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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2101514

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2101514

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2101514
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCALEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 décembre 2021 et le 21 décembre 2022, la société civile immobilière (SCI) U Palazzu, représentée par Me Calen, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de ses exercices clos les 31 décembre 2016 et 2017 ainsi que des rappels de TVA qui lui ont été notifiés au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société requérante soutient que :

- la procédure est entachée d'irrégularité au regard des dispositions de l'article L. 51 du livre des procédures fiscales dès lors que la vérification de comptabilité s'est poursuivie après la première proposition de rectification du 27 décembre 2019 ;

- la proposition de rectification du 3 juillet 2020 est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- la proposition de rectification du 27 décembre 2019 constitue une prise de position formelle au regard des dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 15 juin 2022 et le 12 janvier 2023, le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens de la requête de la société U Palazzu ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pierre Monnier, président ;

- et les conclusions de M. Jan Martin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière (SCI) U Palazzu a fait l'objet à compter du 5 février 2019 d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017, étendue au 31 décembre 2018 en matière de TVA. Par une première proposition de rectification en date du 27 décembre 2019, l'administration fiscale lui a notifié, selon la procédure de taxation d'office prévue aux 2° et 3° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, des rectifications en matière d'impôt sur les sociétés et de TVA. Par une seconde proposition de rectification en date du 3 juillet 2020, qui annule et remplace celle du 27 décembre 2019, les services fiscaux lui ont adressé, toujours selon la procédure de rectification d'office, de nouveaux redressements. Par la présente requête, la SCI U Palazzu demande la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquels elle a été assujettie au titre de ses exercices clos les 31 décembre 2016 et 2017 ainsi que des rappels de TVA qui lui ont été notifiés au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2018.

Sur la régularité de la procédure :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 51 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque la vérification de comptabilité, pour une période déterminée, au regard d'un impôt ou taxe ou d'un groupe d'impôts ou de taxes, est achevée, l'administration ne peut procéder à une vérification de ces écritures au regard des mêmes impôts ou taxes et pour la même période () ". Pour l'application de ces dispositions, une vérification de comptabilité doit être regardée comme achevée à la date à laquelle l'administration fiscale indique au contribuable avoir terminé les opérations de contrôle et, au plus tard, à la date à laquelle celle-ci lui adresse, selon le cas, un avis d'absence de rectification ou une notification de redressement, pour les impositions et la période auxquelles ce document se rapporte, sauf si la notification mentionne, lorsqu'elle a un but uniquement conservatoire, que la vérification se poursuit. Par ailleurs, si les dispositions de l'article L. 51 du livre des procédures fiscales interdisent à l'administration, dans les limites qu'elles précisent, de procéder à une nouvelle vérification des écritures comptables d'un contribuable, elles n'ont ni pour objet ni pour effet de priver le service chargé de l'assiette de l'impôt du droit de réparer à tout moment, dans le délai de répétition défini par le code général des impôts, les insuffisances, omissions ou erreurs dont la découverte résulte de la vérification elle-même, des rapports établis à la suite de celle-ci ou de renseignements provenant de toute autre source.

3. La société requérante soutient qu'après l'achèvement de la vérification de comptabilité initiée le 5 février 2019, les services fiscaux auraient procédé à une nouvelle vérification de comptabilité en violation des dispositions de l'article L. 51 du livre des procédures fiscales citées au point précédent. Toutefois, ni la circonstance que l'administration fiscale aurait reconnu être restée en possession de ses fichiers d'écritures comptables jusqu'à la date de mise en recouvrement du rôle, ni le fait que cette administration n'aurait pas remis en doute le caractère probant de la comptabilité dans sa première proposition de rectification du 27 décembre 2019 alors que celle du 3 juillet 2020 relève que " de nombreuses et graves irrégularités conduisent le service à constater le caractère non probant de la comptabilité ", ni, enfin, la circonstance que l'administration fiscale a pour la première fois dans sa proposition de rectification du 3 juillet 2020 évoqué l'existence d'un acte de gestion, ne sont de nature à justifier que l'administration fiscale se serait servi d'autres éléments que ceux procédant de l'examen des documents figurant dans son dossier, notamment ceux issus de la vérification de comptabilité initiée le 5 février 2019. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure d'imposition au regard des dispositions de l'article L. 51 du livre des procédures fiscales doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions () ".

5. La proposition de rectification en date du 3 juillet 2020 indique les bases et éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination. La circonstance alléguée, selon laquelle l'énumération des prétendues irrégularités comptables présentées à l'appui du rejet de la comptabilité ne serait qu'un catalogue disparate d'interrogations diverses ne saurait, s'agissant de rectifications notifiées selon la procédure de taxation d'office, dont la régularité n'est pas contestée, entacher la proposition de rectification d'un défaut de motivation au regard des prescriptions de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales citées au point précédent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la proposition de rectification du 3 juillet 2020 doit être écarté comme manquant en fait.

Sur le bien-fondé des impositions en litige :

6. Aux termes des deux premiers alinéas de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. / Il en est de même lorsque, dans le cadre d'un examen ou d'une vérification de comptabilité ou d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle, et dès lors qu'elle a pu se prononcer en toute connaissance de cause, l'administration a pris position sur les points du contrôle, y compris tacitement par une absence de rectification ". Il résulte de ces dispositions que les contribuables ne sont en droit d'invoquer les interprétations ou appréciations de l'administration sur le fondement des deux premiers alinéas de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales que lorsque l'administration procède à un rehaussement d'impositions antérieures. Notamment, ces dispositions ne peuvent utilement être invoquées à l'égard d'une imposition établie d'office à défaut de déclaration, et non en augmentation d'une imposition primitive.

7. En l'espèce, la SCI U Palazzu ne conteste pas qu'elle a été régulièrement assujettie aux impositions en litige selon les procédures de taxation d'office prévues aux 2° et 3° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales. Dans ces conditions le moyen tiré de l'application des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales citées au point précédent doit être écarté comme inopérant.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles la SCI U Palazzu a été assujettie au titre de ses exercices clos les 31 décembre 2016 et 2017 ainsi que des rappels de TVA qui lui ont été notifiés au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2018 doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la SCI U Palazzu, partie perdante, présentées sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI U Palazzu est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à la société civile immobilière U Palazzu et au directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

P. MONNIER

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

P. MULLER

La greffière,

Signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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