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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2101331

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2101331

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2101331
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS TOMASI-VACCAREZZA-BRONZINI DE CARAFFA-TABOUREAU-GENUINI-LUISI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une décision n° 439350 du 10 novembre 2021, le Conseil d'Etat, statuant au contentieux, saisi d'un pourvoi présenté pour M. B A, a annulé le jugement du tribunal administratif de Bastia en date du 13 avril 2017 et a renvoyé l'affaire devant le même tribunal.

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 12 novembre 2021, le 4 septembre 2022 et le 23 février 2023, M. B A, représenté par Me Peres, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Castellare-di-Casinca à payer la somme de 6 700 euros en réparation de son préjudice avec intérêts de droit et capitalisation des intérêts ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Castellare-di-Casinca la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- le maire a commis une faute dans l'exercice de son pouvoir de police ;

- deux collisions avec des vaches en divagation se sont succédées au même endroit à quelques semaines d'intervalle après l'accident dont il a été victime et une vache morte a été retrouvée à 950 mètres du lieu de l'accident le 19 septembre 2016 ;

- une fois par mois depuis l'année 2014 un garagiste intervient pour des missions de dépannage et remorquage, suite à des accidents de la circulation causés par des animaux en divagation ;

- si un lieu de dépôt pour les animaux errants existe, cette seule création est insuffisante pour prévenir les dommages susceptibles de résulter de la divagation des animaux dès lors que cette création ne peut à elle seule permettre d'y mettre un terme, et en se limitant à créer ce dépôt sans y conduire ensuite les animaux divagants en particulier le long de la route territoriale n° 10, le maire a commis une faute de nature à engager la responsabilité de la commune ;

- il serait inique qu'il ait à supporter la charge de la preuve du fonctionnement de ce dépôt ;

- vingt mois après l'accident dont il a été victime, soit le 30 août 2016, un arrêté portant autorisation d'abattage a été pris ;

- la commune souhaite ménager ses administrés, lesquels ont probablement des liens avec les responsables de la divagation des animaux ;

- cette carence fautive du maire est en lien direct avec son préjudice ;

- il est fondé à demander la somme de 3 700 euros en réparation de son préjudice matériel ;

- il justifie de troubles dans les conditions d'existence à hauteur de 2 000 euros ;

- son préjudice moral s'élève à 1 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 janvier 2023, la commune de Castellare-di-Casinca, représentée par Me Genuini, conclut au rejet de la requête et à ce que le versement de la somme de 1 500 euros soit mis à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune soutient que :

- le requérant ne justifie pas que le maire a été averti avant la survenance de l'accident du 30 novembre 2014 qui est le premier à s'être produit sur le territoire de la commune, de l'existence d'autres accidents ou blessures causés par du bétail en divagation ;

- la commune en installant le lieu de dépôt a pris des mesures concrètes et effectives pour organiser le lieu de dépôt du bétail en état de divagation ;

- seule une obligation de résultat et non de moyens lui incombe ;

- elle ne pouvait rien faire de plus que ce qu'elle a mis en place, le risque de divagation n'était pas important à cette date ;

- la commune a alerté les pouvoirs publics après l'accident du 30 novembre 2014 ;

- le requérant ne justifie pas que son assurance ne l'a pas indemnisé de son préjudice matériel, la production du seul contrat d'assurance étant insuffisante à cet égard ;

- le requérant a été intégralement indemnisé par le fonds de garantie des assurances obligatoires de dommages ;

- aucune pièce ne justifie les troubles dans les conditions d'existence ;

- aucune pièce ne justifie le préjudice moral.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des assurances ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Nathalie Sadat, conseillère ;

- les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Genuini, avocat de la commune de Castallare-di-Casinca.

Considérant ce qui suit :

1. Le 30 novembre 2014, alors qu'il circulait en voiture sur une portion de la route territoriale n° 10 située dans le territoire de la commune de Castellare-di-Casinca au lieu-dit Saint-Pancrace, M. A a percuté une vache. Il a demandé au tribunal administratif de Bastia de condamner la commune à l'indemniser de son préjudice. Par un jugement n° 1600060 du 13 avril 2017, dont il a fait appel, le tribunal administratif a rejeté sa demande. Par un arrêt n° 17MA02468, la cour administrative d'appel a renvoyé le jugement dont il était demandé annulation au Conseil d'Etat, afin que ce dernier statue en qualité de juge de cassation. Par une décision du 10 novembre 2021, le Conseil d'Etat a annulé le jugement et a renvoyé l'affaire devant le tribunal administratif de Bastia. M. A demande au tribunal de condamner la commune de Castellare-di-Casinca à l'indemniser de ses préjudices.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : () 7° Le soin d'obvier ou de remédier aux événements fâcheux qui pourraient être occasionnés par la divagation des animaux malfaisants ou féroces. " Aux termes de l'article L. 211-1 du code rural et de la pêche maritime : " Lorsque des animaux non gardés ou dont le gardien est inconnu ont causé du dommage, le propriétaire lésé a le droit de les conduire sans retard au lieu de dépôt désigné par le maire, qui, s'il connaît la personne responsable du dommage aux termes de l'article 1243 du code civil, lui en donne immédiatement avis () ".

3. Il résulte de l'instruction que la commune de Castellare-di-Casinca a décidé par une délibération de son conseil municipal du 16 décembre 2008, la création d'un lieu de dépôt pour animaux en divagation qui a été créé en 2010. Ainsi, dès cette époque, la présence de ces animaux sur le territoire a revêtu une importance particulière justifiant des mesures adaptées. Cependant, il résulte de l'instruction, notamment de l'attestation du garagiste de la commune, qu'au cours de l'année 2014, ce dernier a dû intervenir au rythme moyen d'une fois par mois en raison d'accidents de la route dus à la présence de bovins en divagation au lieu-dit Saint Pancrace. La dangerosité de ce secteur fut également la cause, à la même époque que les faits en litige, de trois accidents en quinze jours, dus à la présence de vaches errantes et d'un accident survenu le 18 octobre 2014, avant celui dont M. A a été victime. Dès lors, contrairement à ce que fait valoir la commune, la présence d'animaux en divagation était attestée au mois de novembre 2014. Il revenait donc à la commune d'édicter les mesures appropriées aux événements fâcheux qui pouvaient être occasionnés par la divagation des bovins. En se bornant à installer un dépôt, sans mettre en œuvre aucune mesure permettant d'organiser le repérage et l'acheminement des animaux vers le lieu de parcage dédié, la commune a manqué à ses obligations. Si cette dernière fait valoir qu'elle a édicté un arrêté organisant l'abattage des animaux " représentant un danger grave et immédiat sur le territoire ", ce dernier, daté du 30 août 2016, est postérieur à l'accident dont M. A a été victime. Il résulte de l'absence de mesures prises pour obvier au danger provoqué par la divagation d'animaux sur les voies de circulation de la commune, que le maire de Castellare-di-Casinca, par sa carence dans l'exercice de ses pouvoirs de police, a commis une faute de nature à engager la responsabilité de sa commune.

Sur les préjudices :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-1 du code des assurances : " Toute personne physique ou toute personne morale autre que l'Etat, dont la responsabilité civile peut être engagée en raison de dommages subis par des tiers résultant d'atteintes aux personnes ou aux biens dans la réalisation desquels un véhicule est impliqué, doit, pour faire circuler celui-ci, être couverte par une assurance garantissant cette responsabilité, dans les conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Pour l'application du présent article, on entend par "véhicule" tout véhicule terrestre à moteur, c'est-à-dire tout véhicule automoteur destiné à circuler sur le sol et qui peut être actionné par une force mécanique sans être lié à une voie ferrée () ".

5. Il résulte de l'instruction que M. A n'était pas garanti en cas de dommage subi par son véhicule, que la valeur de remplacement de ce dernier a été évaluée à 4 500 euros par un expert désigné par sa compagnie d'assurance et que l'intéressé l'a revendu 800 euros. Dans ces conditions, il sera fait une exacte appréciation de ce chef de préjudice en allouant la somme de 3 700 euros à M. A.

6. En deuxième lieu, M. A soutient qu'il a dû effectuer des démarches auprès de la gendarmerie, de sa compagnie d'assurances, des personnes qui ont rédigé des attestations, de son conseil et qu'il a été privé de son véhicule durant plusieurs mois alors que la commune dans laquelle il réside est éloignée de son lieu de travail et souffre d'une mauvaise desserte par les transports en commun. Il sera fait une juste appréciation en lui allouant une indemnité de 1 000 euros en réparation des troubles dans les conditions d'existence résultant de la privation de son véhicule.

7. En troisième et dernier lieu, il sera fait une juste appréciation de la réparation due à l'intéressé pour le préjudice moral imputable à la carence du maire dans l'exercice de ses pouvoirs de police en condamnant la commune à lui verser une indemnité de 1 000 euros.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander la condamnation de la commune de Castellare-di-Casinca à lui verser une somme de 5 700 euros en réparation des préjudices subis.

Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :

9. D'une part, lorsqu'ils sont demandés, les intérêts au taux légal sur le montant de l'indemnité allouée sont dus, quelle que soit la date de la demande préalable, à compter du jour où cette demande est parvenue à l'autorité compétente ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité. D'autre part, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande ne peut toutefois prendre effet que lorsque les intérêts sont dus au moins pour une année entière, sans qu'il soit besoin d'une nouvelle demande à l'expiration de ce délai. De même, la capitalisation s'accomplit à nouveau, le cas échéant, à chaque échéance annuelle ultérieure, sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.

10. M. A, qui a sollicité les intérêts et leur capitalisation le 4 septembre 2022, a droit aux intérêts à compter du 26 octobre 2015, date de rejet de sa demande indemnitaire, et à leur capitalisation au 26 octobre 2016, date à laquelle était due pour la première fois une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle ultérieure.

Sur les frais liés au litige :

11. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Castellare-di-Casinca une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Castellare-di-Casinca demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La commune de Castellare-di-Casinca est condamnée à verser à M. A une somme de 5 700 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 26 octobre 2015. Les intérêts échus à la date du 26 octobre 2016 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : La commune de Castellare-di-Casinca versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Castellare-di-Casinca.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, où siégeaient :

- M. Pierre Monnier, président ;

- M. Jan Martin, premier conseiller ;

- Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

N. SADATLe président,

Signé

P. MONNIER La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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