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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2101073

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2101073

lundi 23 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2101073
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat statuant seul
Avocat requérantREDON ARRUS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un jugement avant-dire droit du 13 décembre 2021, rendu dans l'instance enregistrée sous le n° 2101073, dans laquelle le préfet de la Corse-du-Sud défère au tribunal, comme prévenue d'une contravention de grande voirie, Mme E B, le tribunal, après avoir écartée comme irrecevable l'exception d'illégalité de l'arrêté du 29 janvier 1980 du préfet de la Corse-du-Sud, a, sans qu'il soit besoin que l'autorité judiciaire se prononce préalablement sur la question de la propriété du terrain d'assiette du chalet et de la terrasse appartenant à Mme B, ordonné une expertise, aux fins d'apprécier si les installations en litige sont implantées dans les limites du domaine public maritime et, notamment, si elles se situent dans les lais et relais de la mer.

Le rapport d'expertise établi par M. A a été déposé au greffe du tribunal le 21 juin 2022.

Par des mémoires, enregistrés les 24 juin et 24 octobre 2022, Mme B, représentée par Me Redon, conclut à la relaxe des fins de la poursuite et à ce que l'Etat lui verse la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'expert a rempli la mission qui lui avait été assignée en procédant à la détermination de la limite du rivage de la mer et en répondant par la négative à la question de savoir si le chalet et la terrasse construits sur la parcelle cadastrée section B n° 702, anciennement B n° 1180, se situent sur des lais ou relais de la mer.

Par un mémoire, enregistré le 18 octobre 2022, le préfet de la Corse-du-Sud conclut comme dans ses précédentes écritures déférant au tribunal, comme prévenue d'une contravention de grande voirie, Mme B.

Il soutient que, contrairement aux conclusions de l'expert, les installations litigieuses sont bien incorporées au domaine public maritime, ainsi que cela résulte de l'arrêté du 29 janvier 1980.

Par une ordonnance du 5 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 novembre 2022.

Des mémoires présentés par le préfet de la Corse-du-Sud ont été enregistrés les 6 et 11 janvier 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le procès-verbal de contravention de grande voirie du 20 août 2021 ;

- le certificat constatant la notification du procès-verbal, comportant invitation à produire une défense écrite ;

- le jugement avant-dire droit du 13 décembre 2021 par lequel le tribunal administratif a prescrit une expertise ;

- l'ordonnance du 15 décembre 2021 par laquelle la magistrate chargée des expertises a désigné M. D A en qualité expert ;

- l'ordonnance du 22 juin 2022 par laquelle la magistrate chargée des expertises a liquidés et taxés les frais et honoraires de l'expertise à la somme de 4 764 euros ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Castany, première conseillère, pour statuer sur les litiges en matière de contravention de grande voirie, en application de l'article L. 774-1 du code de justice administrative.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code pénal ;

- le code de procédure pénale ;

- le décret n° 2003-172 du 25 février 2003 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Halil, rapporteur public,

- et les observations de la représentante du préfet de la Corse-du-Sud.

Considérant ce qui suit :

1. Un procès-verbal de contravention de grande voirie a été dressé le 20 août 2021 à l'encontre de Mme E B à raison de la présence sur le domaine public maritime, sans autorisation d'occupation, d'un local en bois sur une dalle en béton d'une superficie de 65 m² et d'une terrasse en béton d'une superficie de 15 m². Le préfet de la Corse-du-Sud défère au tribunal, comme prévenue d'une contravention de grande voirie, Mme B et conclut à ce que le tribunal constate que les faits établis par le procès-verbal constituent la contravention prévue et réprimée par l'article L. 2132-3 du code général de la propriété des personnes publiques et condamne par suite Mme B au paiement de l'amende prévue par le décret n° 2003-172 du 25 février 2003. Par jugement avant-dire droit du 13 décembre 2021, le tribunal, après avoir écartée comme irrecevable l'exception d'illégalité de l'arrêté du 29 janvier 1980 du préfet de la Corse-du-Sud, a, sans qu'il soit besoin que l'autorité judiciaire se prononce préalablement sur la question de la propriété du terrain d'assiette du chalet et de la terrasse appartenant à Mme B, ordonné une expertise aux fins d'apprécier si les installations en litige sont implantées dans les limites du domaine public maritime et, notamment, si elles se situent dans les lais et relais de la mer.

Sur le bien-fondé des poursuites :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 2132-3 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut bâtir sur le domaine public maritime ou y réaliser quelque aménagement ou quelque ouvrage que ce soit sous peine de leur démolition, de confiscation des matériaux et d'amende ". Aux termes de l'article L. 2111-4 du même code : " Le domaine public maritime naturel de L'Etat comprend : 1° () le rivage de la mer. Le rivage de la mer est constitué par tout ce qu'elle couvre et découvre jusqu'où les plus hautes mers peuvent s'étendre en l'absence de perturbations météorologiques exceptionnelles () 3° Les lais et relais de la mer : a) Qui faisaient partie du domaine privé de l'Etat à la date du 1er décembre 1963, sous réserve des droits des tiers ; b) Constitués à compter du 1er décembre 1963. () ".

3. Il appartient au juge, saisi d'un procès-verbal de contravention de grande voirie, de reconnaitre, au cas où cette reconnaissance ne résulte pas d'une décision administrative opposable aux intéressés, les limites du domaine public et de décider si les terrains sur lesquels ont été commises les fautes à raison desquelles le procès-verbal a été dressé se trouvent ou non compris dans ces limites.

4. Par un arrêté n° 80-29 du 29 janvier 1980, devenu définitif dès lors qu'il est dépourvu de caractère réglementaire et a été régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Corse-du-Sud, ainsi qu'il a été dit au point 3 du jugement avant-dire droit du 13 décembre 2021, les lais et relais de la mer de la plage de Porto, sur le territoire de la commune d'Ota, ont été incorporés au domaine public maritime. Il résulte de l'instruction, notamment de la carte annexée à l'arrêté du 29 janvier 1980 et de la photographie annexée au constat du 27 avril 2021, que la zone occupée par le local et la terrasse exploités par Mme B, qui se trouve au pied d'un massif rocheux situé au sud de la plage, est située dans les lais et relais de la mer, tel qu'incorporés par l'arrêté du 29 janvier 1980, et appartient ainsi au domaine public maritime. Dès lors que cette reconnaissance résulte d'une décision administrative opposable aux intéressés, et nonobstant les conclusions de l'expert judiciaire, Mme B ne peut utilement soutenir que les installations qu'elle exploite ne sont pas situées sur le domaine public maritime.

Sur l'amende :

5. L'article 1er du décret du 25 février 2003 relatif aux peines d'amende applicables aux infractions de grande voirie commises sur le domaine public maritime en dehors des ports prévoit que " Toute infraction en matière de grande voirie commise sur le domaine public maritime en dehors des ports () est punie de la peine d'amende prévue par l'article 131-13 du code pénal pour les contraventions de la 5e classe () " Il résulte des dispositions des articles 131-12 et 131-13 du code pénal que le montant de l'amende encourue par les personnes physiques s'élève à 1 500 euros au plus pour les contraventions de la 5ème classe, montant qui peut être porté à 3 000 euros en cas de récidive lorsque le règlement le prévoit.

6. Le fait mentionné au point 4 constitue la contravention prévue et réprimée par les dispositions citées au point 5. En conséquence, il y a lieu de condamner Mme B à une amende de 1 500 euros.

Sur l'action domaniale :

7. Lorsqu'il qualifie de contravention de grande voirie des faits d'occupation irrégulière d'une dépendance du domaine public, il appartient au juge administratif, saisi d'un procès-verbal accompagné ou non de conclusions de l'administration tendant à l'évacuation de cette dépendance, d'enjoindre au contrevenant de libérer sans délai le domaine public et, s'il l'estime nécessaire et au besoin d'office, de prononcer une astreinte en fixant lui-même, dans le cadre de son pouvoir d'appréciation, le point de départ de cette astreinte, sans être lié par la demande de l'administration.

8. Il ne résulte pas de l'instruction et n'est pas soutenu que les lieux auraient été remis en leur état initial. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à Mme B de libérer sans délai le domaine public et d'assortir cette injonction d'une astreinte de 500 euros par jour de retard en cas d'inexécution du présent jugement dans un délai de trois mois. En outre, l'administration pourra y procéder d'office aux frais de la contrevenante en cas d'inexécution.

Sur les frais de l'expertise :

9. Il y a lieu, en application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de Mme B les frais de l'expertise liquidés et taxés à la somme de 4 764 euros par une ordonnance du 22 juin 2022.

Sur les frais liés au litige :

10. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme B doivent, dès lors, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est condamnée à payer une amende de 1 500 euros.

Article 2 : Mme B devra, sous le contrôle de l'administration, remettre sans délai les lieux en l'état, sous peine d'une astreinte de 500 euros par jour de retard en cas d'inexécution du présent jugement dans un délai de trois mois à compter de sa notification.

Article 3 : En cas d'inexécution par l'intéressée, l'administration est autorisée à procéder d'office, aux frais de la contrevenante, à la remise en état des lieux.

Article 4 : Les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 4 764 euros, sont mis à la charge de Mme B.

Article 5 : Les conclusions de Mme B présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Corse-du-Sud pour notification à Mme E B dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.

Copie en sera transmise à M. A, expert.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2023.

La magistrate désignée,

Signé

C. CLa greffière,

Signé

H. NICAISE

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

Signé

H. NICAISE25

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