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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2101356

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2101356

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2101356
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS THEMESIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 23 novembre 2021, le 24 avril 2023 et le 8 septembre 2023, la SARL Nave va, représentée par Me Bette, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la restitution d'une somme de 368 168 euros afférente à un crédit d'impôt pour investissement en Corse au titre de ses exercices clos les 31 décembre 2017 et 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société requérante soutient que :

- il y a méconnaissance des droits de la défense dès lors qu'elle n'a pas été en mesure de faire connaître utilement son point de vue préalablement quant aux éléments sur lesquels l'administration entend fonder sa décision du 23 septembre 2021 ;

- les investissements en litige, consistant en la rénovation d'un bateau acquis d'occasion, sont exploités pour les besoins d'une activité éligible de promenades en mer, l'activité de transport est une activité éligible en ce qu'elle constitue principalement une activité touristique ; en tout état de cause, la seule activité non-éligible de transport de passagers constitue une activité accessoire indissociable de l'activité de promenade en mer et ouvre donc droit au crédit d'impôt ainsi que le prévoit la doctrine administrative (BOI-BIC-RICI-10-60-10-20, §390) ;

- les moyens soulevés à titre subsidiaire par l'administration fiscale ne sont pas fondés dès lors que les investissements réalisés, d'une part, constituent des investissements initiaux et, d'autre part, sont susceptibles de faire l'objet d'un amortissement dégressif.

Par des mémoires, enregistrés le 13 mai 2022, le 12 juin 2023 et le 29 septembre 2023, le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête. Le directeur soutient que :

- le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense est inopérant dans le cadre d'un litige portant sur une demande de remboursement d'un crédit d'impôt ;

- sur le droit à remboursement, les moyens de la SARL Nave va ne sont pas fondés dès lors, d'une part, que les investissements à usage mixte couvrant une activité non éligible comme celle des transports, n'ouvrent pas, en principe, droit au crédit d'impôt et, d'autre part, la SARL Nave va ne remplit pas la condition concernant l'identité de clientèle et le lien de nécessité entre l'activité éligible de promenades en mer et l'activité non éligible de transport ;

- à titre subsidiaire, les investissements en litige ne sont pas éligibles dès lors, d'une part, qu'ils ne constituent pas un investissement initial et, d'autre part, ils ne constituent qu'à hauteur d'un montant de 32 841,95 euros, soit un crédit d'impôt de 9 853 euros, des investissement susceptibles d'un amortissement dégressif.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pierre Monnier, président ;

- et les conclusions de M. Jan Martin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Nave va, qui a pour activité l'exploitation de bateaux destinés à assurer des missions de transports de voyageurs, l'organisation d'excursions maritimes, de promenades et croisières en mer en Corse, a acquis d'occasion le 1er mars 2017, pour un montant de 161 000 euros, un navire dénommé " Scandola " sur lequel elle a effectué au cours des années 2017 et 2018 des travaux de rénovation. Estimant que ces investissements constituaient des biens d'équipement amortissables selon le mode dégressif à hauteur d'un montant total de 1 227 227 euros, elle a sollicité le 14 mai 2019 auprès des services fiscaux le remboursement de la somme de 368 168 euros, correspondant à 30 % de cette somme Avant de rejeter cette demande par courrier en date du 23 septembre 2021, l'administration fiscale a effectué du 25 septembre 2019 au 20 mai 2021 une vérification générale de comptabilité de la société requérante portant sur la période du 1er novembre 2015 au 31 décembre 2018. Par la présente requête, la SARL Nave va demande, sur le fondement de l'article 244 quater E du code général des impôts, le remboursement d'une somme de 368 168 euros correspondant au crédit d'impôt au titre des investissements réalisés en Corse au cours de ses exercices clos les 31 décembre 2017 et 2018.

Sur le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense :

2. La SARL Nave va soutient que l'administration fiscale a méconnu les droits de la défense faute de l'avoir informée de la teneur des informations qu'elle a recueillies dans l'exercice de son droit de communication auprès de tiers effectué à l'occasion de la vérification de comptabilité dont la société requérante a fait l'objet avant que l'administration ne réponde à sa réclamation tendant au remboursement du crédit d'impôt pour investissement en Corse. Toutefois, si les règles de procédures fiscales, telles que codifiées notamment à l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales, imposent une telle obligation, ce n'est que préalablement à l'établissement de l'imposition. Dans le cadre d'une demande de remboursement d'un crédit d'impôt, les droits afférents à la teneur des informations dont les parties se prévalent sont assurés par la procédure contradictoire dont est garant le juge de l'impôt. Par suite, le moyen susvisé doit être écarté.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

3. Aux termes de l'article 244 quater E du code général des impôts dans sa rédaction applicable à l'espèce : " I. 1° Les petites et moyennes entreprises relevant d'un régime réel d'imposition peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des investissements, autres que de remplacement, financés sans aide publique pour 25 % au moins de leur montant, réalisés jusqu'au 31 décembre 2020 et exploités en Corse pour les besoins d'une activité industrielle, commerciale, artisanale, libérale ou agricole autre que : () b. () le transport () 3° Le crédit d'impôt prévu au 1° est égal à 20 % du prix de revient hors taxes : a. Des biens d'équipement amortissables selon le mode dégressif en vertu des 1 et 2 de l'article 39 A et des agencements et installations de locaux commerciaux habituellement ouverts à la clientèle créés ou acquis à l'état neuf () 3° bis Le taux mentionné au premier alinéa du 3° est porté à 30 % pour les entreprises qui ont employé moins de onze salariés et ont réalisé soit un chiffre d'affaires n'excédant pas 2 millions d'euros au cours de l'exercice ou de la période d'imposition, ramené le cas échéant à douze mois en cours lors de la réalisation des investissements éligibles, soit un total de bilan n'excédant pas 2 millions d'euros () ".

4. Si la société requérante soutient que le navire " Scandola " était exploité pour les besoins d'une activité éligible de promenades en mer, il résulte de l'instruction que ce navire était aussi employé au cours des années en litige pour le transport de passagers entre les ports d'Ajaccio et de Porticcio effectué dans le cadre d'un contrat que la SARL Nave va a signé avec la communauté d'agglomération du pays ajaccien (CAPA). Dès lors, les investissements en litige n'ont pas été réalisés pour les besoins d'une activité autre que de transport ainsi que le prévoient les dispositions de l'article 244 quater E du code général des impôts citées au point précédent. Contrairement à ce que soutient la SARL Nave va, il ne résulte pas de l'instruction que les passagers ayant ainsi effectué le voyage entre Ajaccio et Porticcio sur le " Scandola " aient eu pour unique but d'effectuer des promenades en mer. Enfin, la circonstance que l'activité de transport du navire " Scandola " ne représenterait qu'environ 10 % de l'activité totale alors que les neuf dixièmes restants relèveraient de l'activité de promenades en mer ne saurait suffire à regarder les investissements faits sur ce navire comme réalisés pour les besoins d'une activité autre que de transport. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que les investissements en cause entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article 244 quater E précité du code général des impôts.

En ce qui concerne l'application de la doctrine administrative :

5. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration () ".

6. La garantie prévue par le premier alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales ne peut être invoquée que pour contester les rehaussements d'impositions auxquels procède l'administration fiscale. Ainsi, la SARL Nave va ne peut, se prévaloir pour contester le refus de l'administration de faire droit à sa demande tendant au bénéfice du crédit d'impôt institué par les dispositions de l'article 244 quater E du code général des impôts de la tolérance prévue par la doctrine administrative, référencée BOI-BIC-RICI-10-60-10-20 (n° 390), selon laquelle ouvre droit au crédit d'impôt un investissement réalisé pour les besoins d'une activité a priori inéligible, mais exercée à titre accessoire et constituant le complément indissociable d'une activité éligible.

7. Il résulte de ce qui précède que la SARL Nave va n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le directeur des services fiscaux de la Haute-Corse a rejeté sa demande de remboursement. Ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne sauraient dès lors être accueillies.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Nave va est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Nave va et à la direction départementale des finances publiques de la Haute-Corse.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

Mme Pauline Muller, conseillère ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

P. MONNIER

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

P. MULLER

La greffière,

Signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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