vendredi 27 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2200592 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | ALBERTINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 mai 2022 et le 22 mars 2024, M. A B, représenté par Me Albertini, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler les six ordres de recouvrer émis à l'encontre de Mme C B le 18 janvier 2022 pour des montants de 126,17 euros, 0,01 euro, 77,26 euros, 11,03 euros, 15 980 euros et 13 879,17 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'agence de services et de paiement la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que :
- la procédure contradictoire n'a pas été respectée ;
- les ordres de recouvrement sont insuffisamment motivés ;
- la créance est prescrite ;
- les titres exécutoires n'ont pu faire naître une obligation à sa charge transmise par voie de succession dès lors qu'ils ont été émis postérieurement au décès de Mme B de sorte que l'article 877 du code civil n'est pas applicable ;
- il n'est pas tenu à une obligation de remboursement en application de l'article 73 du règlement (CE) n° 796/2004 de la Commission du 21 avril 2004 dès lors que le trop-perçu versé à Mme C B résulte d'une erreur de valorisation de ses droits à paiement qui ne pouvait être raisonnablement décelée ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car les aides étaient dues à C B.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 février 2024, l'agence de services et de paiement conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (CE, Euratom) n° 2988/95 du Conseil du 18 décembre 1995 ;
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Nathalie Sadat, conseillère ;
- et les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, qui était exploitante agricole, a bénéficié d'aides agricoles de la politique agricole commune au titre des campagnes 2015 et 2016 ainsi que d'apports de trésorerie remboursables. Postérieurement à son décès survenu le 17 avril 2016, l'agence de services et de paiement a émis à son encontre six ordres en vue du recouvrement d'indus de paiement de base pour les campagnes 2015 et 2016, d'indus de paiement du verdissement et de paiement redistributif au titre de la campagne 2015 et d'apports de trésorerie remboursable relatifs à la campagne 2016. L'agence de services et de paiement a notifié ces ordres de recouvrer à M. A B, héritier de Mme C B avec laquelle il était marié et lui a demandé de s'acquitter de la somme de 9 633, 83 euros correspondant à un tiers de la somme due, en raison de l'existence de deux autres héritiers. Par le jugement n° 1901438 du 2 décembre 2021, devenu définitif, le tribunal administratif de Bastia a annulé ces titres de perception pour défaut de motivation. A la suite de ce jugement, l'agence de services et de paiement a notifié à M. A B, par une lettre datée du 8 mars 2022, six nouveaux ordres émis le 18 janvier 2022, pour valoir recouvrement des mêmes sommes. M. B demande au tribunal d'annuler ces six titres de perception.
2. En premier lieu, aucune disposition législative et réglementaire, ni aucun principe tiré des droits de la défense, n'impose qu'un courrier préalable d'information soit adressé au débiteur de l'administration avant l'émission d'un titre de recette. Le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté comme inopérant.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. () ".
4. Un titre exécutoire, qui n'entre dans aucune des catégories de décisions devant être motivées en vertu des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration, doit être motivé selon les modalités prévues par les dispositions spécifiques du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique.
5. Il résulte de l'instruction que les ordres de recouvrer sont accompagnés de notes techniques rattachées à chaque campagne. Ces notes rappellent les dispositions applicables. Pour ce qui concerne les ordres de recouvrer relatifs aux trop-perçus d'aides de la politique agricole commune au titre des campagnes 2015 et 2016, les notes comportent une partie intitulée " valorisation du montant des aides découplées " qui indique notamment la surface retenue pour calculer le montant des aides et une partie qui reprend le montant des aides déjà perçues et indique la différence entre les aides auxquelles Mme B avait droit et celles reçues. S'agissant de la campagne 2015, la note permet de comprendre que les sommes de 126,17 euros, de 0,01 euro et de 77,26 euros correspondent à un trop perçu au titre du paiement de base, du paiement redistributif et de l'aide au verdissement. S'agissant de la campagne 2016, la note permet de comprendre que la somme de 11,03 euros correspond à un trop-perçu au titre du paiement de base. Pour ce qui concerne les ordres de recouvrer relatifs à l'apport de trésorerie remboursable, la note technique qui les accompagne précise la répartition des apports entre les composantes, paiement vert et indemnité compensatoire des handicaps naturels, rappelle le mécanisme de remboursement de ces apports de trésorerie et l'historique des compensations, et se termine en précisant le calcul de la différence entre les apports de trésorerie versés, les compensations et le solde correspondant aux montants des ordres de recouvrer. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que les ordres de recouvrer sont insuffisamment motivés.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 1er du règlement (CE, Euratom) n° 2988/95 du 18 décembre 1995 relatif à la protection des intérêts financiers des Communautés européennes : " 1. Aux fins de la protection des intérêts financiers des Communautés européennes, est adoptée une réglementation générale relative à des contrôles homogènes et à des mesures et des sanctions administratives portant sur des irrégularités au regard du droit communautaire. / 2. Est constitutive d'une irrégularité toute violation d'une disposition du droit communautaire résultant d'un acte ou d'une omission d'un opérateur économique qui a ou aurait pour effet de porter préjudice au budget général des Communautés ou à des budgets gérés par celles-ci, soit par la diminution ou la suppression de recettes provenant des ressources propres perçues directement pour le compte des Communautés, soit par une dépense indue ". Aux termes de l'article 3 du même règlement : " 1. Le délai de prescription des poursuites est de quatre ans à partir de la réalisation de l'irrégularité visée à l'article 1er paragraphe 1. () / La prescription des poursuites est interrompue par tout acte, porté à la connaissance de la personne en cause, émanant de l'autorité compétente et visant à l'instruction ou à la poursuite de l'irrégularité. Le délai de prescription court à nouveau à partir de chaque acte interruptif () ".
7. D'une part, s'agissant de l'apport de trésorerie remboursable, contrairement à ce que soutient M. B, le recouvrement par l'agence de services et de paiement du remboursement de cet apport n'a pas le caractère d'une récupération d'une aide indûment versée. Dès lors, le requérant ne saurait utilement se prévaloir des dispositions précitées au soutien de son moyen tiré de la prescription. D'autre part, s'agissant du recouvrement d'indus des aides versées en 2015 et en 2016, la prescription a été interrompue par l'émission des premiers ordres de recouvrer en 2017. Le délai n'a recommencé à courir qu'à l'issue de la procédure contentieuse engagée devant la juridiction administrative, qui a abouti en 2021 à l'annulation de ces premiers ordres de recouvrer. Ainsi à la date de l'émission des ordres de recouvrer contestés le 18 janvier 2022, le délai de prescription avait été valablement interrompu et la prescription n'était donc pas admise. Il suit de là que le moyen tiré de la prescription doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 877 du code civil : " Le titre exécutoire contre le défunt l'est aussi contre l'héritier, huit jours après que la signification lui en a été faite ".
9. La circonstance que Mme B était décédée à la date d'émission des titres de perception est sans influence sur leur légalité.
10. En cinquième lieu, si le requérant se prévaut des dispositions de l'article 73 du règlement (CE) n° 796/2004 de la Commission du 21 avril 2004, il résulte de l'instruction que ce texte a été abrogé. Dès lors, le requérant ne peut utilement s'en prévaloir.
11. En sixième et dernier lieu, en se bornant à indiquer que le trop-perçu " semble résulter d'une erreur de valorisation " de ses droits à paiement qui ne pouvait être raisonnablement décelée, et que les aides étaient dues à Mme B, le requérant n'établit pas que c'est à tort que l'agence de services et de paiement a procédé au recouvrement des sommes en cause.
12. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
13. Enfin, l'agence de services et de paiement, qui a présenté son mémoire en défense sans avocat, ne justifie pas avoir exposé des frais particuliers dans le cadre de la présente instance. Par suite, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de l'agence de services et de paiement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à l'agence de services et de paiement et à la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt.
Copie en sera transmise au préfet de la Haute-Corse.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, où siégeaient :
- M. Pierre Monnier, président ;
- M. Jan Martin, premier conseiller ;
- Mme Nathalie Sadat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
N. SADATLe président,
Signé
P. MONNIER
La greffière,
Signé
R. ALFONSI
La République mande et ordonne à la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
R. ALFONSI
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026