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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2100980

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2100980

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2100980
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantALPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 août 2021 et le 31 juillet 2022, la SAS (société par actions simplifiées) Ubud, représentée par Me Alpi, demande au tribunal :

1°) de lui accorder un crédit d'impôt pour investissement en Corse pour un montant total de 18 625 euros au titre de son exercice clos le 31 décembre 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société requérante soutient :

- que c'est à tort que l'administration a estimé que ses travaux ne sont pas éligibles au motif qu'elle n'est que locataire gérante dès lors que, à l'exception des travaux qui doivent être amortissables selon le mode dégressif, aucune disposition de l'article 244 quater E du code général des impôts n'exige que les investissements réalisés soient amortissables ni que la société demeure propriétaire des investissements. En outre, aucune disposition ne prévoit, d'une part, que les constructions et aménagements sur sol d'autrui peuvent faire l'objet d'un amortissement linéaire et non d'un amortissement dégressif et aucune disposition du code général des impôts ne conditionne l'amortissement d'un bien au fait d'en être propriétaire ;

- en tout état de cause, que les travaux sont éligibles en tant que travaux de rénovation d'hôtel et en tant qu'agencements et installations de locaux commerciaux habituellement ouverts à la clientèle ;

- qu'à l'exception de la facture BNS du 7 août 2019 d'un montant de 297,90 euros, c'est à tort que l'administration considère que certains investissements relatifs à l'activité " spa - centre de remise en forme " ne sont pas éligibles à l'amortissement dégressif au motif qu'ils ne seraient pas nécessaires à son activité d'hôtellerie ;

- qu'enfin, l'ensemble des travaux constitue un investissement initial et non le remplacement d'investissements existants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2022, le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête. Le directeur fait valoir :

- que les investissements se rapportant à l'activité accessoire de spa et centre de remise en forme ainsi que d'organisation de séminaires et autres événements ne sont pas susceptibles de caractériser des investissements hôteliers au sens des articles 39 A du code général des impôts et 22 de l'annexe II au code général des impôts ;

- que c'est à bon droit qu'ont été écartés les travaux se rapportant à l'activité hôtelière dès lors que ces investissements ne sont pas éligibles à l'amortissement dégressif, la société requérante ne disposant d'aucun droit réel sur les installations créées qui, s'incorporant à l'immeuble, ne pourront en être retirées sans détérioration ;

- qu'aucun des investissements réalisés ne caractérise des travaux de rénovation d'hôtel ;

- qu'enfin, les investissements réalisés ne caractérisent pas un investissement initial au sens de l'article 244 quater E du code général des impôts.

Un mémoire de l'administration fiscale a été enregistré le 20 septembre 2022, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, fixée au 16 septembre 2022 par ordonnance en date du 5 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 651/2014 de la Commission du 17 juin 2014 déclarant certaines catégories d'aides compatibles avec le marché intérieur en application des articles 107 et 108 du traité ;

- le code général des impôts ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pierre Monnier, président ;

- et les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Ubud a pour activité l'exploitation d'un fonds de commerce d'hôtel-restaurant à l'enseigne " Hôtel Ostella " dans le cadre d'un contrat de location-gérance. Au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2020, elle a sollicité, en application des dispositions de l'article 244 quater E du code général des impôts, le remboursement d'un crédit d'impôt d'un montant de 45 299 euros portant sur des investissements réalisés en Corse. Par une décision en date du 28 juin 2021, l'administration fiscale n'a admis cette demande qu'à hauteur d'un montant de 26 615 euros. Par la présente requête, la SAS Ubud demande au tribunal de lui accorder un crédit d'impôt pour investissement en Corse pour un montant total de 18 625 euros au titre de son exercice clos le 31 décembre 2020.

2. Aux termes de l'article 244 quater E du code général des impôts dans sa rédaction applicable à l'espèce : " I.- 1° Les petites et moyennes entreprises relevant d'un régime réel d'imposition peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des investissements, autres que de remplacement, financés sans aide publique pour 25 % au moins de leur montant, réalisés jusqu'au 31 décembre 2020 et exploités en Corse pour les besoins d'une activité () commerciale (). 3° Le crédit d'impôt prévu au 1° est égal à 20 % du prix de revient hors taxes : a. Des biens d'équipement amortissables selon le mode dégressif en vertu des 1 et 2 de l'article 39 A et des agencements et installations de locaux commerciaux habituellement ouverts à la clientèle créés ou acquis à l'état neuf. () d. Des travaux de rénovation d'hôtel () ". Aux termes de l'article 39 A du même code : " 1. L'amortissement des biens d'équipement, autres que les immeubles d'habitation, les chantiers et les locaux servant à l'exercice de la profession, acquis ou fabriqués à compter du 1er janvier 1960 par les entreprises industrielles, peut être calculé suivant un système d'amortissement dégressif, compte tenu de la durée d'amortissement en usage dans chaque nature d'industrie. Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités de l'amortissement dégressif. 2. Les dispositions du 1 sont applicables dans les mêmes conditions : 1° Aux investissements hôteliers, meubles et immeubles () ". Enfin, aux termes de l'article 22 de l'annexe II audit code : " Les entreprises passibles de l'impôt sur les sociétés () peuvent amortir suivant un système dégressif () les immobilisations acquises () et énumérées ci-après : () Immeubles et matériels des entreprises hôtelières. Sont exclus du bénéfice de l'amortissement dégressif les biens qui étaient déjà usagés au moment de leur acquisition par l'entreprise ainsi que ceux dont la durée normale d'utilisation est inférieure à trois ans ".

3. Il résulte des dispositions précitées que sont éligibles au crédit d'impôt prévu par ces dispositions les investissements relatifs aux biens d'équipement amortissables selon le mode dégressif, les agencements et installations de locaux commerciaux habituellement ouverts à la clientèle, ainsi que les travaux de rénovation d'hôtel. Toutefois, ces investissements ne doivent pas avoir pour objet le remplacement d'investissements déjà exploités en Corse pour les besoins de la même activité. C'est ainsi que le crédit d'impôt Corse ne saurait être accordé qu'aux investissements répondant à la définition de l'investissement initial prévue par le règlement (UE) n° 651/2014 de la Commission du 17 juin 2014 déclarant certaines catégories d'aides compatibles avec le marché intérieur en application des articles 107 et 108 du traité. Aux termes de l'article 2 de ce règlement : " Aux fins du présent règlement, on entend par : / () 49. " investissement initial " : / a) tout investissement dans des actifs corporels et incorporels se rapportant à la création d'un établissement, à l'extension des capacités d'un établissement existant, à la diversification de la production d'un établissement vers des produits qu'il ne produisait pas auparavant ou à un changement fondamental de l'ensemble du processus de production d'un établissement existant () ".

4. Il ne résulte pas de l'instruction que les travaux afférents à l'hôtel aient étendu la capacité de l'établissement existant, qui, selon l'article 1er du contrat de location-gérance du fonds de commerce de cet hôtel signé par la SAS Ubud le 23 décembre 2013, comportait déjà 52 chambres. En outre, il ressort de ce même article 1er que l'activité complémentaire " spa centre esthétique et de remise en forme ", existait déjà, ainsi que la piscine. Par suite, les travaux afférents au spa et à la piscine effectués au cours de l'année 2020 ne sauraient en tout état de cause être regardés comme procédant d'une diversification de l'activité ou d'un changement fondamental dans le mode de fonctionnement de l'hôtel. Enfin, l'acquisition d'une " veste électrode homme câble " pour un montant de 459 euros et d'un banc de musculation pour une somme de 332,50 euros ne peuvent davantage être regardés comme tels.

5. Il résulte de ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander le remboursement du crédit d'impôt pour investissement en Corse au titre des travaux qu'elle a effectués au cours de l'année 2020. Par suite, ses conclusions au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ne sauraient être accueillies.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Ubud est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Ubud et au directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 28 septembre 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

P. MONNIER

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

J. MARTINLa greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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