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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2101318

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2101318

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2101318
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantDIONISI-NAUDIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bastia a statué sur la demande de l'EURL Geodo, qui sollicitait le remboursement d'un crédit d'impôt pour investissement en Corse au titre de l'article 244 quater E du code général des impôts. Le tribunal a constaté un non-lieu à statuer partiel à hauteur de 21 481 euros, l'administration ayant accordé un dégrèvement sur certaines factures. Pour le surplus, le tribunal a rejeté la demande concernant la facture de la société "Chiroboli frères", estimant que les travaux de gros œuvre (démolitions, fondations, murs en béton) ne constituent pas des agencements et installations de locaux commerciaux habituellement ouverts à la clientèle, et que les quelques travaux d'agencement n'étaient pas suffisamment établis comme étant afférents à de tels locaux.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 13 novembre 2021 et le 10 octobre 2022, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Geodo, représentée par Me Dionisi-Naudin, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) le remboursement d'un crédit d'impôt pour investissement en Corse pour un montant total de 28 633 euros au titre de son exercice clos le 31 décembre 2020 ;

2°) la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société requérante soutient que les travaux, qui portent sur des agencements et installations de locaux commerciaux habituellement ouverts à la clientèle, sont éligibles au crédit prévu à l'article 244 quater E du code général des impôts.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 mai 2022 et le 11 juin 2024, le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse conclut, dans le dernier état de ses écritures, au non-lieu à statuer à hauteur d'un montant de 23 840 euros et au rejet du surplus des conclusions de la requête. Le directeur fait valoir, dans le dernier état de ses écritures, que la facture " Chiororbi frères " d'un montant de 23 840 euros restant en litige ne saurait être regardée comme correspondant à un aménagement de locaux commerciaux dès lors que ni les travaux sur des fondations ni les travaux de réfection ne correspondent à l'aménagement d'un local commercial.

Un mémoire de l'EURL Geodo a été enregistré le 12 septembre 2024, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, fixée au 17 juillet 2024 par une ordonnance en date du 17 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pierre Monnier, président ;

- et les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. L'EURL Geodo, qui exerce l'activité de commerce de détail de viandes et de produits à base de viandes en magasin spécialisé, a réalisé, au cours de l'année 2020, des investissements pour un montant total de 270 842 euros. Estimant que ces investissements étaient éligibles au crédit d'impôt pour investissement en Corse à hauteur de 30 %, soit la somme de 81 253 euros, elle a réclamé auprès de l'administration fiscale, après avoir imputé une somme de 14 118 euros sur son impôt sur les sociétés dû au titre de son exercice clos le 31 décembre 2020, le remboursement d'un crédit d'impôt à hauteur du reliquat, d'un montant de 67 135 euros. Par une décision en date du 14 septembre 2021, l'administration fiscale n'a accepté sa demande qu'à hauteur d'un montant de crédit de 38 502 euros. L'EURL Geodo doit être regardée comme demandant au tribunal de lui accorder un crédit d'impôt pour investissement en Corse pour un montant total de 28 633 euros au titre de son exercice clos le 31 décembre 2020.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction que, par un avis du 11 juin 2024, l'administration fiscale a dégrevé l'EURL Geodo d'un montant de 21 481 euros, correspondant à l'admission au bénéfice du crédit d'impôt pour investissement en Corse des factures " Nord-Elec " et " ABP Sud Menuiserie ". Les conclusions de la requête sont donc, dans cette mesure, sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer. Ne reste donc plus en litige que la facture émise par la société " Chiroboli frères ".

Sur le surplus des conclusions de la requête :

3. Aux termes de l'article 244 quater E du code général des impôts dans sa rédaction applicable à l'espèce : " I. 1° Les petites et moyennes entreprises relevant d'un régime réel d'imposition peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des investissements, autres que de remplacement, financés sans aide publique pour 25 % au moins de leur montant, réalisés jusqu'au 31 décembre 2020 et exploités en Corse pour les besoins d'une activité () commerciale (). 3° Le crédit d'impôt prévu au 1° est égal à 20 % du prix de revient hors taxes : a. Des biens d'équipement amortissables selon le mode dégressif en vertu des 1 et 2 de l'article 39 A et des agencements et installations de locaux commerciaux habituellement ouverts à la clientèle créés ou acquis à l'état neuf () 3° bis Le taux mentionné au premier alinéa du 3° est porté à 30 % pour les entreprises qui ont employé moins de onze salariés et ont réalisé soit un chiffre d'affaires n'excédant pas 2 millions d'euros au cours de l'exercice ou de la période d'imposition, ramené le cas échéant à douze mois en cours lors de la réalisation des investissements éligibles, soit un total de bilan n'excédant pas 2 millions d'euros () ".

4. Il résulte des termes du a. du 3° de l'article 244 quater E précité du code général des impôts que seuls les aménagements relatifs à des agencements et installations de locaux commerciaux habituellement ouverts à la clientèle sont susceptibles d'ouvrir droit au bénéfice du crédit d'impôt. Les agencements et installations ouvrant droit au crédit d'impôt s'entendent des travaux, dispositifs ou éléments destinés à mettre les locaux commerciaux en état d'utilisation et faisant corps avec eux.

5. Il résulte de l'instruction que la facture de la société " Chiroboli frères " produite par la société requérante porte essentiellement sur des travaux de gros œuvre tels que démolitions, fondations, creusement d'une tranchée ou pose de murs en bétons. Si certains des travaux figurant sur la facture émise le 6 janvier 2020, à l'instar de la pose d'un plancher ou de carrelages, sont des travaux d'agencement, il ne résulte pas de l'instruction que ces travaux seraient afférents à des locaux commerciaux ouverts à la clientèle, la désignation " zone froide et zone commerciale " ne permettant notamment pas de faire la part des travaux relatifs au local commercial. Par suite, l'EURL Geodo, n'est pas fondée à soutenir que cette facture est éligible au crédit d'impôt pour investissement en Corse.

6. Il résulte de ce qui précède que le surplus des conclusions de l'EURL Geodo à fin de remboursement doit être rejeté.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros que demande l'EURL Geodo au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête à hauteur de la somme de 21 481 euros.

Article 2 : L'Etat versera à l'EURL Geodo la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de l'EURL Geodo est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'EURL Geodo et au directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 27 septembre 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

P. MONNIER

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

J. MARTINLa greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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