vendredi 26 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2200356 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | XXX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 mars 2022, M. C D, représenté par Me Reynaud, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'ordonner une nouvelle expertise médicale aux fins de déterminer les conditions dans lesquelles la responsabilité du centre hospitalier de Bastia peut être engagée au titre des conséquences dommageables du décès de sa mère, Mme A D, survenu le 6 juin 2014 après qu'elle avait été hospitalisée dans cet établissement ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner le centre hospitalier de Bastia à lui verser, d'une part en sa qualité d'ayant droit de Mme D, une somme globale de 46 650 euros et, d'autre part en son nom propre, une somme globale de 36 000 euros ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Bastia une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que :
- il y a lieu d'ordonner une nouvelle expertise dans la mesure où l'expert désigné par le juge des référés a reconnu un retard de diagnostic de l'ischémie aiguë dont a souffert Mme A D tout en concluant que ce retard n'est pas la cause directe du décès, sans préciser à quel état antérieur ce décès serait imputable et sans préciser quel pourcentage a revêtu la chance de survie perdue par la victime ; lui et sa mère n'ont jamais été informés du risque d'amputation à hauteur de la cuisse droite et n'ont pas donné leur consentement éclairé ;
- à titre subsidiaire, cette perte de chance doit être évaluée à 90 % ;
- les préjudices subis par sa mère se répartissent entre un déficit fonctionnel temporaire pour une somme de 1 650 euros, des souffrances endurées évaluées à 27 000 euros et un préjudice d'impréparation pour la somme de 18 000 euros ;
- les préjudices qu'il a subis portent sur le préjudice d'impréparation pour 9 000 euros et un préjudice d'affection évalué à 27 000 euros.
Par un mémoire, enregistré le 26 septembre 2022, la caisse primaire d'assurance-maladie (CPAM) de la Haute-Corse informe le tribunal qu'elle n'a pas de créance à faire valoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2022, le centre hospitalier de Bastia conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, subsidiairement, à l'indemnisation du préjudice d'impréparation à hauteur de 2 000 euros et à la réduction du montant des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens mis à sa charge. Le centre hospitalier soutient que :
- à titre principal, sa responsabilité n'est pas susceptible d'être engagée dans la mesure où l'expert n'a relevé aucune faute ;
- subsidiairement, le défaut d'information délivrée à Mme A D peut donner lieu à indemnisation à hauteur de 2 000 euros.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;
- les conclusions de Mme Castany, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Gasquet-Seatelli, avocate du centre hospitalier de Bastia.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A D, alors âgée de 74 ans, a été hospitalisée au centre hospitalier de Bastia à compter du 12 avril 2014 à la suite d'une chute ayant occasionné une fracture du col du fémur. Après avoir subi une intervention chirurgicale, initialement prévue le 16 avril mais repoussée au 18 avril suivant en raison d'une insuffisance cardiaque, elle a été prise en charge au service de cardiologie de cet établissement à compter du 24 avril 2014 pour traiter cette insuffisance cardiaque liée à une fibrillation auriculaire rapide. Au cours de cette prise en charge, Mme A D a subi une ischémie aiguë du membre inférieur droit qui a ensuite nécessité l'amputation de ce membre à hauteur de la cuisse, réalisée le 5 mai 2014. A la suite de cette seconde opération chirurgicale, Mme A D a été prise en charge au centre de rééducation de Bonifacio du 13 mai au 28 mai 2014, mais a été à nouveau admise au centre hospitalier de Bastia à compter de cette dernière date en raison de l'infection du moignon d'amputation. Son état de santé s'est alors fortement dégradé et elle a été transférée le 5 juin 2014 au centre hospitalier de Bonifacio où elle est décédée le lendemain. Par l'ordonnance de référé n° 1600182 du 16 mars 2016, le président du tribunal a désigné M. B, expert, à l'effet de déterminer si des fautes ont été commises par le centre hospitalier de Bastia à l'occasion de sa prise en charge. Le rapport d'expertise a été déposé au greffe du tribunal le 15 septembre 2016. Par le jugement n° 1700535 du 28 février 2019, le tribunal a rejeté, faute de réclamation préalable, la demande de M. D tendant à la condamnation du centre hospitalier de Bastia et a mis les frais de l'expertise de M. B, taxés et liquidés à 1 500 euros, à la charge définitive du requérant. Par une lettre du 12 janvier 2022, M. D, agissant tant en sa qualité d'héritier de la victime qu'en son nom propre, a présenté une réclamation préalable au centre hospitalier de Bastia qui n'y a pas répondu. M. D demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Bastia à l'indemniser des conséquences dommageables d'un retard de diagnostic et dans la prise en charge médicale et du préjudice subi par sa mère et lui-même du fait qu'ils n'ont pas été informés du risque d'amputation à hauteur de la cuisse droite de la victime.
Sur la responsabilité :
En ce qui concerne les retards de diagnostic et de prise en charge médicale :
2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
3. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expert judiciaire, que l'apparition, le 26 avril 2014, de douleurs du membre inférieur droit de Mme A D, consécutives à une ischémie de ce membre, n'a donné lieu à une amputation de ce membre que le 5 mai 2014. Néanmoins, ainsi que le relève l'expert, l'état clinique précaire de la patiente et des lésions athéromateuses diffuses justifiaient un traitement médical conservateur de la jambe et de ne pratiquer une amputation que sous la contrainte de l'échec de ce traitement. Il s'ensuit que, compte tenu de l'état clinique précaire de la patiente, la prise en charge de cette ischémie n'a pas recelé de faute. Dans ces conditions, ni les préjudices résultant pour Mme A D et son fils de l'amputation elle-même, ni ceux résultant pour ce dernier du décès de sa mère, qui a pour origine une défaillance poly-viscérale dans laquelle l'infection du moignon d'amputation n'a pas joué un rôle déterminant, ne peuvent être regardés comme trouvant leur cause dans la prise en charge médicale de l'ischémie dont a souffert la victime.
En ce qui concerne le défaut d'information préalable :
4. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique, dans sa version applicable au litige : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. Lorsque, postérieurement à l'exécution des investigations, traitements ou actions de prévention, des risques nouveaux sont identifiés, la personne concernée doit en être informée, sauf en cas d'impossibilité de la retrouver. Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel. La volonté d'une personne d'être tenue dans l'ignorance d'un diagnostic ou d'un pronostic doit être respectée, sauf lorsque des tiers sont exposés à un risque de transmission. Les droits des mineurs ou des majeurs sous tutelle mentionnés au présent article sont exercés, selon les cas, par les titulaires de l'autorité parentale ou par le tuteur. Ceux-ci reçoivent l'information prévue par le présent article, sous réserve des dispositions de l'article L. 1111-5. Les intéressés ont le droit de recevoir eux-mêmes une information et de participer à la prise de décision les concernant, d'une manière adaptée soit à leur degré de maturité s'agissant des mineurs, soit à leurs facultés de discernement s'agissant des majeurs sous tutelle. Des recommandations de bonnes pratiques sur la délivrance de l'information sont établies par la Haute Autorité de santé et homologuées par arrêté du ministre chargé de la santé. En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé dans les conditions prévues au présent article. Cette preuve peut être apportée par tout moyen ".
5. Il résulte de ces dispositions que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question.
6. Il est constant que Mme A D n'a pas été informée de ce que la décision de poursuivre le traitement de l'insuffisance cardiaque impliquait, eu égard à l'ischémie du membre supérieur droit découverte le 26 avril 2014, un risque d'amputation de ce membre. Dès lors, en décidant de réaliser le traitement conservateur de la jambe, évoqué au point 3, sans permettre à la victime de consentir ou pas à une amputation immédiate ou différée, selon l'évolution de l'état de sa jambe, le centre hospitalier a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne le préjudice de la victime directe :
7. Indépendamment de la perte d'une chance de refuser l'intervention, le manquement des médecins à leur obligation d'informer le patient des risques courus lors d'une intervention ouvre pour l'intéressé, lorsque ces risques se réalisent, le droit d'obtenir réparation des troubles qu'il a pu subir du fait qu'il n'a pas pu se préparer à cette éventualité, notamment en prenant certaines dispositions personnelles. L'existence d'un tel préjudice ne se déduit pas de la seule circonstance que le droit du patient d'être informé des risques de l'intervention a été méconnu. Il appartient à la victime d'en établir la réalité et l'ampleur.
8. Il résulte de l'instruction que le défaut d'information de la victime sur le risque d'amputation de sa jambe gauche et la réalisation de cette amputation sans consentement de l'intéressée, à la suite de la dégradation de l'état de ce membre, a privé cette dernière de la possibilité de se préparer à une telle éventualité. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'indemniser ce chef de préjudice à hauteur de 2 000 euros.
En ce qui concerne les préjudices de la victime indirecte :
9. En premier lieu, M. D se prévaut de ce qu'il a également subi un préjudice d'impréparation en raison de la faute de l'hôpital citée au point précédent. Toutefois, cette information ne concerne pas l'état de santé de l'intéressé lui-même et, dès lors, n'entre pas dans le champ de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique. En outre, le requérant ne justifie pas avoir subi un préjudice d'impréparation qui lui soit propre. Par suite, l'indemnisation de ce chef de préjudice ne peut qu'être rejetée.
10. En second lieu, si le requérant invoque le préjudice d'affection tiré de la souffrance de voir sa mère dépérir, un tel préjudice ne peut être regardé comme imputable à la faute résultant du défaut d'information de la victime. Dès lors, en l'absence de lien de causalité direct et certain avec cette faute, une telle demande indemnitaire ne peut qu'être rejetée.
11. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'ordonner une nouvelle expertise médicale, il y a lieu de condamner le centre hospitalier de Bastia à verser à M. D, en sa qualité d'ayant droit de Mme A D, une somme de 2 000 euros.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Bastia une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier de Bastia est condamné à verser à M. D une somme de 2 000 euros.
Article 2 : Le centre hospitalier de Bastia versera à M. D une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, au centre hospitalier de Bastia et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Corse.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Pierre Monnier, président ;
M. Jan Martin, premier conseiller ;
Mme Nathalie Sadat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. MARTIN
Le président,
Signé
P. MONNIERLa greffière,
Signé
H. MANNONI
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, chacun en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
H. MANNONI
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026