jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2101033 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | POLI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 septembre 2021 et le 5 mai 2023, M. A B, représenté par Me Poli, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par la société Orange sur sa demande tendant à ce qu'il soit promu au grade de niveau IV.1 à compter du 27 septembre 2018 ;
2°) d'enjoindre à la société Orange de lui attribuer le grade de niveau IV.1 à compter du 27 septembre 2018 et de lui verser le reliquat de salaire de 10 800 euros qui lui est dû depuis cette date, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de condamner la société Orange à lui verser la somme de 10 800 euros correspondant au reliquat de salaire dû depuis le 27 septembre 2018, assortie des intérêts au taux légal, et la somme de 5 000 euros à titre d'indemnité en réparation du préjudice moral qu'il estime avoir subi ;
4°) de mettre à la charge de la société Orange la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.
Il soutient que :
- la requête est recevable dès lors qu'il a bien présenté une demande indemnitaire préalable et qu'une décision implicite de rejet est née en cours d'instance du silence gardé par la société Orange ;
- la décision attaquée est illégale en ce que son affectation sur le poste de responsable opérationnel environnement à compter du 27 septembre 2018 a été confirmée par une lettre de mission du 1er janvier 2019 et n'a pas fait l'objet d'un arrêté de nomination en méconnaissance des dispositions de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 et de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- il devrait bénéficier d'une promotion au niveau IV.1 correspondant au grade de cadre supérieur de premier niveau dès lors qu'il exerce les fonctions de responsable opérationnel environnement, requalifiées en responsable management environnement énergie qualité, et ce conformément à l'accord du 20 février 2017 portant sur la reconnaissance des compétences et des qualifications ;
- la décision attaquée méconnaît le principe d'égalité de traitement dans le déroulement de la carrière ;
- il subit un préjudice économique correspondant à une perte de salaire depuis le 27 septembre 2018 ;
- il subit un préjudice moral.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2023, la société Orange, représentée par Me Aversano, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable en l'absence de liaison du contentieux ;
- le moyen tiré de ce que la nomination de M. B aurait dû faire l'objet d'un arrêté est inopérant ;
- les fonctions exercées par M. B correspondent à sa classification II. 3 ;
- il ne bénéficie pas d'un droit à l'avancement ;
- contrairement à ce que soutient le requérant, l'accord dont il se prévaut n'impose pas une évolution vers un niveau IV.1 et en tout état de cause, cet accord ne saurait avoir pour objet ou pour effet de remettre en cause les modalités de promotion prévues par les dispositions statutaires qui lui sont applicables ;
- l'avancement au grade n'est pas un droit pour l'agent et l'avancement au choix relève du pouvoir discrétionnaire de la direction ;
- M. B n'établit pas que des fonctionnaires se trouveraient dans une situation identique à la sienne et auraient connu une évolution vers le grade de cadre supérieur et il n'apporte aucun élément de fait de nature à faire présumer l'existence d'une discrimination à son encontre ;
- les demandes indemnitaires du requérant sont injustifiées dans leur principe et dans leur quantum ;
- en tout état de cause, l'intéressé ne saurait prétendre à une indemnisation à compter du 27 septembre 2018 mais uniquement à compter du 20 janvier 2020, date à laquelle le poste de responsable opérationnel environnement a été transposé dans le libellé de responsable management environnement énergie qualité.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- la loi n° 90-568 du 2 juillet 1990 ;
- le décret n° 93-514 du 25 mars 1993 ;
- le décret n° 2004-767 du 29 juillet 2004 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Thierry Vanhullebus, rapporteur ;
- et les conclusions de M. Hanafi Halil, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B exerce les fonctions de responsable management environnement énergie qualité au sein de la direction régionale corse de la société Orange. Par un courrier du 28 avril 2021, reçu le 7 mai 2021, M. B a sollicité auprès de la société Orange une promotion au niveau IV.1 correspondant au grade de cadre supérieur de premier niveau, à compter du 27 septembre 2018. Par un second courrier reçu le 27 août 2021, M. B a demandé à la société Orange de lui verser la somme de 10 796,80 euros correspondant au reliquat de traitement qu'il estime lui être dû depuis le 27 septembre 2018. En l'absence de réponse à ces demandes, M. B demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé sur sa demande tendant à ce qu'il soit promu au niveau IV.1 à compter du 27 septembre 2018 et de condamner la société Orange à lui verser la somme de 10 800 euros correspondant au reliquat de salaire dû depuis le 27 septembre 2018, assortie des intérêts au taux légal ainsi que la somme de 5 000 euros en réparation de son préjudice moral.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la circonstance que M. B a été affecté sur le poste de responsable opérationnel environnemental par une lettre de mission du 12 juin 2019 du directeur de l'unité d'intervention Corse de la société Orange et non pas par un arrêté est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée ayant pour objet de rejeter sa demande de promotion à un grade de niveau IV.1 à compter du 27 septembre 2018.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 du décret n° 93-514 du 25 mars 1993 : " () les cadres supérieurs de premier niveau de France Télécom sont recrutés dans les conditions suivantes : / 1° Un concours externe () / 2° Un premier concours interne () / 3° Un second concours interne est réservé aux fonctionnaires () de France Télécom autres que ceux mentionnés au 2° ci-dessus () ayant accompli, les uns et les autres, quatre années de services publics effectifs () ou à France Télécom () ", remplacé par l'article 4 du décret du 29 juillet 2004, relatif aux dispositions statutaires applicables au corps des cadres supérieurs de France Télécom, aux termes duquel : " Les cadres supérieurs de premier niveau de France Télécom sont recrutés dans les conditions suivantes : / 1° Un premier concours interne () / 2° Un second concours interne est réservé aux fonctionnaires de France Télécom titulaires d'un grade autre que ceux mentionnés au 1° et justifiant d'au moins quatre années de services effectifs à France Télécom / 3° Dans la limite d'un sixième du nombre des nominations intervenues par la voie des concours prévus aux 1° et 2°, un examen professionnel est réservé aux fonctionnaires de France Télécom justifiant d'au moins huit ans de services effectifs à France Télécom () ".
4. Il résulte de l'article 29 de la loi du 2 juillet 1990 relative à l'organisation du service public de la poste et à France Télécom que les personnels de droit public de la société Orange sont régis par des statuts particuliers pris en application de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et de celle du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat. Si les dispositions de l'article 31-1 de la loi du 2 juillet 1990 confient expressément à la société France Télécom devenue la société Orange le soin de négocier, avec les organisations syndicales, des accords applicables à tous ses personnels, elles n'ont eu ni pour objet ni pour effet de permettre à ces accords d'intervenir dans le champ des mesures qui relèvent par nature des statuts particuliers des fonctionnaires de cette société.
5. M. B soutient qu'il exerce, depuis le 27 septembre 2018, les fonctions de responsable opérationnel environnement, requalifiées ensuite en responsable management environnement énergie qualité, et devrait bénéficier, à ce titre, d'une promotion au niveau IV.1 correspondant au grade de cadre supérieur de premier niveau. Il se prévaut de l'accord du 20 février 2017 portant sur la reconnaissance des compétences et des qualifications conclu entre la société Orange et différentes organisations syndicales en ce qu'il précise qu'un salarié bénéficie d'une promotion lorsqu'il développe et met en œuvre de nouvelles compétences sur un nouveau métier comprenant des responsabilités plus importantes que celles de son poste précédent et instaure une possibilité de déposer une candidature pour un poste y compris lorsque le niveau de classification du métier considéré ne correspond pas au niveau de classification du candidat et en conséquence, le bénéfice pour le candidat retenu du niveau de classification du poste considéré. Le requérant invoque également les dispositions de cet accord qui prévoient que lorsqu'un salarié exerce de nouvelles fonctions avec des responsabilités élargies sur un poste représentant une évolution professionnelle significative, cette évolution se traduit par une promotion accompagnée d'une augmentation de salaire ainsi que les dispositions qui précisent que la classification demeure le repère pour situer le niveau de l'emploi visé dans l'ensemble des emplois.
6. Or, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que l'accord dont se prévaut M. B ne saurait avoir pour objet ou pour effet de remettre en cause les modalités de promotion prévues par les dispositions statutaires qui lui sont applicables et qui prévoient, à ce titre, que les cadres supérieurs de premier niveau sont uniquement recrutés par voie de concours ou d'examen professionnel. Ainsi, M. B n'est pas fondé à soutenir, qu'en raison du seul exercice des fonctions de responsable management environnement énergie qualité, la société Orange aurait dû faire droit à sa demande de promotion au niveau IV.1 correspondant au grade de cadre supérieur de premier niveau.
7. En troisième et dernier lieu, le principe d'égalité de traitement dans le déroulement de la carrière des fonctionnaires n'est susceptible de s'appliquer qu'entre agents appartenant à un même corps ou à un même cadre d'emplois.
8. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ni même n'est allégué par le requérant, que des agents se trouvant dans une situation identique à la sienne auraient, contrairement à lui, bénéficié d'une promotion au grade de niveau IV.1. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'égalité de traitement doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il attaque.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
10. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.
Sur les conclusions indemnitaires :
11. Il résulte de ce qui a été dit au point 9 que M. B ne peut prétendre à aucune revalorisation sur la base du traitement versé à un agent titulaire du grade de cadre supérieur. Il suit de là que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la société Orange, les conclusions indemnitaires doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. En premier lieu, aucun dépens n'ayant été exposé au cours de l'instance, il s'ensuit que les conclusions tendant à ce que les dépens soient mis à la charge de la société Orange ne peuvent qu'être rejetées.
13. En deuxième lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Orange, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
14. En troisième et dernier lieu, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Orange et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : M. B versera à la société Orange la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la société Orange.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Thierry Vanhullebus, président,
Mme Christine Castany, première conseillère,
M. Jan Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.
Le rapporteur,
Signé
T. VANHULLEBUS
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
signé
C. CASTANY
La greffière,
Signé
H. MANNONI
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
H. MANNONI
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026