vendredi 26 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2200415 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | XXX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 mars 2022, M. A C, représenté par Me Ganaye Vallette, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier d'Ajaccio à lui verser la somme de 8 612,50 euros en réparation du préjudice qu'il a subi suite à la prise en charge de son épistaxis de la fosse nasale gauche, avec intérêts à compter de la réception de la demande préalable le 19 novembre 2021 et capitalisation des intérêts à partir de l'enregistrement de sa requête ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Ajaccio la somme de 1 150 euros au titre des dépens ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Ajaccio la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que :
- la responsabilité pour faute de l'hôpital est engagée en raison des soins qui y ont été pratiqués et ont entraîné une perforation de la cloison nasale ;
- la responsabilité sans faute de l'hôpital est engagée en raison des conséquences anormales et graves des actes de soins qui y ont été réalisés ;
- le préjudice qu'il a subi à la suite de cette faute s'élève à 8 612,50 euros ; il se répartit entre un déficit fonctionnel temporaire évalué à 242,50 euros, des souffrances endurées pour 6 000 euros et un déficit fonctionnel permanent d'un montant de 2 370 euros.
Par des mémoires, enregistrés le 19 avril 2022, le 9 mai 2022 et le 15 février 2024, la caisse primaire d'assurance-maladie (CPAM) du Puy-de-Dôme, représentée par Me Nolot, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner le centre hospitalier d'Ajaccio à lui verser la somme de 20 082,19 euros, avec intérêts de droit à compter de l'enregistrement de son mémoire, et capitalisation des intérêts, de le condamner également à lui payer la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion et de mettre à la charge de cet établissement la somme de 1 000 euros au titre des frais non compris dans les dépens. La caisse soutient qu'elle a versé, à hauteur des sommes demandées, des prestations à la suite des faits objet du litige.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 septembre 2022 et le 23 février 2024, le centre hospitalier d'Ajaccio, représenté par Me Seatelli, conclut au rejet de la requête et de la demande indemnitaire de la CPAM du Puy-de-Dôme. Le centre hospitalier soutient que :
- il n'a commis aucune faute ;
- sa responsabilité sans faute ne saurait être engagée dès lors que le requérant ne remplit pas les conditions légales pour bénéficier de la solidarité nationale.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance du 16 novembre 2020, par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par M. B.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;
- les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Gasquet-Seatelli, avocate du centre hospitalier de Bastia.
Considérant ce qui suit :
1. Le 26 mai 2017, M. C, alors âgé de 46 ans, a été admis au service des urgences du centre hospitalier d'Ajaccio pour une épistaxis de la fosse nasale gauche, avant de faire l'objet de la pose d'une mèche dans la narine gauche. Il a été pris en charge le lendemain par la clinique Sud d'Ajaccio avant de subir un déméchage le 30 mai, puis d'être de nouveau admis au centre hospitalier d'Ajaccio le 6 juin 2017 pour une reprise de l'épistaxis. Le 9 juin suivant, il y subit sous anesthésie générale une ablation de mèche suivie d'une fibroscopie réalisée le 19 juin, avant d'être orienté vers un hématologue. Le 20 juin 2017, M. C a été admis au service des urgences de l'hôpital de La Timone de Marseille où l'absence de récidive de l'épistaxis a été constatée et une embolisation vasculaire réalisée. Par l'ordonnance n° 2000413 du 3 juillet 2020, le président du tribunal a désigné M. B afin de réaliser une expertise. Ce dernier a déposé son rapport au greffe du tribunal le 13 novembre 2020. Par une lettre du 17 novembre 2021 adressée au centre hospitalier d'Ajaccio, M. C a présenté une réclamation préalable que ce dernier a rejetée par une décision du 3 février 2022.
Sur la responsabilité pour faute :
2. L'article L. 1142-1 du code de la santé publique dispose que : " I. Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".
3. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire, que la perforation de la cloison nasale gauche de M. C, diagnostiquée un mois après son hospitalisation à l'hôpital de La Timone de Marseille, le 20 juin 2027, a été causée par plusieurs facteurs, dont la macro-angiopathie vasculaire préexistante dont souffrait la victime, la poursuite de tabagisme par cette dernière et surtout l'embolisation vasculaire pratiquée dans cet hôpital. Si cette perforation a également pour cause les deux hospitalisations des 26 mai et 6 juin 2017 au centre hospitalier d'Ajaccio, la première, conduisant à réaliser des méchages itératifs, était justifiée par l'épistaxis dont le patient souffrait et a été réalisée avec des produits adaptés et dans les règles de l'art tandis que la seconde, consistant à réaliser le 9 juin 2017, sous anesthésie générale, une cautérisation unilatérale de la cloison nasale, suivie d'une fibroscopie le 19 juin suivant, est également conforme aux règles de la science médicale. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que les soins pratiqués au sein du centre hospitalier d'Ajaccio revêtiraient une faute de nature à engager la responsabilité de ce centre.
Sur la responsabilité sans faute :
4. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " () II. Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret ". Aux termes de l'article D. 1142-1 du même code : " () Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. A titre exceptionnel, le caractère de gravité peut être reconnu : 1° Lorsque la victime est déclarée définitivement inapte à exercer l'activité professionnelle qu'elle exerçait avant la survenue de l'accident médical, de l'affection iatrogène ou de l'infection nosocomiale ; 2° Ou lorsque l'accident médical, l'affection iatrogène ou l'infection nosocomiale occasionne des troubles particulièrement graves, y compris d'ordre économique, dans ses conditions d'existence ".
5. D'une part, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que la perforation de la cloison nasale dont M. C a été victime n'est pas directement imputable aux soins pratiqués au sein du centre hospitalier d'Ajaccio. D'autre part, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire, que le déficit fonctionnel permanent dont reste atteint le requérant en raison des séquelles de la perforation septale dont il a été victime est de 1,5 %, tandis que le déficit fonctionnel temporaire subi par celui-ci jusqu'à la date de consolidation de son état de santé, le 2 août 2017, a été inférieur à 50 %. Dès lors, les conclusions présentées par M. C tendant à ce que le centre hospitalier d'Ajaccio soit condamné à l'indemniser des conséquences du dommage non fautif dont il a été victime ne peuvent qu'être rejetées.
6. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à rechercher la responsabilité du centre hospitalier d'Ajaccio dans la survenance des dommages qu'il invoque. Dès lors, ses conclusions indemnitaires ne peuvent qu'être rejetées. Pour les mêmes motifs, les conclusions de la CPAM du Puy-de-Dôme tendant à la condamnation du centre hospitalier d'Ajaccio à l'indemniser des débours exposés pour le compte de son assuré, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions de cet organisme tendant au versement de l'indemnité forfaitaire de gestion doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
7. En premier lieu, il y a lieu de mettre les frais et honoraires de l'expertise confiée à M. B, liquidés et taxés à la somme globale de 1 150 euros par l'ordonnance du juge des référés du tribunal du 16 novembre 2020, à la charge définitive de M. C.
8. En second lieu, en vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre respectivement par M. C et par la CPAM du Puy-de-Dôme doivent dès lors être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C et les conclusions de la CPAM du Puy-de-Dôme sont rejetées.
Article 2 : La somme de 1 150 euros correspondant aux frais d'expertise est mise à la charge définitive de M. C.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au centre hospitalier d'Ajaccio et à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Pierre Monnier, président ;
M. Jan Martin, premier conseiller ;
Mme Nathalie Sadat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. MARTIN
Le président,
Signé
P. MONNIERLa greffière,
Signé
H. MANNONI
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, chacun en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
H. MANNONI
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026