vendredi 5 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2101146 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | NESA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 septembre 2021, Mme A B, représentée par Me Nesa, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 67 639 euros augmentée des intérêts de droit à compter du 3 juin 2021 et de la capitalisation de ces intérêts en réparation des préjudices résultant de la discrimination dont elle a été victime ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La requérante soutient que :
- elle a été victime d'une discrimination en raison de son handicap et de son lieu de résidence ainsi que l'a reconnu le Défenseur des droits dans sa décision n° 2017-823 du 28 novembre 2017 ;
- elle est dès lors fondée à demander réparation de ses préjudices matériel et moral à hauteur, respectivement, de 47 639 euros et 20 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2024, le ministre de la justice conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que l'indemnisation soit ramenée à de plus justes proportions. Le ministre soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 ;
- le décret n° 95-979 du 25 août 1995 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Nathalie Sadat, conseillère ;
- et les conclusions de M. Jan Martin, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B s'est portée candidate à un recrutement ouvert aux travailleurs handicapés par la voie contractuelle dans le corps des greffiers des services judicaires au titre des années 2013, 2014 et 2015. Ses candidatures ayant été rejetées pour les années 2013 et 2014 et n'ayant pas été convoquée dans le cadre du recrutement organisé au titre de l'année 2015, elle a saisi le Défenseur des droits qui, par une décision du 28 novembre 2017, a considéré, après avoir pris l'attache des services du ministère de la justice, que les justifications apportées ne permettent pas d'établir que les décisions de rejet des candidatures ont été fondées sur des éléments étrangers à toute discrimination. Par une demande préalable du 3 juin 2021, Mme B a sollicité auprès du ministre de la justice le versement d'une indemnité en réparation des préjudices résultant d'une discrimination en raison de son handicap et de son lieu de vie. Le ministre n'y ayant pas répondu, Mme B demande au tribunal, par la présente requête, de condamner l'Etat à lui verser une somme d'un montant de 67 639 euros en réparation des préjudices résultant de cette double discrimination.
2. Aux termes de l'article 27 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " II. Les personnes mentionnées aux 1°, 2°, 3°, 4°, 9°, 10° et 11° de l'article L. 5212-13 du code du travail peuvent être recrutées en qualité d'agent contractuel dans les emplois de catégories A, B et C pendant une période correspondant à la durée de stage prévue par le statut particulier du corps dans lequel elles ont vocation à être titularisées. Le contrat est renouvelable, pour une durée qui ne peut excéder la durée initiale du contrat. A l'issue de cette période, les intéressés sont titularisés sous réserve qu'ils remplissent les conditions d'aptitude pour l'exercice de la fonction. () Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités d'application des deux alinéas précédents, notamment les conditions minimales de diplôme exigées pour le recrutement en qualité d'agent contractuel en catégories A et B, les modalités de vérification de l'aptitude préalable au recrutement en catégorie C, les conditions du renouvellement éventuel du contrat, les modalités d'appréciation, avant la titularisation, de l'aptitude à exercer les fonctions () ". Aux termes de l'article 3-1 du décret du 25 août 1995 modifié relatif au recrutement des travailleurs handicapés dans la fonction publique pris pour l'application de l'article 27 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " L'appréciation des candidatures est faite sur dossier par l'autorité ayant le pouvoir de nomination. Elle peut être complétée par des entretiens ".
3. Aux termes de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille ou de grossesse, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race. Toutefois des distinctions peuvent être faites afin de tenir compte d'éventuelles inaptitudes physiques à exercer certaines fonctions. () ". Aux termes de l'article 1er de la loi du 27 mai 2008 portant diverses dispositions d'adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations, dans sa version en vigueur du 28 août 2012 au 22 février 2014 : " Constitue une discrimination directe la situation dans laquelle, sur le fondement de son appartenance ou de sa non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race, sa religion, ses convictions, son âge, son handicap, son orientation ou identité sexuelle ou son sexe, une personne est traitée de manière moins favorable qu'une autre ne l'est, ne l'a été ou ne l'aura été dans une situation comparable. Constitue une discrimination indirecte une disposition, un critère ou une pratique neutre en apparence, mais susceptible d'entraîner, pour l'un des motifs mentionnés au premier alinéa, un désavantage particulier pour des personnes par rapport à d'autres personnes, à moins que cette disposition, ce critère ou cette pratique ne soit objectivement justifié par un but légitime et que les moyens pour réaliser ce but ne soient nécessaires et appropriés () ". La version de cet article 1er applicable depuis le 23 février 2014 ajoute le " lieu de résidence " comme facteur de discrimination.
4. De manière générale, il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
5. Pour soutenir que le rejet de ses candidatures au titre des années 2013, 2014 et 2015 présenterait un caractère discriminatoire en raison de son handicap et de son lieu de résidence, Mme B se prévaut de la décision du Défenseur des droits du 28 novembre 2017 qui a considéré, après avoir demandé des précisions au ministre de la justice, que le recrutement visé par la requérante était subordonné à une condition de résidence qui n'était ni dictée par la nature de l'activité de greffier ni prévue par le dossier de candidature ou les dispositions législatives ou réglementaires régissant ce recrutement. Le Défenseur des droits en a conclu que ce critère était constitutif d'une discrimination directe, prohibée par la loi du 27 mai 2008 portant diverses dispositions d'adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations modifiée par la loi du 21 février 2014 de programmation pour la ville et la cohésion urbaine et d'une discrimination indirecte au sens du même texte en ce sens qu'il s'agit d'une mesure apparemment neutre mais susceptible d'entrainer un désavantage particulier pour Mme B qui ne pouvait dès lors prétendre à aucun recrutement dans le ressort de la cour d'appel d'Aix en Provence.
6. En défense, le ministre de la justice rappelle les termes des réponses apportées au Défenseur des droits dans le cadre de l'instruction de la saisine de Mme B et explique le déroulement de la procédure de recrutement de travailleurs handicapés. Ainsi, les candidatures sont adressées au service administratif régional de la cour d'appel concernée qui examine leur recevabilité avant de les adresser à une association spécialisée dans l'insertion par le travail des personnes handicapées, dénommée " hanploi-ced ", chargée de rendre un avis sur l'adéquation du profil avec le poste envisagé. Ces candidatures sont ensuite présentées à une commission de sélection qui n'est pas liée par l'avis de l'association, qui sélectionne les candidats les plus aptes aux fonctions de greffier puis qui transmet son avis sous forme de rapport à l'administration centrale du ministère. L'administration centrale procède ensuite au contrôle des dossiers, et transmet à son tour sa décision au service administratif régional chargé d'informer les candidats du résultat. S'agissant du recrutement au titre de l'année 2013, le ministre explique que 16 candidats ont été sélectionnés par l'association " hanploi-ced ", que le candidat retenu bénéficiait d'un profil aussi intéressant que celui de Mme B et qu'il a fait application d'un plan triennal handicap 2012-2014 qui préconisait d'éviter d'éloigner la personne recrutée de son domicile.
7. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme B a adressé ses candidatures dans le cadre d'une voie dérogatoire permettant le recrutement de travailleurs handicapés sur des postes de greffiers des services judiciaires. Or, aucun élément du dossier ne laisse présumer une atteinte au principe de non-discrimination en raison de son handicap. Par suite cette branche du moyen tiré de la discrimination ne peut qu'être écartée.
8. En second lieu, d'une part, s'il résulte de l'instruction, notamment du courrier de la directrice des services judiciaires du 24 mars 2016, que Mme B a été victime, à l'occasion de la candidature qu'elle a présentée en 2013, d'une discrimination en raison de son lieu de résidence, ce critère de discrimination, ainsi qu'il a été dit au point 3, n'était pas encore applicable en 2013 en vertu des dispositions alors en vigueur de l'article 1er de la loi du 27 mai 2008 dont se prévaut la requérante. D'autre part, aucun élément ne permet de faire présumer l'existence d'une discrimination à raison du lieu de résidence de Mme B au titre des années 2014 et 2015. Notamment, s'agissant de l'année 2014, il résulte de l'instruction que la candidature de la requérante a été écartée par la commission de sélection après que l'association " hanploi-ced " avait émis un avis négatif, alors que cette même commission avait retenu la candidature de l'intéressée en 2013. La seule circonstance que le plan triennal HandiCap 2012-2014 du ministère de la justice préconise d'éviter d'éloigner la personne recrutée de son domicile ne suffit donc pas à présumer que Mme B a été victime d'une discrimination à raison de son lieu de résidence au titre de sa candidature de l'année 2014. Il suit de là que Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'elle a été victime d'une discrimination à raison de sa résidence en Corse.
9. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que les décisions rejetant ses candidatures au titre des années 2013, 2014 et 2015 sont entachées d'une discrimination fautive. Par suite les conclusions à fin d'indemnisation de ses préjudices ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Copie en sera adressée à titre d'information au Défendeur des droits.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, où siégeaient :
- M. Pierre Monnier, président ;
- Mme Pauline Muller, conseillère ;
- Mme Nathalie Sadat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.
La rapporteure,
Signé
N. SADAT
Le président,
Signé
P. MONNIER
La greffière,
Signé
R. ALFONSI
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
R. ALFONSI
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026