jeudi 12 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2101280 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CLEMENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 novembre 2021 et le 17 janvier 2023, l'association Paysages de France, représentée par Me Clement, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Haute-Corse a implicitement rejeté, en méconnaissance des articles L. 581-27 et suivants du code de l'environnement, sa demande de prendre les mesures de nature à mettre un terme aux infractions constatées dans la commune de Biguglia ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Corse, s'agissant des dispositifs correspondant aux fiches n°s 2B-BIG-53, 2B-BIG-70, 2B-BIG-80, 2B-BIG-81 et 2B-BIG-108, de faire dresser les procès-verbaux de constatation d'infraction, cela dans le délai de 15 jours suivant la notification du jugement, et de prendre, dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement, les arrêtés prévus à l'article L. 581-27 du code de l'environnement en vue de la suppression ou de la mise en conformité de ces dispositifs ; en cas d'inexécution par les contrevenants, de mettre en œuvre, dans le délai de cinq jours suivant la notification par le préfet, les mesures prévues aux articles L. 581-30 et L. 581-31 du code de l'environnement ;
3°) d'assortir ces injonctions d'une astreinte de 150 euros, par dispositif et par jour de retard ;
4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 20 000 euros à titre de réparation de son préjudice moral ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
L'association requérante soutient que :
- les dispositifs critiqués constituent des publicités et préenseignes et enseignes en application de l'article L. 581-3 du code de l'environnement ; le préfet était tenu d'user de ses pouvoirs de police spéciale en application des articles L. 581-27 et L. 581-32 du code de l'environnement qui sont opposables aux publicités et préenseignes ;
- le refus du préfet d'exercer ce pouvoir de police est entaché d'une illégalité fautive, plus de la moitié des dispositifs n'ayant toujours pas fait l'objet d'une mise en demeure puis d'une mise en recouvrement d'astreinte un an après la demande initiale, lui causant ainsi, du fait de la gravité des infractions et de la carence du préfet, un préjudice moral.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 novembre 2022 et le 4 janvier 2023, le préfet de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête. Le préfet soutient que :
- la requête est irrecevable en ce qu'aucune décision de rejet de la demande la requérante n'a été prise dès lors qu'il a mis en œuvre le pouvoir de police qu'il tient de l'article L. 581-27 du code de l'environnement ;
- les moyens soulevés par cette association ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;
- et les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. L'association Paysages de France, agréée au titre de l'article L. 141-1 du code de l'environnement, a, par courriel du 14 novembre 2020, réceptionné le 16 novembre suivant par l'administration, demandé au préfet de la Haute-Corse de faire application des dispositions des articles L. 581-27, L. 581-30, L. 581-31 et L. 581-40 du code de l'environnement et de prendre les mesures en vue de la suppression ou de la mise en conformité de plusieurs dispositifs de publicités et pré-enseignes installés irrégulièrement sur le territoire de la commune de Biguglia. Les 20 janvier 2021 et 21 mars 2021, cette association a adressé au préfet des courriels de relance qui ont été réceptionnés respectivement le 2 février 2021 et le 31 mars 2021. En l'absence de réponse de l'administration, par un courriel réceptionné par le préfet le 15 juillet 2021, cette association a présenté une réclamation indemnitaire préalable à laquelle le préfet n'a pas davantage répondu. L'association Paysages de France demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande, née le 16 janvier 2021 du silence gardé par le préfet, d'enjoindre à celui-ci de prendre les mesures prévues par les dispositions précitées du code de l'environnement, s'agissant des dispositifs correspondant aux fiches n°s 2B-BIG-53, 2B-BIG-70, 2B-BIG-80, 2B-BIG-81 et 2B-BIG-108, et de condamner l'Etat à lui verser la somme de 20 000 euros en réparation du préjudice moral résultant des fautes commises par le préfet.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 581-27 du code de l'environnement : " Dès la constatation d'une publicité, d'une enseigne ou d'une préenseigne irrégulière au regard des dispositions du présent chapitre ou des textes réglementaires pris pour son application, et nonobstant la prescription de l'infraction ou son amnistie, l'autorité compétente en matière de police prend un arrêté ordonnant, dans les cinq jours, soit la suppression, soit la mise en conformité avec ces dispositions, des publicités, enseignes ou préenseignes en cause, ainsi que, le cas échéant, la remise en état des lieux. () ". Selon l'article L. 581-30 de ce code : " A l'expiration du délai de cinq jours, dont le point de départ se situe au jour de la notification de l'arrêté, la personne à qui il a été notifié est redevable d'une astreinte de 200 euros par jour et par publicité, enseigne ou préenseigne maintenue. Ce montant est réévalué chaque année, en fonction de l'évolution du coût de la vie, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. () ". L'article L. 581-31 du même code dispose : " Sans préjudice de l'application des dispositions de l'article L. 581-30, l'autorité compétente en matière de police fait, en quelque lieu que ce soit, exécuter d'office les travaux prescrits par l'arrêté visé à l'article L. 581-27, s'il n'a pas été procédé à leur exécution dans le délai fixé par cet arrêté. () ".
3. D'autre part, aux terme de l'article L. 581-3 du code de l'environnement : " " Au sens du présent chapitre : 1° Constitue une publicité, à l'exclusion des enseignes et des préenseignes, toute inscription, forme ou image, destinée à informer le public ou à attirer son attention, les dispositifs dont le principal objet est de recevoir lesdites inscriptions, formes ou images étant assimilées à des publicités ; 2° Constitue une enseigne toute inscription, forme ou image apposée sur un immeuble et relative à une activité qui s'y exerce ; 3° Constitue une préenseigne toute inscription, forme ou image indiquant la proximité d'un immeuble où s'exerce une activité déterminée. ".
4. A l'appui de sa demande adressée au préfet de la Haute-Corse le 14 novembre 2020, l'association Paysages de France soutient que 65 dispositifs publicitaires, de préenseignes et d'enseignes installés sur la commune Biguglia étaient irréguliers. En défense, le préfet se borne à soutenir qu'à la fin de l'année 2021, plus de la moitié des dispositifs en cause avaient fait l'objet d'un procès-verbal d'infraction et que 30 d'entre eux d'une mise en demeure et d'une mise en recouvrement d'astreinte. Dans ces conditions, il ne conteste pas qu'à la date de la décision attaquée, soit le 16 janvier 2021, il n'avait pas mis en œuvre le pouvoir de police qu'il tient de l'article L. 581-27 du code de l'environnement.
5. Il résulte de ce qui précède, sans que le préfet puisse se prévaloir de l'irrecevabilité des conclusions de l'association requérante à fin d'annulation, que cette dernière est fondée à demander l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande, née le 16 janvier 2021.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
6. Le préfet de la Haute-Corse fait valoir que, fin 2022, l'ensemble des panneaux en cause étaient régularisés ou réguliers. Toutefois, il résulte de l'instruction que les dispositifs n°s 2B-BIG-80 et 2B-BIG-81 qui ne sont pas apposés sur un immeuble, constituent des préenseignes irrégulières et non pas des enseignes. Il s'ensuit qu'en l'absence de mise en demeure des contrevenants de régulariser leur situation, il y a lieu, sous réserve qu'une telle mesure n'ait pas été prise par le préfet à la date du présent jugement, d'enjoindre au préfet de la Haute-Corse de prendre les mesures prévues aux articles L. 581-27 et suivants du code de l'environnement afin de faire cesser les infractions, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.
Sur les conclusions indemnitaires :
7. Il est constant que les dispositifs en cause n'ont fait l'objet de mesures de régularisation engagées par le préfet de la Haute-Corse que durant les années 2021 et 2022. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 6, les dispositifs n°s 2B-BIG-80 et 2B-BIG-81 n'ont pas fait l'objet d'une mise en demeure par le préfet de faire cesser l'infraction. Enfin, si le dispositif n° 2B-BIG-53 a fait l'objet d'une mise en demeure, il est toujours en place. Ainsi, eu égard au retard du préfet à exercer ses pouvoirs de police, ce dernier doit être regardé comme ayant commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
8. Il résulte de l'instruction que le travail que suppose pour l'association la protection des intérêts mentionnés ci-dessus est complexe et important, et que le nombre des infractions constatées sur le territoire de la commune de Biguglia, la durée de leur persistance et la multiplicité des démarches qu'elle a dû accomplir pour tenter d'y faire mettre un terme ont pu être de nature à porter atteinte à sa crédibilité, remettre en cause ses efforts au plan national et au plan local et donc à entraver la réalisation de son objet social. Dès lors, l'association requérante doit être regardée comme démontrant l'existence d'un préjudice moral direct, certain et personnel.
9. Eu égard au nombre des infractions relevées et à la durée de l'inertie des services de l'Etat, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par l'association requérante en l'évaluant à une somme de 1 500 euros.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par l'association Paysages de France et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite du préfet de la Haute-Corse née de son silence gardé sur la demande présentée par l'association Paysages de France le 14 novembre 2020 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Corse, sous réserve que les enseignes litigieuses n'ont été ni supprimées, ni mises en conformité, de prendre les mesures prévues aux articles et suivants L. 581-27 du code de l'environnement concernant les dispositifs mentionnés au point 6 du présent jugement, dans un délai de deux mois suivant la notification de ce jugement.
Article 3 : L'État est condamné à verser à l'association Paysages de France une somme de 1 500 euros au titre de son préjudice moral.
Article 4 : L'État versera à l'association Paysages de France une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à l'association Paysages de France et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Corse ainsi que, à titre d'information, au maire de Biguglia.
Délibéré après l'audience du 22 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pierre Monnier, président ;
M. Jan Martin, premier conseiller ;
M. Hanafi Halil, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.
Le rapporteur,
Signé
J. MARTIN
Le président,
Signé
P. MONNIER
La greffière,
Signé
H. MANNONI
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
H. MANNONI
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026
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01/06/2026