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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2101219

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2101219

jeudi 25 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2101219
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat statuant seul
Avocat requérantMERMET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 et 28 octobre 2021, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler les décisions en date des 8 septembre et 21 octobre 2021 rejetant sa demande de remise gracieuse de ses dettes au titre, respectivement, de la prime d'activité et de revenu de solidarité active ;

2°) de lui accorder le bénéfice d'une remise gracieuse totale de ses dettes.

Le requérant soutient que :

- sa situation financière ne lui permet pas de rembourser sa dette ;

- il est de bonne foi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2021, la caisse d'allocations familiales de la Corse-du-Sud, représentée par Me Mermet, conclut au rejet de la requête. Elle soutient que le requérant n'est pas de bonne foi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2022, la collectivité de Corse conclut au rejet de la requête. Elle soutient que :

- le requérant ne pouvait ignorer qu'il devait déclarer conjointement ses revenus et ceux de sa compagne avec laquelle il avait une relation de concubinage au sens de l'article 515-8 du code civil ;

- il ne justifie pas de la situation financière catastrophique dans laquelle il se trouverait.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pierre Monnier, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties le jour de l'audience.

Le rapport de M. Pierre Monnier a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La caisse d'allocations familiales (CAF) de la Corse-du-Sud a décidé le 9 mars 2021 de récupérer auprès de M. B des paiements indus de revenu de solidarité active (RSA) et de prime d'activité. Le 16 avril 2021, M. B a demandé de lui accorder une remise gracieuse de l'ensemble de ses dettes. Le 8 septembre 2021, le directeur de la CAF de la Corse-du-Sud a rejeté sa demande concernant l'indu de prime d'activité d'un montant de 2 460,21 euros. Par une décision du 21 octobre 2021, le président du conseil exécutif de Corse a rejeté sa demande relative à l'indu de RSA d'un montant de 1 101,31 euros. Le requérant doit être regardé comme demandant au juge de lui accorder le bénéfice d'une remise totale de ces différents indus.

Sur le cadre juridique des différents litiges :

En ce qui concerne le litige relatif à la remise gracieuse de RSA :

2. En vertu des dispositions combinées des articles L. 262-1, L. 262-13, L. 262-16, L. 262-25, L. 262-46 et R. 511-1-I-3° du code de l'action sociale et des familles, le revenu de solidarité active, qui a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle, est attribué par le président du conseil exécutif de Corse ou, par délégation, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole, lesquelles en assurent également le service et le contrôle dans des conditions fixées par voie de convention.

3. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 2 décide de récupérer un paiement indu de revenu de solidarité active et que le bénéficiaire concerné, sans contester le principe ou la quotité de l'indu mis à sa charge, présente une demande de remise gracieuse de sa dette, le président du conseil exécutif de Corse peut décider d'accorder une remise totale ou de réduire le montant de la créance qu'il détient dans le cas où le débiteur est de bonne foi et que la précarité de sa situation le justifie. Lorsque l'allocataire a fait de fausses déclarations, lesquelles doivent s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives, ou s'est livré à des manœuvres frauduleuses, aucune remise de dette ne peut en revanche lui être accordée.

4. Statuant sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une telle demande, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.

En ce qui concerne le litige relatif à la remise gracieuse de prime d'activité :

5. En vertu des dispositions combinées des articles L. 841-1, L. 843-1, L. 845-2 et L. 845-3 du code de la sécurité sociale, la prime d'activité, qui a pour objet d'inciter les travailleurs aux ressources modestes, qu'ils soient salariés ou non-salariés, à l'exercice ou à la reprise d'une activité professionnelle et de soutenir leur pouvoir d'achat, est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants.

6. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 5 décide de récupérer un paiement indu de prime d'activité et que le ressortissant concerné, sans contester le principe ou la quotité de l'indu mis à sa charge, présente une demande de remise gracieuse de sa dette, l'organisme peut décider d'accorder une remise totale ou de réduire le montant de la créance qu'il détient dans le cas où le débiteur est de bonne foi et que la précarité de sa situation le justifie. Lorsque l'allocataire a fait de fausses déclarations, lesquelles doivent s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives, ou s'est livré à des manœuvres frauduleuses, aucune remise de dette ne peut en revanche lui être accordée.

7. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de prime d'activité, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.

Sur le bien-fondé des demandes de remise gracieuse :

8. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active et à la prime d'activité ou sur leur montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. À cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration. D'autre part, pour le bénéfice du RSA et de la prime d'activité, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par l'article R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles. Une vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.

9. D'une part, il résulte de l'instruction et n'est au demeurant pas contesté que M. B n'a déclaré que le 1er mars 2021 les revenus de sa conjointe, avec laquelle il vit en couple depuis le 1er février 2011. Compte tenu du fait que le formulaire de déclaration trimestrielle précise qu'il convient de déclarer les ressources de chaque membre du foyer, la bonne foi du requérant n'est donc pas établie. D'autre part, si M. B fait valoir que sa situation financière fait obstacle au remboursement des sommes qui lui sont réclamées, il résulte de l'instruction qu'il est propriétaire de sa maison et que sa compagne dispose d'un contrat à durée indéterminée depuis le 1er juillet 2021 avec des revenus de l'ordre de 2 500 euros par mois. Dès lors, en refusant à M. B la remise de dette au titre du revenu de solidarité active et de la prime d'activité, le directeur de la CAF de la Corse-du-Sud et le président du conseil exécutif de Corse n'ont commis aucune erreur d'appréciation.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander que lui soit accordée une remise totale de ses dettes.

DECIDE:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la collectivité de Corse et à la caisse d'allocations familiales de la Corse-du-Sud.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

P. MONNIERLa greffière,

Signé

H. NICAISE

La République mande et ordonne au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, chacun en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. NICAISE

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