général des impôts. Par suite, son moyen tiré de l'application des dispositions de l'article 22 de la loi de finances du 28 décembre 2018 telles que modifiées par L'article 57 de la loi de finances du 28 décembre 2019 doit être écarté.
Sur l'application de la doctrine :
12. D'une part, aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. () ". D'autre part, le 1° de l'article L. 80 B du même livre étend la garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable au cas où " l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une question de fait au regard d'un texte fiscal ".
13. La garantie prévue par les dispositions citées au point précédent du premier alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales et de l'article L. 80 B du même livre ne peut être invoquée que pour contester les rehaussements d'impositions auxquels procède l'administration. Dès lors et en tout état de cause, la SCI Palascouet ne peut se prévaloir de la réponse de l'administration fiscale du 20 février 2019 à sa demande en date du 10 décembre 2018 pour contester le refus de l'administration de faire droit à ses demandes tendant au bénéfice du crédit d'impôt institué par les dispositions de l'article 244 quater E du code général des impôts.
14. Il résulte de ce qui précède que la SCI Palascouet n'est pas fondée à soutenir que les investissements dont elle se prévaut au titre de son exercice clos le 31 décembre 2020 sont éligibles au crédit d'impôt pour investissements en Corse.
Sur les frais liés au litige :
15. La SCI Palascouet succombant à l'instance, ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne sauraient être accueillies.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI Palascouet est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Palascouet et au directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pierre Monnier, président ;
M. Jan Martin, premier conseiller ;
Mme Nathalie Sadat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 28 septembre 2023.
Le président-rapporteur,
Signé
P. MONNIER
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
Signé
J. MARTINLa greffière,
Signé
R. ALFONSI
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
R. ALFONSI
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026