jeudi 15 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2101057 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | ANGELINI AMBRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 septembre 2021 et le 21 avril 2023, M. B A, représenté par Me Angelini, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat au versement d'une indemnité de 10 000 euros au titre de la perte du bénéfice de son avancement et une somme de 10 000 euros au titre de son préjudice moral, somme augmentée des intérêts de droit en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait du refus de le promouvoir au grade de lieutenant pénitentiaire au centre de détention de Casabianda ;
2°) d'enjoindre au ministre de la justice en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative de réexaminer son grade dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) d'enjoindre au ministre de la justice de procéder à son avancement au grade de lieutenant pénitentiaire au centre de détention de Casabianda ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision subordonnant son avancement au grade supérieur à une mobilité géographique présente un caractère discriminatoire et a été prise sans prendre en compte ni le handicap dont il est porteur, ni son état de santé ;
- la promotion d'un autre agent sur le seul poste qu'il convoitait a méconnu le principe d'égalité de traitement ;
- ces fautes lui ont causé un préjudice financier.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 mars 2023, le ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions à fin d'injonction sont irrecevables ;
- les moyens et prétentions indemnitaires du requérant sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 ;
- le décret n° 2006-441 du 14 avril 2006 ;
- le décret n° 2019-1038 du 9 octobre 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Nathalie Sadat, conseillère ;
- les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Vega, substituant Me Angelini, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, premier surveillant, affecté au centre de détention de Casabianda jusqu'au mois de janvier 2022, a été inscrit sur une liste intitulée " relevé d'avis " datée du 27 janvier 2021 et portant sur l'accès au corps de commandement au titre de l'année 2020 à la suite de la commission administrative paritaire (CAP) du corps de commandement du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire des 14 et 15 décembre 2020. Par une note de gestion du 15 février 2021, le sous-directeur des ressources humaines et des relations sociales de la direction de l'administration pénitentiaire (DAP) du ministère de la justice a transmis aux directeurs interrégionaux des services pénitentiaires un " rectificatif " de ce relevé d'avis. M. A qui figurait au 233ème rang du relevé d'avis approuvé par la CAP a constaté qu'il était désormais inscrit sur la liste des agents promus n'occupant pas un poste requalifié et soumis à mobilité. Le 18 février 2021, l'intéressé a demandé à sa hiérarchie de réexaminer sa situation puis a formé un recours hiérarchique le 3 mars 2021 afin de bénéficier de la promotion au grade de lieutenant sur le poste de premier surveillant responsable de l'infrastructure qu'il occupait depuis le 24 novembre 2020. Il a ensuite formé une réclamation indemnitaire le 6 mai 2021 aux fins d'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de l'illégalité du refus d'avancement qui lui a été opposé. En l'absence de réponse à sa réclamation préalable, M. A demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une somme d'un montant de 20 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
3. M A soutient qu'il a fait l'objet d'une discrimination en ce que ni son handicap, ni son état de santé n'ont été pris en compte par l'administration pénitentiaire de sorte qu'il a été illégalement privé de la possibilité d'un avancement de grade.
4. En premier lieu, aux termes de l'article 58 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat applicable au litige : " L'avancement de grade a lieu de façon continue d'un grade au grade immédiatement supérieur. Il peut être dérogé à cette règle dans les cas où l'avancement est subordonné à une sélection professionnelle () Sauf pour les emplois laissés à la décision du Gouvernement, l'avancement de grade a lieu, selon les proportions définies par les statuts particuliers, suivant l'une ou plusieurs des modalités ci-après : / 1° Soit au choix, par voie d'inscription à un tableau annuel d'avancement, établi par appréciation de la valeur professionnelle et des acquis de l'expérience professionnelle des agents. () ". Aux termes de l'article 2 du décret du 14 avril 2006 portant statut particulier des corps du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire, dans sa version applicable au litige : " Le corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire comprend quatre grades : / () 3° Un grade de premier surveillant qui comporte six échelons () ". Aux termes de l'article 21 du même décret : " Le corps de commandement comprend trois grades : / 1° Un grade de lieutenant pénitentiaire, qui comporte un échelon d'élève et huit échelons ; () ". Et aux termes de l'article 23 de ce même décret : " Les lieutenants pénitentiaires sont recrutés : / () 3° Dans la limite de 5 % des emplois à pourvoir, au choix, parmi les majors et les premiers surveillants pénitentiaires et qui, au 1er janvier de l'année d'établissement de la liste d'aptitude, ont accompli au moins douze ans de services effectifs dans le corps d'encadrement et d'application, dont cinq ans en qualité de premier surveillant ou de major pénitentiaire. / Les nominations sont prononcées après inscription sur une liste d'aptitude établie par ordre de mérite par le garde des sceaux, ministre de la justice. () ". Enfin, aux termes de l'article 38 du décret du 9 octobre 2019 modifiant le décret du 14 avril 2006 portant statut particulier des corps du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire : " Par dérogation à l'article 23 du même décret, peuvent en outre être recrutés dans le corps de commandement jusqu'au 31 décembre 2023 : / () 2° Par voie d'inscription sur une liste d'aptitude, au choix, parmi les majors pénitentiaires et les premiers surveillants qui comptent, au 1er janvier de l'année au titre de laquelle la liste d'aptitude est établie, douze ans d'ancienneté dans le corps d'encadrement et d'application, dont quatre en tant que premier surveillant. / Le nombre d'emplois pourvus par les différentes voies de promotion est fixé chaque année par arrêté conjoint du garde des sceaux, ministre de la justice, et des ministres chargés de la fonction publique et du budget ".
5. Il résulte de l'instruction que par dérogation à l'article 23 du décret 14 avril 2006 précité, l'article 38 du décret du 9 octobre 2019 a prévu la possibilité pour les majors pénitentiaires et les premiers surveillants d'être recrutés par voie d'inscription sur une liste d'aptitude. Cette liste d'aptitude étant établie par le garde des sceaux, ministre de la justice. Si le requérant soutient que la particularité de sa situation n'a pas été prise en compte par l'administration pénitentiaire, laquelle l'aurait initialement inscrit sur une liste d'agents promus puis aurait modifié cette liste en l'inscrivant sur une liste d'agents dont la promotion au grade supérieur était subordonnée à une mobilité, il résulte de l'instruction que la liste d'aptitude établie après avis de la CAP réunie les 14 et 15 décembre 2020 et celle établie par un avis rectificatif du 15 février 2021 présentaient le caractère de simples mesures préparatoires à l'établissement de la liste d'aptitude définitive. Or, le requérant soutient lui-même qu'après qu'il a sollicité le réexamen de sa situation auprès de la direction de l'administration pénitentiaire, l'administration a décidé de retirer son nom de la liste des agents dont la promotion est soumise à mobilité. Il s'ensuit que ces éléments ne permettent pas de faire présumer l'existence de discriminations à l'encontre de M. A.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dans sa version applicable au litige : " Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison () de leur état de santé () de leur handicap () Toutefois des distinctions peuvent être faites afin de tenir compte d'éventuelles inaptitudes physiques à exercer certaines fonctions. " Aux termes de l'article 6 sexies de la loi précitée alors en vigueur : " I. -Afin de garantir le respect du principe d'égalité de traitement à l'égard des travailleurs handicapés, les employeurs visés à l'article 2 prennent, en fonction des besoins dans une situation concrète, les mesures appropriées pour permettre aux travailleurs mentionnés aux 1°, 2°, 3°, 4°, 9°, 10° et 11° de l'article L. 5212-13 du code du travail d'accéder à un emploi ou de conserver un emploi correspondant à leur qualification, de développer un parcours professionnel et d'accéder à des fonctions de niveau supérieur ainsi que de bénéficier d'une formation adaptée à leurs besoins tout au long de leur vie professionnelle, sous réserve que les charges consécutives à la mise en oeuvre de ces mesures ne soient pas disproportionnées, notamment compte tenu des aides qui peuvent compenser en tout ou partie les dépenses supportées à ce titre par l'employeur. " Et aux termes de l'article L. 5212-13 du code du travail : " Bénéficient de l'obligation d'emploi instituée par l'article L. 5212-2 : () 10° Les titulaires de la carte " mobilité inclusion " portant la mention " invalidité " définie à l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles ; () ". Enfin, aux termes de l'article 1er de la loi du 27 mai 2008 portant diverses dispositions d'adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations : " Constitue une discrimination directe la situation dans laquelle, sur le fondement () de son état de santé, de sa perte d'autonomie, de son handicap () une personne est traitée de manière moins favorable qu'une autre ne l'est, ne l'a été ou ne l'aura été dans une situation comparable.() Constitue une discrimination indirecte une disposition, un critère ou une pratique neutre en apparence, mais susceptible d'entraîner, pour l'un des motifs mentionnés au premier alinéa, un désavantage particulier pour des personnes par rapport à d'autres personnes, à moins que cette disposition, ce critère ou cette pratique ne soit objectivement justifié par un but légitime et que les moyens pour réaliser ce but ne soient nécessaires et appropriés.() "
7. Il résulte de l'instruction que M. A ne bénéficie ni de la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, ni n'est titulaire d'une carte mobilité inclusion mention " invalidité ", contrairement à ce qu'il affirme. En outre, si le requérant est atteint d'une forme atypique de la maladie de Parkinson, il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 5, que son administration a pris en compte cette circonstance dès qu'elle en a été informée et a rectifié en conséquence la liste des agents dont l'avancement est subordonné à une mobilité. Il s'ensuit que ces éléments ne permettent pas de faire présumer l'existence de discriminations à son endroit.
8. En troisième lieu, si M. A prétend que le principe d'égalité de traitement a été méconnu dès lors qu'un agent dont il est soutenu qu'il n'est ni porteur de handicap ni atteint d'une maladie, a été nommé sur le poste que l'intéressé convoitait par une autre voie d'avancement que celle mise en place de manière dérogatoire par le décret n° 2019-1038 du 9 octobre 2019, il ne résulte pas de l'instruction que cet agent se trouvait dans une situation identique à celle de M. A. Cette nomination est du reste intervenue avant que la liste d'aptitude définitive ne soit publiée. Il s'ensuit que ces éléments ne permettent pas de faire présumer l'existence de discriminations à l'encontre de M. A.
9. En quatrième lieu, M. A soutient qu'en ne respectant pas la promesse qui lui a été faite de le promouvoir sur place, l'Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
10. Il résulte de l'instruction que sa promotion a été annoncée par le journal interne du centre de détention de Casabianda au mois de décembre 2020, que le 8 janvier 2021, la directrice du centre de détention a annoncé être dans l'attente de son arrêté de nomination au grade de capitaine lors d'une réunion de service, que par une note de service du 1er février 2021, il a été autorisé à accéder à l'armurerie de l'établissement et que cet accès est vraisemblablement réservé aux officiers, qu'il a été convié aux réunions d'officiers organisées par l'établissement et que sa nouvelle tenue vestimentaire lui a été remise le 11 février 2021. Nonobstant la circonstance que l'auteur de ces annonces n'est pas investi du pouvoir de nomination et en dépit du fait que l'inscription sur une liste d'aptitude ne constitue pas un droit pour les agents qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir, eu égard aux circonstances particulières de l'espèce, l'administration doit être regardée comme ayant commis une faute de service de nature à engager la responsabilité de l'Etat à l'égard du requérant.
11. Il sera fait une juste appréciation de la réparation due à l'intéressé pour le préjudice moral imputable à la faute ainsi commise en condamnant l'Etat à lui verser une indemnité de 1 500 euros.
Sur les intérêts :
12. M. A a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 1 500 euros à compter du 11 mai 2021, date de réception de sa demande indemnitaire par la direction de l'administration pénitentiaire.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter ces conclusions, sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité.
Sur les frais liés au litige :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A la somme de 1 500 euros avec intérêts au taux légal à compter du 11 mai 2021.
Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Thierry Vanhullebus, président ;
M. Jan Martin, premier conseiller ;
Mme Nathalie Sadat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 15 février 2024.
La rapporteure,
Signé
N. SADATLe président,
Signé
T. VANHULLEBUS
La greffière,
Signé
H. MANNONI
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
H. MANNONI
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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01/06/2026