jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2200059 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | PERES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 janvier 2022 et le 18 septembre 2023, Mme B A, représentée par Me Puigrenier, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir, à titre principal, la décision implicite de rejet de sa demande du 20 septembre 2021 et à titre subsidiaire la décision du 26 novembre 2021 et la décision du 6 décembre 2021 par lesquelles le centre hospitalier de Calvi-Balagne a refusé de faire droit aux demandes présentées en son nom par son assureur ;
2°) de condamner le centre hospitalier de Calvi-Balagne à lui verser les intérêts moratoires et leur capitalisation dus à raison d'un retard de 24 mois dans le paiement de l'indemnité de fin de contrat, la somme de 1 487,65 euros en paiement de 35 heures supplémentaires effectuées, une somme en paiement de 112,08 heures de garde supplémentaires effectuées de nuit augmentée des intérêts et de leur capitalisation pour chaque période.
3°) d'enjoindre au centre hospitalier de Calvi-Balagne de lui verser ces sommes et de lui délivrer une attestation employeur rectifiée dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Calvi-Balagne la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- ses conclusions tendant au paiement d'une somme d'argent n'ont pas été présentées au-delà des délais de recours contentieux ;
- le contentieux a été lié s'agissant de ses conclusions tendant au paiement d'une somme correspondant à la rémunération d'heures de garde supplémentaires ;
- le centre hospitalier a tardé à lui verser l'indemnité de fin de contrat en méconnaissance de l'article 3 du décret n° 2020-1296 du 23 octobre 2020 relatif à l'indemnité de fin de contrat dans la fonction publique de sorte que les conclusions relatives à cette indemnité n'ont pas totalement perdu leur objet et qu'elle a droit au paiement d'une somme correspondant aux intérêts moratoires et à leur capitalisation ;
- elle a droit au paiement de 35 heures supplémentaires en application des dispositions combinées de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986, du décret n° 2002-9 du 4 janvier 2022, du décret n° 2002-598 du 25 avril 2022, de l'arrêté du 25 avril 2002 fixant la liste des corps, grades ou emplois éligibles aux indemnités horaires pour travaux supplémentaires et de la note de service n° DIR-ENG-001 du 3 février 2020 de la directrice par intérim du centre hospitalier de Calvi-Balagne, dès lors qu'elle a effectué ces heures et que ses déclarations ont été contresignées par sa chef de service ;
- elle a droit au paiement de 112,08 heures de garde supplémentaires qui n'auraient pas dû être commuées en congés annuels payés ;
- ses conclusions tendant à l'annulation de la décision par laquelle le centre hospitalier a refusé de rectifier l'attestation employeur ne sont pas tardives.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 3 juillet 2023, le 7 août 2023 et le 7 mai 2024, le centre hospitalier de Calvi-Balagne, représenté par Me Peres conclut au rejet de la requête et à ce qu'il n'y ait lieu de statuer sur les conclusions relatives à la prime de précarité.
Il soutient que :
- le recours de plein contentieux est tardif car il est dirigé contre une décision à objet exclusivement pécuniaire devenue définitive ;
- la demande tendant au versement d'une somme correspondant à la rémunération des heures de garde n'a pas été précédée d'une demande de paiement de sorte que ces conclusions ne sont pas recevables ;
- il a procédé au versement de l'indemnité de fin de contrat de sorte qu'il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant au paiement d'une somme d'argent à ce titre ;
- la requête dirigée contre le refus de rectifier l'attestation destinée à Pôle emploi est tardive ;
- en tout état de cause, les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code civil ;
- le code monétaire et financier ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;
- le décret n° 2002-9 du 4 janvier 2022 ;
- le décret n° 2002-598 du 25 avril 2002 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Nathalie Sadat, conseillère ;
- les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a exercé les fonctions d'infirmière en soins généraux et spécialisés contractuelle au sein du centre hospitalier de Calvi-Balagne du 20 octobre 2020 au 31 juillet 2021 en vertu de contrats de travail successifs. Elle demande au tribunal de condamner le centre hospitalier à lui verser les intérêts moratoires et leur capitalisation calculés sur la somme de 2 103,16 euros qui lui a été versée en cours d'instance au titre de son indemnité de fin de contrat, la somme de 1 487,65 euros au titre du paiement de 35 heures supplémentaires, et une somme au titre de 112,08 heures supplémentaires de garde de nuit. Elle demande en outre au tribunal d'annuler la décision de refus du centre hospitalier de rectifier l'attestation employeur qui lui a été remise à l'issue de son dernier contrat de travail.
Sur les fins de non-recevoir opposées par le centre hospitalier de Calvi-Balagne :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () " Selon l'article R. 421-2 du même code : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. / La date du dépôt de la demande à l'administration, constatée par tous moyens, doit être établie à l'appui de la requête. () " Aux termes de l'article R. 421-5 de ce code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. "
3. En vertu de l'article L. 112-2 du code des relations entre le public et l'administration, ne sont applicables aux relations entre l'administration et ses agents ni les dispositions de l'article L. 112-3 de ce code aux termes desquelles : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception. () " ni celles de son article L. 112-6 qui dispose que " les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis () ".
4. Enfin, le 5° de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration prévoit que le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet dans les relations entre les autorités administratives et leurs agents.
5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme A a présenté une demande préalable au centre hospitalier le 20 septembre 2021 en réponse à la décision du 23 août 2021 par laquelle le centre hospitalier lui a indiqué qu'elle n'était pas éligible à la prime de précarité, qu'elle ne pouvait prétendre au paiement d'heures de garde supplémentaires qui ont été commuées en congés annuels et que ses déclarations relatives aux 35 heures supplémentaires ne pouvaient être vérifiées. Cette demande a été reçue le 22 septembre 2021 et, du silence gardé par le centre hospitalier est née une décision implicite de rejet le 22 novembre 2021 qui a fait courir les délais de recours contentieux qui expiraient le 24 janvier 2022. La requête ayant été enregistrée le 19 janvier 2022, le centre hospitalier n'est pas fondé à soutenir qu'elle l'a été au-delà des délais de recours contentieux ouverts contre la décision refusant de verser les sommes demandées par Mme A. Par suite, cette fin de non-recevoir doit être écartée.
6. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 5, si Mme A a formé une demande préalable reçue le 22 septembre 2022, il ne résulte toutefois pas de l'instruction que cette demande tendait au paiement de la somme correspondant à la rémunération de 112,08 heures de garde supplémentaires, dès lors que la requérante s'est bornée à constater que ces heures ont été commuées en congés annuels non pris au titre de l'année 2021 sans demander le versement d'une somme d'argent à ce titre et qu'il résulte de l'instruction que ces heures ont été rémunérées par le salaire qui lui a été versé à la fin du mois d'août 2021. Il suit de là qu'en l'absence, au jour du présent jugement, de toute décision du centre hospitalier de Calvi-Balagne rejetant la demande tendant au paiement d'une somme rémunérant ces heures de garde supplémentaires, sans que ces heures soient commuées en congés annuels non pris et rémunérés, les conclusions tendant à la condamnation du centre hospitalier à ce titre sont irrecevables. Il suit de là que la fin de non-recevoir opposée à ce titre par le centre hospitalier de Calvi-Balagne doit être accueillie.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne les intérêts moratoires et leur capitalisation calculés sur le montant de l'indemnité de fin de contrat qui a été versée par le centre hospitalier en cours d'instance :
7. Aux termes de l'article 41-1-1 du décret n° 91-155 du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière, dans sa version applicable au litige : " L'indemnité de fin de contrat prévue au deuxième alinéa de l'article 10 de la loi du 9 janvier 1986 () n'est due que lorsque le contrat est exécuté jusqu'à son terme () L'indemnité est versée au plus tard un mois après le terme du contrat. "
8. Aux termes de l'article L. 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure () ". Aux termes de l'article L. 1231-7 du même code : " En toute matière, la condamnation à une indemnité emporte intérêts au taux légal même en l'absence de demande ou de disposition spéciale du jugement. Sauf disposition contraire de la loi, ces intérêts courent à compter du prononcé du jugement à moins que le juge n'en décide autrement. () "
9. Aux termes de l'article L. 313-2 du code monétaire et financier : " Le taux de l'intérêt légal est, en toute matière, fixé par arrêté du ministre chargé de l'économie. / Il comprend un taux applicable lorsque le créancier est une personne physique n'agissant pas pour des besoins professionnels et un taux applicable dans tous les autres cas. () ". Et aux termes de l'article L. 313-3 du même code : " En cas de condamnation pécuniaire par décision de justice, le taux de l'intérêt légal est majoré de cinq points à l'expiration d'un délai de deux mois à compter du jour où la décision de justice est devenue exécutoire, fût-ce par provision. () ".
10. Pour l'application des dispositions précitées, les créances de traitements détenues par un agent public sur son employeur public doivent être considérées comme des créances de personnes physiques n'agissant pas pour des besoins professionnels, et doivent donc se voir appliquer le premier taux prévu par les dispositions de l'article L. 313-2 du code monétaire et financier.
11. Mme A a demandé le paiement d'une somme de 2 103,16 euros augmentée des intérêts et de leur capitalisation au titre de l'indemnité de fin de contrat prévue par les dispositions citées au point 7. Le centre hospitalier lui a versé une somme de 2 158,88 euros en cours d'instance. Il ne résulte pas de l'instruction que le centre hospitalier a pris en compte les intérêts moratoires et leur capitalisation dans le calcul de la somme versée à la requérante, alors que Mme A soutient, sans être contredite que l'indemnité de fin de contrat lui a été versée avec un retard de 24 mois Toutefois, la somme versée par le centre hospitalier en cours d'instance excède le montant cumulé du principal augmenté des intérêts moratoires et de leur capitalisation. Par suite, les conclusions présentées à ce titre ont perdu leur objet en cours d'instance.
En ce qui concerne le paiement de 35 heures supplémentaires :
S'agissant du droit au paiement :
13. Aux termes de l'article 1er du décret du 4 janvier 2002 relatif au temps de travail et à l'organisation du travail dans les établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " La durée du travail est fixée à 35 heures par semaine dans les établissements mentionnés à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 () ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " Sont soumis à des sujétions spécifiques : () 2° Les agents travaillant exclusivement de nuit () ". Aux termes de l'article 3 : " La durée annuelle de travail effectif mentionnée au deuxième alinéa de l'article 1er du présent décret est réduite pour les agents soumis aux sujétions spécifiques dans les conditions ci-après : () 2° Pour les agents travaillant exclusivement de nuit () A compter du 1er janvier 2004, la durée annuelle de travail effectif est réduite à 1 476 heures () ". Aux termes de son article 9 dans sa version applicable au litige : " Le travail est organisé selon des périodes de référence dénommées cycles de travail définis par service ou par fonctions et arrêtés par le chef d'établissement après avis du comité technique d'établissement ou du comité technique. / Le cycle de travail est une période de référence dont la durée se répète à l'identique d'un cycle à l'autre et ne peut être inférieure à la semaine ni supérieure à douze semaines ; le nombre d'heures de travail effectué au cours des semaines composant le cycle peut être irrégulier. () Les heures supplémentaires et repos compensateurs sont décomptés sur la durée totale du cycle. Les repos compensateurs doivent être pris dans le cadre du cycle de travail. " Et aux termes de l'article 15 du même décret dans sa version applicable au litige : " Lorsque les besoins du service l'exigent, les agents peuvent être appelés à effectuer des heures supplémentaires en dépassement des bornes horaires définies par le cycle de travail dans la limite de 180 heures par an et par agent. Ce plafond est porté à 220 heures pour les catégories de personnels suivantes : infirmiers spécialisés () Les heures supplémentaires font l'objet soit d'une compensation horaire donnant lieu à une récupération au moins d'égale durée, soit d'une indemnisation. Les conditions de la compensation ou de l'indemnisation sont fixées par décret. Les modalités générales de recours à la compensation ou à l'indemnisation sont fixées par le chef d'établissement après avis du comité technique d'établissement ou du comité technique. "
14. Par ailleurs, aux termes de l'article 2 du décret du 25 avril 2002 relatif aux indemnités horaires pour travaux supplémentaires : " I.-1° Les indemnités horaires pour travaux supplémentaires peuvent être versées aux fonctionnaires de catégorie C et aux fonctionnaires de catégorie B. / 2° Le versement des indemnités horaires pour travaux supplémentaires à ces fonctionnaires est subordonnée à la mise en œuvre par leur employeur de moyens de contrôle automatisé permettant de comptabiliser de façon exacte les heures supplémentaires qu'ils auront accomplies./ () II. Les indemnités horaires pour travaux supplémentaires peuvent également, par dérogation, être versées à d'autres fonctionnaires des établissements mentionnés à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée, sous réserve du respect de la condition figurant au 2° du I ci-dessus. Un arrêté conjoint des ministres chargés du budget et de la santé fixe la liste des corps, grades, emplois ou fonctions pour lesquels ces conditions sont remplies. III.-1° Les indemnités horaires pour travaux supplémentaires peuvent en outre être versées à des agents non titulaires de droit public exerçant des fonctions de même niveau que celles exercées par les fonctionnaires mentionnés aux I et II ci-dessus, sous réserve du respect de la condition prévue au 2° du I du présent article et sous réserve du respect de la condition figurant au 2° du I ci-dessus. Un arrêté conjoint des ministres chargés du budget et de la santé fixe la liste des catégories d'agents non titulaires concernés. () " Aux termes de l'article 4 du même décret : " Pour l'application du présent décret et conformément aux dispositions du décret du 4 janvier 2002 (), sont considérées comme heures supplémentaires les heures effectuées à la demande du chef d'établissement, dès qu'il y a dépassement des bornes horaires définies par le cycle de travail. " Aux termes de l'article 7 du même texte dans sa version applicable au litige : " A défaut de compensation sous la forme d'un repos compensateur, les heures supplémentaires sont indemnisées dans les conditions ci-dessous. / La rémunération horaire est déterminée en prenant pour base le traitement brut annuel de l'agent concerné, au moment de l'exécution des travaux, augmenté, le cas échéant, de l'indemnité de résidence, le tout divisé par 1820. / Cette rémunération est multipliée par 1,25 pour les 14 premières heures supplémentaires et par 1,27 pour les heures suivantes. "
15. Enfin, pour ce qui concerne le centre hospitalier de Calvi, une note de service du 3 février 2020 précise : " lors des transmissions, vous avez la possibilité de noter le temps supplémentaire réalisé au-delà de 30 minutes. Ces décomptes doivent être validés par le cadre de votre unité () ".
16. Il ne résulte pas de l'instruction que la directrice par intérim du centre hospitalier de Calvi aurait arrêté un cycle de travail applicable au service dans lequel Mme A était affectée ou aux fonctions qu'elle exerçait, de sorte qu'il est impossible de déterminer si les heures de travail en litige ont le caractère d'heures supplémentaires. De surcroît, les dispositions de l'article 7 du décret du 25 avril 2002 relatives à la rémunération horaire majorée des heures supplémentaires ne sont pas applicables en l'absence de détermination par l'employeur du cycle de travail.
17. En se bornant à soutenir que Mme A n'a pas effectué les heures déclarées, le centre hospitalier, qui ne peut utilement se prévaloir des dispositions précitées ainsi qu'il vient d'être dit pour exiger que ces heures soient effectuées à la demande du chef d'établissement, ne conteste pas sérieusement que les 35 heures en litige ont été travaillées sans être rémunérées.
18. Pour évaluer le préjudice financier de Mme A, qui travaillait habituellement de nuit, il y a lieu de tenir compte de la rémunération à laquelle elle aurait pu prétendre pour ces 35 heures, par référence au taux horaire normal dont elle bénéficiait en y ajoutant l'indemnité pour travail intensif et l'indemnité de résidence qu'elle percevait habituellement.
19. En l'état de l'instruction, le tribunal n'étant pas en mesure de calculer le montant de la somme à laquelle Mme A aurait pu prétendre en rémunération des 35 heures de travail qu'elle a effectuées, il y a lieu de la renvoyer devant l'administration afin qu'il soit procédé d'une part au calcul de la somme qui lui sera versée par le centre hospitalier de Calvi-Balagne, d'autre part, que le centre hospitalier rectifie, dans cette mesure, l'attestation employeur qui lui a été remise le 6 août 2021.
S'agissant des intérêts et de leur capitalisation :
20. D'une part, lorsqu'ils sont demandés, les intérêts au taux légal sur le montant de l'indemnité allouée sont dus, quelle que soit la date de la demande préalable, à compter du jour où cette demande est parvenue à l'autorité compétente ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité. D'autre part, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande ne peut toutefois prendre effet que lorsque les intérêts sont dus au moins pour une année entière, sans qu'il soit besoin d'une nouvelle demande à l'expiration de ce délai. De même, la capitalisation s'accomplit à nouveau, le cas échéant, à chaque échéance annuelle ultérieure, sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.
21. Mme A, qui a sollicité les intérêts et leur capitalisation dans sa requête enregistrée au greffe du tribunal le 19 janvier 2022, a droit aux intérêts à compter du 22 septembre 2021, date de réception de sa demande préalable, et à leur capitalisation au 22 septembre 2022 et à chaque échéance annuelle ultérieure.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
22. Aux termes de l'article L. 5421-2 du code du travail : " Le revenu de remplacement prend, selon le cas, la forme : / 1° D'une allocation d'assurance, prévue au chapitre II du présent titre () ". Aux termes de l'article L. 5422-3 de ce code : " L'allocation d'assurance est calculée soit en fonction de la rémunération antérieurement perçue dans la limite d'un plafond, soit en fonction de la rémunération ayant servi au calcul des contributions mentionnées au 1° de l'article L. 5422-9 et à l'article L. 5422-11() ". Aux termes de l'article R. 1234-9 du même code : " L'employeur délivre au salarié, au moment de l'expiration ou de la rupture du contrat de travail, les attestations et justifications qui lui permettent d'exercer ses droits aux prestations mentionnées à l'article L. 5421-2 et transmet sans délai ces mêmes attestations à Pôle emploi. () "
En ce qui concerne la décision implicite de rejet de la demande du 20 septembre 2021 :
23. D'une part, la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur la demande préalable adressée par Mme A le 20 septembre 2021 et reçue le 22 septembre suivant a eu pour seul effet de lier le contentieux. Son annulation, en tant qu'elle concerne le rejet d'une demande de paiement de sommes d'argent ne saurait, dès lors, être utilement demandée. Par suite, les conclusions présentées par Mme A à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
24. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme A a reçu l'attestation destinée à Pôle emploi le 6 août 2021, qu'elle a demandé au centre hospitalier de la compléter le 17 août 2021 et que ce dernier a implicitement refusé de faire droit à sa demande le 23 août 2021, date à compter de laquelle a commencé à courir le délai de deux mois pour se pourvoir contre cette décision. Les conclusions tendant à l'annulation du refus de rectifier cette attestation, ont été enregistrées au greffe du tribunal administratif le 19 janvier 2022, soit postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux. Les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A en tant qu'elles concernent l'attestation employeur sont donc tardives et par suite, la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier de Calvi-Balagne doit être accueillie.
Sur les frais liés au litige :
25. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Calvi une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Mme A est renvoyée devant le centre hospitalier de Calvi-Balagne pour qu'il soit procédé à la liquidation de l'indemnité à laquelle elle a droit au titre de 35 heures travaillées et non rémunérées avec intérêts au taux légal à compter du 22 septembre 2021. Les intérêts échus le 22 septembre 2022 seront capitalisés à cette date pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : Le centre hospitalier de Calvi versera à Mme A la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier de Calvi-Balagne.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, où siégeaient :
- M. Thierry Vanhullebus, président ;
- M. Jan Martin, premier conseiller ;
- Mme Nathalie Sadat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
N. SADATLe président,
Signé
T. VANHULLEBUS
La greffière,
Signé
H. MANNONI
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
H. MANNONI
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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01/06/2026