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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2101360

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2101360

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2101360
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantFERRANDINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 24 novembre 2021, le 19 mai 2022 et le 8 juillet 2022, la société par actions simplifiées unipersonnelle (SASU) Bob, représentée par Me Ferrandini, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la restitution d'une somme de 151 795 euros afférente à un crédit d'impôt sur les sociétés au titre de ses exercices clos les 31 décembre 2019 et 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société requérante soutient que :

- elle justifie avoir pris l'engagement de réaliser les investissements en cause avant le 31 décembre 2018 ;

- au regard de l'avis émis par l'administration fiscale le 28 décembre 2020, elle est en droit de se prévaloir de la garantie prévue aux articles L. 80 A et L. 80 B du livre des procédures fiscales ainsi que des principes de sécurité juridique et de confiance légitime ;

- c'est à tort que l'administration fiscale soutient que les investissements en cause ne caractérisent pas des investissements hôteliers au sens de l'article 39 A de l'annexe 2 au code général des impôts et de l'article 22 de l'annexe II au même code.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 avril, 3 juin et 20 juillet 2022, le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête. Le directeur fait valoir que :

- les moyens tirés de l'application du livre des procédures fiscales et des principes de sécurité juridique et de confiance légitime sont inopérants et, au demeurant, infondés ;

- les investissement réalisés n'ouvrent pas droit au crédit d'impôt pour investissement en Corse conformément à l'article 244 quater E du code général des impôts modifié par l'article 22 de la loi n° 2018-1317 du 28 décembre 2018 et par l'article 57 de la loi n° 2019-1479 du 28 décembre 2019 dès lors que, s'agissant d'investissements affectés à une activité de gestion ou de location de meublés de tourisme, la SASU Bob n'établit pas avoir pris l'engagement de réaliser ces investissements avant le 1er janvier 2019 ;

- à titre subsidiaire, la société requérante ne justifie pas que la construction des deux villas doive être regardée comme des investissements hôteliers au sens de l'article 39 A du code général des impôts et de l'article 22 de l'annexe II au code général des impôts.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2018-1317 du 28 décembre 2018 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pierre Monnier, président ;

- les conclusions de M. Jan Martin, rapporteur public ;

- et les observations de M. A, représentant la SASU Bob.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiées unipersonnelle (SASU) Bob a sollicité le bénéfice d'un crédit d'impôt de 151 795 euros pour investissements en Corse au titre de de ses exercices clos les 31 décembre 2019 et 2020. Par décision en date du 30 septembre 2020, l'administration a rejeté cette demande. Par la présente requête, la SASU Bob demande le remboursement d'une somme de 151 795 euros correspondant au crédit d'impôt au titre des investissements réalisés en Corse en 2019 et 2020 dont elle s'estime titulaire.

2. D'une part, aux termes de l'article 244 quater E du code général des impôts dans sa rédaction applicable à l'espèce : " I.-1° Les petites et moyennes entreprises relevant d'un régime réel d'imposition peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des investissements, autres que de remplacement, financés sans aide publique pour 25 % au moins de leur montant, réalisés jusqu'au 31 décembre 2020 et exploités en Corse pour les besoins d'une activité () commerciale () autre que la gestion et la location de meublés de tourisme situés en Corse 3 Le crédit d'impôt prévu au 1° est égal à 20 % du prix de revient hors taxes, à l'exclusions des meublés de tourisme : a. Des biens d'équipement amortissables selon le mode dégressif en vertu des 1 et 2 de l'article 39 A et des agencements et installations de locaux commerciaux habituellement ouverts à la clientèle créés ou acquis à l'état neuf () d ; des travaux de rénovation d'hôtel () 3° bis Le taux mentionné au premier alinéa du 3° est porté à 30 % pour les entreprises qui ont employé moins de onze salariés et ont réalisé soit un chiffre d'affaires n'excédant pas 2 millions d'euros au cours de l'exercice ou de la période d'imposition, ramené le cas échéant à douze mois en cours lors de la réalisation des investissements éligibles, soit un total de bilan n'excédant pas 2 millions d'euros ". Aux termes de l'article 39 A de ce code : " 1. L'amortissement des biens d'équipement, autres que les immeubles d'habitation, les chantiers et les locaux servant à l'exercice de la profession, acquis ou fabriqués à compter du 1er janvier 1960 par les entreprises industrielles, peut être calculé suivant un système d'amortissement dégressif, compte tenu de la durée d'amortissement en usage dans chaque nature d'industrie. Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités de l'amortissement dégressif () 2. Les dispositions du 1 sont applicables dans les mêmes conditions : 1° Aux investissements hôteliers, meubles et immeubles () ". Aux termes de l'article 22 de l'annexe II au même code : " Les entreprises passibles de l'impôt sur les sociétés () peuvent amortir suivant un système dégressif () les immobilisations acquises () et énumérées ci-après : () Immeubles et matériels des entreprises hôtelières () ".

3. D'autre part, en vertu de l'article 22 de la loi de finances n° 2018-1317 du 28 décembre 2018, les investissements réalisés à compter du 1er janvier 2019 pour les activités de gestion et de location de meublés de tourisme ont été exclus du champ d'application du crédit d'impôt pour investissement en Corse prévu à l'article 244 quater E du code général des impôts. L'article 57 de la loi de finances n° 2019-1479 du 28 décembre 2019 a modifié cet article 22 en rendant notamment éligibles au crédit d'impôt les investissements, dans la gestion et la location de meublés de tourisme situés en Corse, pour lesquels le contribuable justifie avoir pris un engagement de réalisation avant le 31 décembre 2018, dès lors que ces investissements sont achevés au 31 décembre 2020.

4. En premier lieu, la société requérante se prévaut en l'espèce d'une déclaration d'ouverture de chantier déposée à la mairie de Speloncato le 28 novembre 2018 portant sur les deux logements en cause, faisant suite à un contrat de travaux qu'elle avait conclu avec un entrepreneur, ce dernier s'engageant à achever les travaux avant la fin du troisième trimestre 2020. Toutefois, si les deux documents précités se réfèrent à un permis de construire délivré en 2017 à M. A, ce dernier n'a conclu un bail à construction avec la SASU Bob que le 12 juin 2019. Dans ces conditions, les deux documents dont se prévaut la SASU Bob ne sauraient valoir engagement de réaliser les travaux avant le 31 décembre 2018.

5. En deuxième lieu, il résulte des dispositions citées au point 2 que le bénéfice du crédit d'impôt prévu par le 1° du I de l'article 244 quater E du code général des impôts n'est ouvert qu'aux entreprises exerçant une activité limitativement énumérée. En outre, la seule circonstance que cette activité entre dans le champ d'application de cette disposition n'implique pas le bénéfice automatique de ce crédit, le 3° du I de l'article 244 quater E limitant la liste des biens éligibles. S'agissant des biens ouvrant droit à l'amortissement dégressif visés par le 3° du I de l'article 244 quater E, seuls les biens assimilés à ceux énumérés par l'article 22 de l'annexe II au code général des impôts peuvent donner lieu à un crédit d'impôt. Pour déterminer les biens visés par la catégorie " immeubles et matériels des entreprises hôtelières " ou " travaux de rénovation d'hôtel ", et ainsi l'éligibilité des biens en cause au crédit d'impôt, ces dispositions nécessitent que chacun des investissements soit étudié au regard de son caractère assimilable à ceux réalisés par une entreprise hôtelière, dans le cadre de son activité habituelle.

6. La SASU Bob soutient que c'est à tort que l'administration fiscale fait valoir que les services para-hôteliers qu'elle propose à la clientèle des deux villas situées sur le territoire de la commune de Speloncato qu'elle loue permettent de considérer que les investissements qu'elle a réalisés en construisant ces deux maisons puissent être qualifiés de rénovation d'hôtel au sens des dispositions du I 1°) d) de l'article 244 quater E du code général des impôts ou d'investissements hôteliers au sens de l'article 39 A de l'annexe 2 du code général des impôts auquel renvoie l'article 244 quater E du même code. Toutefois, s'il résulte de l'instruction que les draps et le linge sont fournis, la société requérante ne procure un service de nettoyage qu'à la fin du séjour et elle n'établit pas qu'elle était en mesure de proposer des prestations de petit-déjeuner et de réception dans des conditions similaires à celles proposées par les établissements d'hébergement à caractère hôtelier exploités de manière professionnelle. A cet égard, la circonstance que la société requérante ait acheté des produits tels que des bouteilles d'eau, de vin, du matériel de nettoyage, des sacs poubelle, des paquets de biscuits ou des capsules de café ne saurait suffire à justifier qu'elle propose les services de petit-déjeuner ou de ménage permettant de considérer qu'elle aurait réalisé des investissements hôteliers au sens et pour l'application de l'article 39 A du code général des impôts. Ainsi, à supposer même fondé son moyen tiré de ce qu'elle établirait avoir pris l'engagement de réaliser les investissements en cause avant le 1er janvier 2019, elle n'est pas fondée à soutenir que ces investissements entreraient dans le champ d'application de l'article 244 quater E du code général des impôts.

7. En troisième et dernier lieu, la SASU Bob ne saurait davantage en tout état de cause se prévaloir de la garantie prévue aux articles L. 80 A et L. 80 B du livre des procédures fiscales et des principes de sécurité juridique et de confiance légitime dès lors que dans sa réponse du 14 février 2020, confirmé par l'avis du 28 décembre 2020, l'administration fiscale précise, d'une part, que l'édification de deux villas ne saurait ouvrir droit au crédit d'impôt pour investissement en Corse dès lors qu'ils s'agit de meublés de tourisme pour lesquels la société requérante ne justifie pas avoir engagé les travaux avant le 1er janvier 2019 et que, d'autre part, " Compte tenu des informations de votre courrier, la société envisage de réaliser une activité para-hôtelière. Celle-ci se définit comme une prestation de mise à disposition d'un local meublé ou garni effectuée à titre onéreux et de manière habituelle, comportant en sus de l'hébergement au moins trois des prestations suivantes, rendues dans les conditions similaires à celles proposées par les établissements d'hébergement à caractère hôtelier exploités de manière professionnelle : le petit-déjeuner, le nettoyage régulier de locaux, la fourniture de linge de maison et la réception, même non personnalisée, de la clientèle ".

8. Il résulte de ce qui précède que la SASU Bob n'est pas fondée à solliciter le remboursement d'une somme de 151 795 euros correspondant au crédit d'impôt au titre des investissements réalisés en Corse en 2019 et 2020 dont elle s'estime titulaire. Il suit de là que ses conclusions à fin de remboursement doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SASU Bob est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SASU Bob et au directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

Mme Pauline Muller, conseillère ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

P. MONNIER

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

P. MULLER

La greffière,

Signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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