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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2101420

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2101420

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2101420
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBRIGANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 8 décembre 2021, le 25 novembre 2023, le 10 janvier 2024 et le 20 février 2024, l'association Horizons solidarités, représentée par Me Brigant, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune d'Ajaccio à lui verser la somme de 394 198,63 euros au titre des préjudices subis en raison de la rupture unilatérale du programme de coopération internationale avec les villes de Haiphong (Vietnam) et Paksé (Laos), [0]assortie des intérêts de droit avec capitalisation à compter du 12 avril 2019 ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Ajaccio la somme de 9 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'association requérante soutient que :

- la rupture du contrat de subvention conclu en décembre 2012 entre la commune d'Ajaccio et la Commission européenne est fautive en l'absence d'une circonstance exceptionnelle prévue à l'article 12.1 de l'annexe II au contrat, rupture qui constitue le support nécessaire de l'accomplissement du contrat du 8 avril 2013 la liant à la commune d'Ajaccio ;

- aucune disposition contractuelle ne permettait la résiliation unilatérale de la convention qu'elle a conclue avec la commune d'Ajaccio le 8 avril 2013, laquelle constitue un contrat administratif ; cette résiliation est donc fautive dès lors que la commune ne se prévaut d'aucune faute qu'elle aurait commise ;

- il résulte de ces deux contrats que le programme qu'elle organisait s'étendait sur cinq ans et entraînait nécessairement le renouvellement de la convention de 2013 sur cette durée ;

- elle a subi à raison de ce comportement fautif, un préjudice de 42 320,22 euros au titre de la perte du bénéfice sur les quatre dernières années, de 19 222,60 euros au titre du reliquat de remboursement des salaires versés à ses experts, de 166 725,84 euros à défaut de versement du préfinancement de la deuxième année du programme, de 8 120,10 euros au titre des frais et débours d'avocats, de 44 286,27 euros au titre des dépenses exposées entre la résiliation du programme par la commune et sa fin effective en novembre 2016 ainsi que le travail effectué jusqu'au 6 juillet 2018 ; de 15 270 euros de frais d'expertise comptable pour les trois années d'exercice de la loi Dailly, de 1 700 euros de frais bancaires de la loi Dailly, de 50 000 euros au titre de sa perte d'image et de 46 554 euros au titre des per diem.

Par des mémoires en défense enregistrés le 13 décembre 2023 et le 24 janvier 2024, la commune d'Ajaccio, représentée par la SELARL Parme avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 7 000 euros soit mise à la charge de l'association Horizons solidarités au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La commune fait valoir que :

- c'est à tort que l'association Horizons solidarités se prévaut d'une rupture fautive du contrat de décembre 2012 dès lors que les parties sont toujours libres de mettre fin à leurs engagements quand elles le souhaitent et la commune d'Ajaccio pouvait décider de mettre fin à la subvention européenne dont elle bénéficiait ; en tout état de cause, l'association Horizons solidarités, tiers au contrat, ne saurait utilement se prévaloir des clauses du contrat de décembre 2012 ;

- il n'y a pas rupture de la convention de 2013 dès lors que la décision d'octroyer une subvention est une décision unilatérale ; il résulte de l'article 4 de cette convention qu'elle ne portait que sur un période d'un an à compter du démarrage du projet ; l'association Horizons solidarités n'avait aucun droit acquis au renouvellement de la subvention au-delà de la première année d'exécution ;

- l'association Horizons solidarités ne justifie pas des préjudices dont elle demande réparation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la commande publique ;

- le code des marchés publics ;

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pierre Monnier, président ;

- les conclusions de M. Jan Martin, rapporteur public ;

- et les observations de Me Brigant, avocat de l'association Horizons solidarités, ainsi que celles de Me Marceau Debaille, avocat de la commune d'Ajaccio.

Considérant ce qui suit :

1. La commune d'Ajaccio a conclu les 19 et 27 décembre 2012 une convention de subvention avec l'Union européenne dans le cadre du programme Europaid. Cette convention, conclue pour une durée de 5 ans, portait sur une action intitulée " Bonne gouvernance de la gestion des déchets à Paksé (Laos) et Haiphong (Vietnam) dans la continuité des relations Ajaccio, Haiphong Asie horizon 2020 et Ajaccio Paksé Asie horizon 2020 ". Pour réaliser cette action, la commune d'Ajaccio a conclu le 8 avril 2013 une seconde convention de subvention avec l'association Asie horizon 2020, devenue par la suite l'association Horizons solidarités. Ce contrat d'une durée d'un an prévoyait un premier paiement de 133 380,67 euros. A la suite d'un courrier du maire d'Ajaccio en date du 21 décembre 2015, la convention de subvention des 19 et 27 décembre 2012 a fait l'objet d'une résiliation amiable. L'association Horizons solidarité demande au tribunal de condamner la commune d'Ajaccio à l'indemniser des préjudices qu'elle a subis à raison des ruptures fautives des conventions des 19 et 27 décembre 2012 et 8 avril 2013.

Sur la qualification de la convention du 8 avril 2013 :

2. D'une part, en vertu des dispositions du code des marchés publics en vigueur à la date de la convention du 8 avril 2013 et reprises à l'article L. 1111-1 du code de la commande publique, un marché public est un contrat conclu par une personne publique pour répondre à ses besoins en matière de travaux de fournitures ou de services, en contrepartie d'un prix ou de tout équivalent. Ainsi que le prévoit aujourd'hui l'article L. 2 du code de la commande publique, ces contrats sont conclus pour répondre aux besoins de la personne publique.

3. D'autre part, aux termes de l'article 9-1 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations : " Constituent des subventions, au sens de la présente loi, les contributions facultatives de toute nature, valorisées dans l'acte d'attribution, décidées par les autorités administratives et les organismes chargés de la gestion d'un service public industriel et commercial, justifiées par un intérêt général et destinées à la réalisation d'une action ou d'un projet d'investissement, à la contribution au développement d'activités ou au financement global de l'activité de l'organisme de droit privé bénéficiaire. Ces actions, projets ou activités sont initiés, définis et mis en œuvre par les organismes de droit privé bénéficiaires. / Ces contributions ne peuvent constituer la rémunération de prestations individualisées répondant aux besoins des autorités ou organismes qui les accordent ". Comme le rappelle l'article L. 1100-1 du code de la commande publique, de telles subventions ne peuvent être regardées comme des contrats de commande publique.

4. Il résulte de l'instruction que la convention conclue le 8 avril 2013 entre l'association requérante et la commune d'Ajaccio n'a pas pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services répondant aux besoins de la commune d'Ajaccio, mais l'amélioration de la gouvernance dans le cadre de la gestion des déchets des villes de Haiphong et Paksé, qui répond à un but d'intérêt général. La subvention d'un montant de 166 725 84 euros prévu à l'article 6 de cette convention constitue une contribution au programme Europaid pour lequel l'association Horizons solidarités reconnaît elle-même avoir pris contact avec la commune d'Ajaccio pour qu'elle y participe avec les villes de Haiphong et Paksé. Cette convention ne constitue donc pas un contrat de la commande publique mais une convention relative à des subventions au sens de l'article 9-1 de la loi du 12 avril 2000, lesquelles ne sont accordées que par décisions unilatérales.

Sur la responsabilité :

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la résiliation de la convention de subvention des 19 et 27 décembre 2012 est intervenue, sur demande de la commune d'Ajaccio, avec l'accord de l'Union européenne. Contrairement à ce que soutient l'association Horizons solidarités, une telle résiliation amiable pouvait intervenir en l'absence d'une circonstance exceptionnelle prévue à l'article 12.1 de l'annexe II à cette convention. Par suite, l'association Horizons solidarités n'est pas fondée à soutenir que la rupture de la convention des 19 et 27 décembre 2012 est fautive.

6. En second lieu, aux termes de l'article 4 de la convention signée le 8 avril 2013 par l'association Horizons solidarités et la commune d'Ajaccio : " () La présente convention prend effet à sa signature pour une période d'un an à compter de la date de démarrage du projet. Le programme durant cinq ans, un avenant à la convention sera élaboré préalablement pour chaque année du programme et préparé dans le trimestre précédant la fin de chaque année du programme ".

7 D'une part, contrairement à ce que soutient l'association Horizons solidarités, il ne résulte pas des stipulations de l'article 4 citées au point précédent que la convention du 8 avril 2013 se renouvelait tacitement durant cinq ans. D'autre part, il résulte de l'instruction qu'aucun avenant n'a été signé pour prolonger cette convention. Par suite, la commune d'Ajaccio n'était liée vis-à-vis de l'association Horizons solidarités par aucune autre obligation que celles résultant de la convention du 8 avril 2013. L'association requérante ne saurait donc en tout état de cause utilement soutenir que la commune d'Ajaccio aurait procédé à une résiliation unilatérale de cette convention en ne la prolongeant pas au-delà de la durée prévue par l'article 4.

8. Il résulte de ce qui précède que l'association Horizons solidarités n'est pas fondée à soutenir que la commune d'Ajaccio aurait commis des fautes. Par suite, ses conclusions tendant à l'indemnisation des préjudices imputables à des fautes de la commune d'Ajaccio ne sauraient être accueillies.

Sur les frais liés à l'instance :

9. D'une part, l'association Horizons solidarités succombant à l'instance, ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne sauraient être accueillies. D'autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'association Horizons solidarités la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune d'Ajaccio et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association Horizons solidarités est rejetée.

Article 2 : L'association Horizons solidarités versera à la commune d'Ajaccio la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la commune d'Ajaccio au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association Horizons solidarités et à la commune d'Ajaccio.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

Mme Pauline Muller, conseillère ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

P. MONNIER

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

P. MULLER

La greffière,

Signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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