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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2101163

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2101163

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2101163
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSEBASTIANI SEBASTIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er octobre 2021, la SARL Scaf Innovation, représentée par Me Sebastiani, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) le remboursement d'un crédit d'impôt pour investissement en Corse pour un montant de 22 653 euros au titre de son exercice clos le 31 décembre 2020, assorti des intérêts moratoires ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société requérante soutient que :

- la machine automatique à ultrason pour masques chirurgicaux qu'elle a achetée est éligible au crédit d'impôt prévu à l'article 244 quater E du code général des impôts s'agissant d'un bien amortissable selon le mode dégressif dès lors qu'il s'agit d'un matériel utilisé pour des opérations industrielles de fabrication, de transformation ou de transport, matériel identique et de même nature que ceux utilisés au stade de la production dans les entreprises industrielles ;

- la double circonstance qu'elle donne en location la machine automatique à ultrason pour masques chirurgicaux et que la production de masques n'entre pas dans ses statuts ne fait pas obstacle au bénéfice du crédit d'impôt en Corse.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2022, le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête. Le directeur fait valoir que :

- l'appareil en cause n'est pas exploité dans le cadre d'une activité connexe à l'activité principale de commerce de gros de bois et de matériaux de construction de la société requérante et ne relève pas de son objet social ;

- en outre, il n'est pas établi que cet investissement, de par sa nature et ses caractéristiques, s'apparente à un matériel identique à ceux utilisés pour des opérations industrielles de fabrication ou de transformation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pierre Monnier, président ;

- et les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Scaf Innovation, qui a pour activité les travaux, la vente ou, plus généralement, toute opération liée au bâtiment, a acheté au cours de son exercice clos le 31 décembre 2020 une machine automatique à ultrason pour masques chirurgicaux d'un montant de 83 000 euros HT. Estimant que ce bien était éligible au crédit d'impôt pour investissement en Corse à hauteur de 30 %, soit une somme de 24 900 euros, elle a imputé une partie de cette somme, soit 2 247 euros, sur son impôt sur les sociétés de l'exercice clos le 31 décembre 2020 et a réclamé le remboursement du surplus auprès de l'administration fiscale. Après que l'administration fiscale a, par décision du 3 août 2021, rejeté cette réclamation, la société requérante doit être regardée comme demandant au tribunal de lui accorder un crédit d'impôt pour investissement en Corse pour un montant total de 22 653 euros au titre de son exercice clos le 31 décembre 2020.

Sur la demande de remboursement :

2. D'une part, aux termes de l'article 244 quater E du code général des impôts dans sa rédaction applicable à l'espèce : " I. 1° Les petites et moyennes entreprises relevant d'un régime réel d'imposition peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des investissements, autres que de remplacement, financés sans aide publique pour 25 % au moins de leur montant, réalisés jusqu'au 31 décembre 2020 et exploités en Corse pour les besoins d'une activité industrielle, commerciale (). 3° Le crédit d'impôt prévu au 1° est égal à 20 % du prix de revient hors taxes : a. Des biens d'équipement amortissables selon le mode dégressif en vertu des 1 et 2 de l'article 39 A et des agencements et installations de locaux commerciaux habituellement ouverts à la clientèle créés ou acquis à l'état neuf () 3° bis Le taux mentionné au premier alinéa du 3° est porté à 30 % pour les entreprises qui ont employé moins de onze salariés et ont réalisé soit un chiffre d'affaires n'excédant pas 2 millions d'euros au cours de l'exercice ou de la période d'imposition, ramené le cas échéant à douze mois en cours lors de la réalisation des investissements éligibles, soit un total de bilan n'excédant pas 2 millions d'euros () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 39 A du même code : " 1. L'amortissement des biens d'équipement, autres que les immeubles d'habitation, les chantiers et les locaux servant à l'exercice de la profession, acquis ou fabriqués à compter du 1er janvier 1960 par les entreprises industrielles, peut être calculé suivant un système d'amortissement dégressif, compte tenu de la durée d'amortissement en usage dans chaque nature d'industrie. Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités de l'amortissement dégressif () ". Enfin, aux termes de l'article 22 de l'annexe II audit code : " Les entreprises passibles de l'impôt sur les sociétés () peuvent amortir suivant un système dégressif () les immobilisations acquises () et énumérées ci-après : matériels et outillages utilisés pour des opérations industrielles de fabrication, de transformation ou de transport () ".

4. Les dispositions citées au point précédent autorisent toute entreprise dont les résultats entrent dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux à amortir suivant un mode dégressif les biens d'équipement acquis par elle et qui sont normalement utilisés dans leur activité productive par des entreprises industrielles sans qu'y fasse obstacle la circonstance qu'ils sont exploités par la société requérante dans le cadre d'une activité commerciale. Il résulte de l'instruction que la machine automatique à ultrason pour masques chirurgicaux acquise en 2020 par la SARL Scaf Innovation est susceptible d'être utilisée dans leur activité de production par les entreprises industrielles de fabrication de masques. Contrairement à ce que soutient l'administration fiscale, le fait que cette machine ne soit pas exploitée dans le cadre de l'activité principale de la société ni même dans le cadre d'une activité connexe à son activité principale est sans influence sur le caractère éligible ou non de l'investissement au crédit d'impôt.

5. Il résulte de ce qui précède que la SARL Scaf Innovation est fondée à soutenir que son investissement dans la machine automatique à ultrason pour masques chirurgicaux qu'elle a réalisé au titre de son exercice clos le 31 décembre 2020 est éligible au crédit d'impôt pour investissement en Corse.

Sur la demande d'intérêts moratoires :

6. Aux termes de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales : " Quand l'Etat est condamné à un dégrèvement d'impôt par un tribunal ou quand un dégrèvement est prononcé par l'administration à la suite d'une réclamation tendant à la réparation d'une erreur commise dans l'assiette ou le calcul des impositions, les sommes déjà perçues sont remboursées au contribuable et donnent lieu au paiement d'intérêts moratoires dont le taux est celui de l'intérêt de retard prévu à l'article 1727 du code général des impôts () ". En vertu du 3ème alinéa de l'article R. 208-1 du même livre, ces intérêts moratoires " sont payés d'office en même temps que les sommes remboursées par le comptable chargé du recouvrement des impôts ".

7. Il n'existe aucun litige né et actuel entre le comptable responsable du remboursement et la SARL Scaf Innovation. Les conclusions de la société requérante tendant au paiement des intérêts moratoires ne sauraient donc être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat sur le fondement de titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SARL Scaf Innovation et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il est accordé à la SARL Scaf Innovation le remboursement du crédit d'impôt pour investissement en Corse d'un montant de 22 653 euros au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2020.

Article 2 : L'Etat versera à la SARL Scaf Innovation la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la SARL Scaf Innovation est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Scaf Innovation et au directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 1er février 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

P. MONNIER

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

J. MARTINLa greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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