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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2101475

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2101475

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2101475
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantGIANSILY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 décembre 2021, Mme A C représentée par Me Giansily, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception émis par la direction régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône le 19 mars 2021 à son encontre d'un montant de 5 938,05 euros relatif à un indu de rémunération issu de la paie du mois de juin 2019 ainsi que la décision implicite de rejet née du silence gardé sur sa réclamation ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer cette somme ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

- la créance est prescrite car elle aurait dû être répétée dans un délai de deux ans ;

- l'administration n'est pas fondée à réclamer le remboursement d'un trop-perçu de rémunération dès lors que le versement litigieux est une décision individuelle créatrice de droits dont le retrait ne pouvait intervenir que dans un délai de 4 mois ;

- le titre de perception est dépourvu de base légale ;

- le montant du trop-perçu est incertain alors que des prélèvements ont déjà été faits sur ses salaires pour rembourser un trop-perçu.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 janvier 2022, la direction régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête. Elle soutient que seul l'ordonnateur est compétent pour se prononcer sur la prescription de la créance, la forme du titre de perception et son bien-fondé.

Par un mémoire enregistré le 10 janvier 2022, le secrétariat général pour l'administration du ministère de l'intérieur Sud demande sa mise hors de cause.

Par ordonnance du 11 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 1er septembre 2023.

Un mémoire du ministre de l'intérieur a été enregistré le 8 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Nathalie Sadat, conseillère ;

- les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique ;

- et les observations de Mme B, substituant Me Giansily, avocat de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C était agent de la fonction publique de l'Etat. Elle a été admise à faire valoir ses droits à la retraite de manière anticipée à compter du 10 février 2019. La direction régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône a émis à son encontre, le 19 mars 2021, un titre de perception pour un montant de 5 938,05 euros relatif à un indu de rémunération. Par un courrier adressé le 22 avril 2021, Mme C a formé une réclamation contre ce titre de perception auprès de cette direction régionale des finances publiques qui l'a informée, par un courriel du 22 avril 2021, de la transmission de cette réclamation à l'ordonnateur. Mme C demande au tribunal d'annuler le titre de perception émis le 19 mars 2021 ainsi que la décision implicite de rejet née du silence gardé sur sa réclamation et à être déchargée de l'obligation de payer.

Sur le bien-fondé de la créance :

2. En premier lieu, une décision administrative explicite accordant un avantage financier crée des droits au profit de son bénéficiaire alors même que l'administration avait l'obligation de refuser cet avantage. En revanche, n'ont pas cet effet les mesures qui se bornent à procéder à la liquidation de la créance née d'une décision prise antérieurement. Pour l'application de ces règles à la détermination de la rémunération des agents publics, le maintien du versement d'un avantage financier ne peut être assimilé à une décision implicite accordant un avantage financier et constitue une simple erreur de liquidation non créatrice de droits. L'administration n'a donc pas commis d'erreur de droit en demandant à la requérante le remboursement des sommes indûment perçues. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que le titre de perception indique se fonder sur un arrêté du 2 mai 2019. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le titre de perception est dépourvu de base légale. Ce moyen doit être écarté.

4. En troisième et dernier lieu si Mme C soutient que les prélèvements effectués par l'administration sur les sommes qui lui ont été versées lui ont permis de rembourser sa dette, les éléments qu'elle produit devant le tribunal ne permettent pas de vérifier cette allégation. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à contester le bien-fondé de sa créance.

Sur le moyen tiré de la prescription de la créance :

6. Aux termes de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations : " Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive. () "

7. Il résulte de ces dispositions qu'une somme indûment versée par une personne publique à l'un de ses agents au titre de sa rémunération peut, en principe, être répétée dans un délai de deux ans à compter du premier jour du mois suivant celui de sa date de mise en paiement sans que puisse y faire obstacle la circonstance que la décision créatrice de droits qui en constitue le fondement ne peut plus être retirée. Sauf dispositions spéciales, les règles fixées par l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 sont applicables à l'ensemble des sommes indûment versées par des personnes publiques à leurs agents à titre de rémunération, y compris les avances et, faute d'avoir été précomptées sur la rémunération, les contributions ou cotisations sociales. En l'absence de toute autre disposition applicable, les causes d'interruption et de suspension de la prescription biennale instituée par les dispositions de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 sont régies par les principes dont s'inspirent les dispositions du titre XX du livre III du code civil. Il en résulte que tant la lettre par laquelle l'administration informe un agent public de son intention de répéter une somme versée indûment qu'un ordre de reversement ou un titre exécutoire interrompent la prescription à la date de leur notification. La preuve de celle-ci incombe à l'administration.

8. Il résulte de l'instruction que la date de notification du titre de perception émis le 19 mars 2021 n'est pas établie. Cependant, Mme C en a eu connaissance au plus tard le 21 avril 2021, date à laquelle elle a formé une réclamation à son encontre. A cette date les créances dont l'administration se prévaut nées avant le 1er mars 2019 étaient prescrites. Mme C est donc fondée à demander l'annulation du titre de perception en tant qu'il porte sur la période antérieure au 1er mars 2019 et de la décharger de l'obligation de payer la somme prescrite. En l'état de l'instruction, le tribunal n'étant pas en mesure de calculer le montant de la dette prescrite, il y a lieu de renvoyer Mme C devant l'administration afin qu'il soit procédé au calcul de la somme prescrite dont Mme C sera déchargée.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Le titre de perception émis le 19 mars 2021 par la direction régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône à l'encontre de Mme C et la décision implicite de rejet du recours gracieux du 22 avril 2021 sont annulés en tant qu'ils laissent à sa charge des créances nées avant le 1er mars 2019.

Article 2 : Mme C est déchargée de l'obligation de payer les créances nées avant le 1er mars 2019.

Article 3 : Mme C est renvoyée devant l'administration pour le calcul et la liquidation des sommes déchargées, selon les motifs du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Mme C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la direction régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône et au secrétariat général pour l'administration du ministère de l'intérieur Sud.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, où siégeaient :

- M. Pierre Monnier, président ;

- M. Jan Martin, premier conseiller ;

- Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

N. SADATLe président,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

H. NICAISE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

H. NICAISE

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