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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2200381

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2200381

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2200381
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS CASSEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mars 2022, le fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions (FGTI), représenté par la SELAFA Cabinet Cassel, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 590 010,88 euros en remboursement des indemnités qu'il a versé aux ayants-droits de M. B, cette somme devant être assortie des intérêts au taux légal à compter du 23 décembre 2021 ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser les sommes correspondant aux indemnités qu'il versera aux ayants-droits de M. B, en réparation de leurs préjudices futurs et certains ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité sans faute de l'Etat est engagée dès lors que M. B a agi en qualité de collaborateur occasionnel du service public ;

- dès lors qu'il a totalement indemnisé les préjudices qui ont résulté, pour les ayants-droits de M. B, de son assassinat, il est subrogé dans les droits de ces derniers en application de l'article 706-11 du code de procédure pénale et fondé à obtenir le remboursement des sommes qu'il a versé ;

- le montant des indemnités qu'il a versées n'est pas excessif.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 août 2022, le préfet de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la demande du FGTI est irrecevable dès lors qu'il n'apporte pas la preuve que les sommes dont il demande le remboursement ont été effectivement versées aux ayants-droits de M. B ;

- à titre subsidiaire, la responsabilité sans faute de l'Etat ne saurait être engagée dès lors que M. B n'a pas agi en qualité de collaborateur occasionnel du service public.

Par une ordonnance du 23 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Samson,

- les conclusions de Mme Castany, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 23 mars 2014, M. A B, directeur général des services du conseil général de la Haute-Corse, a été tué par balles, au volant de sa voiture, alors qu'il rentrait à son domicile, après avoir passé la journée au sein du bureau de vote des élections municipales de la commune de San-Gavino-di-Fiumorbo. Par un arrêt de la Cour d'appel de Bastia du 25 octobre 2017 et par des décisions du 5 mai 2021 et du 7 avril 2021 de la commission d'indemnisation des victimes d'infractions (CIVI) du tribunal judiciaire de Bastia, le fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions (FGTI) a été condamné, d'une part, à verser une somme totale de 590 010,88 euros aux ayants-droits de M. B en réparation de l'ensemble des préjudices résultant de son assassinat ainsi qu'au titre des frais irrépétibles qu'ils ont engagés et, d'autre part, à verser à certains ayants-droits des rentes en réparation de leurs préjudices futurs et certains. Par un courrier du 17 décembre 2021, réceptionné par le préfet de la Haute-Corse le 23 décembre suivant, le FGTI a réclamé le remboursement de cette somme à l'Etat et d'être garanti des sommes qu'il sera amené à leur verser. En l'absence de réponse à sa demande, le FGTI demande, par la présente requête, la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 590 010,88 euros, augmentée des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, ainsi que des sommes correspondantes aux rentes qu'il est amené à allouer à certains ayants-droits de M. B.

2. Il résulte du procès-verbal des opérations électorales, alors qu'un seul bureau de vote avait été ouvert, que M. B ne faisait partie ni des membres du bureau de vote, ni des délégués titulaires et suppléants pour contrôler les opérations de vote, ni enfin des personnes désignées comme scrutateurs. Ainsi, contrairement à ce que fait valoir le FGTI, qui se borne à affirmer que M. B a " participé activement aux opérations électorales (scrutateur, dépouillement, etc.) " sans toutefois produire d'éléments permettant d'en justifier, la réalité de sa participation au service public des élections des conseillers municipaux de la commune de San-Gavino-di-Fiumorbo n'est pas démontrée. Par suite, M. B ne saurait être regardé comme ayant eu la qualité de collaborateur occasionnel d'un service public, à l'égard duquel la responsabilité sans faute de l'Etat pourrait être engagée.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que le FGTI n'est pas fondé à rechercher la responsabilité de l'Etat. Par suite, ses conclusions tendant au remboursement du montant des indemnités versées et futures aux ayants-droits de M. B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Corse.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Zerdoud, conseillère,

M. Samson, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

La présidente,

Signé

A. Baux

Le rapporteur,

Signé

I. Samson

La greffière,

Signé

H. Nicaise

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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