mardi 29 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2200627 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | LAURENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 mai 2022 et le 25 avril 2024, M. B A, représenté par Me Laurent, demande au tribunal :
1°) d'annuler les trois ordres de recouvrer émis à son encontre par l'Agence de services et de paiement le 22 novembre 2021, pour des montants respectifs de 8 707,50 euros, 135 576,88 euros et 48 664,11 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Agence de services et de paiement la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que :
- l'Agence de services et de paiement n'était pas compétente pour émettre les ordres de recouvrer litigieux dès lors qu'en application de l'article L. 314-1 du code rural et de la pêche maritime, l'office du développement agricole et rural de Corse (ODARC) exerce les compétences dévolues à l'Agence de services et de paiement ;
- les ordres de recouvrer sont insuffisamment motivés au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- les ordres de recouvrer de 8 707,50 euros et de 135 576,88 sont dépourvus de bien-fondé, en l'absence de référence aux éventuels versements de l'indemnité compensatoire de handicaps naturels ou à un refus de paiement d'aides ; ils ont été annulés par le jugement du tribunal n° 1900980 du 10 novembre 2021 ;
- l'ordre de recouvrer de 48 664,11 euros est dépourvu de bien-fondé, de nombreuses compensations ayant été opérées de manière irrégulière.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 et 20 mars 2024, l'Agence de services et de paiement conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés ou sont inopérants.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 1306/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 ;
- le règlement délégué (UE) n° 640/2014 de la Commission du 11 mars 2014 ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le décret n° 2016-1203 du 7 septembre 2016 ;
- le décret n° 2017-1318 du 4 septembre 2017 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;
- et les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, exploitant agricole, a déposé en 2016 et 2017 des dossiers de demandes d'aides agricoles relevant du premier pilier de la politique agricole commune. Il a bénéficié d'aides découplées au titre de la campagne 2016 et d'apports de trésorerie remboursables au titre de la campagne 2017. L'Agence de services et de paiement a émis le 15 décembre 2017, le 21 décembre 2017 et le 2 août 2018, des titres de perception en vue du recouvrement d'un indu de droits à paiement de base pour la campagne 2016 et du recouvrement de l'apport de trésorerie remboursable versé au titre de la campagne 2017. Par le jugement n° 1900980 du 10 novembre 2021, le tribunal annulé ces titres de perception pour défaut de motivation. A la suite de ce jugement, l'administration a émis, le 22 novembre 2021, trois nouveaux titres de perception pour des montants respectifs de 8 707,50 euros, 135 576,88 euros et 48 664,11 euros. M. A demande au tribunal d'annuler ces titres.
Sur la légalité externe :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-1 du code rural et de la pêche maritime : " L'Agence de services et de paiement est un établissement public à caractère administratif placé sous la tutelle de l'Etat. I. - L'agence a pour objet d'assurer la gestion administrative et financière d'aides publiques. A ce titre, elle peut instruire les demandes d'aides, vérifier leur éligibilité, contrôler le respect des engagements pris par les bénéficiaires, exécuter les paiements, le recouvrement et l'apurement des indus et exercer toute autre activité nécessaire à la bonne gestion des aides publiques () ". Selon l'article L. 314-1 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " L'office du développement agricole et rural de Corse exerce les compétences dévolues à l'Agence de services et de paiement ". Selon l'arrêté interministériel du 14 février 2018 portant agrément d'un organisme payeur de dépenses financées par le Fonds européen agricole pour le développement rural : " L'Office de développement agricole et rural de la Corse (ODARC) est agréé comme organisme payeur au sens du règlement (UE) n° 1306/2013 susvisé pour les paiements effectués sur le Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) au titre du programme de développement rural de la Corse ".
3. Contrairement à ce que M. A soutient, il ne résulte pas des dispositions précitées que l'ODARC se substitue à l'Agence de services et de paiement en matière d'aides agricoles relevant de la politique agricole commune. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de cette agence pour émettre les titres de perception litigieux au titre du 1er pilier de cette politique manque en droit et ne peut qu'être écarté.
4. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Dans les conditions prévues pour chaque catégorie d'entre elles, les recettes sont liquidées avant d'être recouvrées. La liquidation a pour objet de déterminer le montant de la dette des redevables. / (). Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ".
5. D'autre part, selon l'article 1er du décret du 4 septembre 2017 : " Les agriculteurs ayant déposé la demande unique mentionnée à l'article D. 615-1 du code rural et de la pêche maritime pour la campagne 2017 peuvent bénéficier d'un apport de trésorerie remboursable sans intérêt dans les conditions fixées par le présent décret. () est remboursé au fur et à mesure et par compensation, à concurrence des versements par l'organisme payeur concerné, des aides de la politique agricole commune demandées dans la demande unique susmentionnée et des aides au titre de la campagne 2017 mentionnées aux 7° à 15° de l'article D. 615-41 du code rural et de la pêche maritime. Les reliquats éventuels sont remboursés par les bénéficiaires au plus tard le 31 mars 2018 pour ce qui concerne les montants versés au titre des articles 3 à 8 et le 31 juillet 2019 pour ce qui concerne les montants versés au titre de l'article 9 ".
6. Il résulte de l'instruction que les titres de recettes émis le 22 novembre 2021, respectivement de 8 707,50 euros et 135 576,88 euros, portent sur des apports de trésorerie remboursables au titre de la campagne 2017, tandis que celui émis le même jour, de 48 664,11 euros, porte sur un indu de droits à paiement de base au titre de la campagne 2016. A chacun de ses titres est jointe une " note technique de liquidation " qui vise les textes applicables et mentionne les bases et les éléments de calcul de ces montants. L'ensemble de ces documents a été adressé à M. A par une lettre recommandée avec accusé de réception de l'Agence de services et de paiement du 18 janvier 2022, qui a été avisée le 21 janvier 2022 et est retournée à l'expéditrice avec la mention " Pli avisé et non réclamé ". Ainsi, d'une part, les notes techniques de liquidation relatives aux deux titres exécutoires portant sur le remboursement d'apports de trésorerie remboursables dans le cadre de la campagne 2017 se fondent sur les dispositions précitées du décret du 4 septembre 2017 et précisent qu'ils ont été établis pour le montant total de l'apport en trésorerie remboursable qui avait été accordé au requérant au titre d'aides découplées (paiement de base, paiement redistributif, paiement vert), sans compensation. En application des dispositions du décret du 4 septembre 2017 citées au point 5, cet apport devait nécessairement être remboursé dans son intégralité dans le délai fixé par ces dispositions, sans distinguer entre la fraction remboursée par compensation avec les aides qui lui ont été effectivement allouées et le reliquat qui doit être soldé par M. A. Ainsi, l'intéressé ne saurait utilement soutenir que ces titres devaient comporter le motif de l'absence de remboursement par compensation. D'autre part, contrairement à ce que le requérant soutient, la note technique de liquidation relative au titre exécutoire porte sur un indu de droits à paiement de base pour la campagne 2016 et non pas sur le remboursement d'un apport de trésorerie remboursable. Cette note cite le règlement (UE) n° 1306/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 et le règlement délégué (UE) n° 640/2014 de la Commission du 11 mars 2014 complétant le règlement (UE) n° 1306/2013 du Parlement européen et du Conseil qui fondent le calcul du montant des aides à verser, des réductions et des sanctions administratives applicables aux paiements directs. Cette note précise qu'une sanction a été infligée à M. A compte tenu de l'écart entre la surface agricole déclarée par l'intéressé et la surface constatée et en précise les bases de calcul. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des titres litigieux ne peut qu'être écarté.
Sur le bien-fondé des titres litigieux :
7. En premier lieu, d'une part, il résulte de l'instruction, notamment des notes techniques jointes aux titres de perception de 8 707,50 euros et de 135 576,88 euros, que ces titres portent respectivement sur des avances de trésorerie remboursables dans le cadre de l'indemnité compensatoire de handicaps naturels et d'aides découplées qui n'ont fait l'objet d'aucune compensation. Au surplus, M. A n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il aurait eu droit au versement des aides agricoles sollicitées. D'autre part, ainsi qu'il a été dit au point 1, les titres de perception en 2017 et 2018 ont été annulés par le jugement du tribunal du 10 novembre 2021 par le motif tiré de leur insuffisante motivation. Dès lors, une telle annulation ne faisait pas obstacle à ce que l'administration émît à nouveau les titres de perception litigieux. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de bien-fondé des deux titres de perception précités doit être écarté.
8. En second lieu, aux termes de l'article D. 615-3 du code rural et de la pêche maritime : " Le préfet est chargé, pour le compte de l'organisme payeur au sens de l'article 7 du règlement (UE) n° 1306/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013, de l'instruction des demandes d'aides et de l'application, lors du calcul du montant des aides à verser, des réductions et des sanctions administratives prévues par les articles 63, 64, 77, 97 et 99 du même règlement, et les articles 15, 16, 19, 21, 24, 25, 26, 27, 28, 31, 32 et 33 du règlement délégué (UE) n° 640/2014 de la Commission du 11 mars 2014 complétant le règlement (UE) n° 1306/2013 du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne le système intégré de gestion et de contrôle, les conditions relatives au refus ou au retrait des paiements et les sanctions administratives applicables aux paiements directs, au soutien au développement rural et à la conditionnalité ".
9. Il résulte de l'instruction que le titre émis par l'Agence de services et de paiement pour le montant de 48 664,11 euros porte sur les aides découplées dont le requérant a bénéficié au titre de la campagne 2016. Le titre litigieux fait suite à une lettre de fin d'instruction de la préfète de la Corse-du-Sud en date du 26 juin 2019 dont il résulte que la déclaration de surface par l'intéressé dépasse de 263,47 hectares, à la suite d'un contrôle sur place. Afin de contester le bien-fondé de cette créance, M. A se borne à produire une copie d'un relevé figurant dans la plateforme électronique " Télépac " en soutenant qu'il permet d'établir des irrégularités dans les compensations réalisées par l'administration. En tout état de cause, le requérant ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'alinéa 3 de l'article 1er du décret du 7 septembre 2016 relatif à un apport de trésorerie remboursable. Ainsi, le moyen ne peut qu'être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des titres de perception émis le 22 novembre 2021.
Sur les frais liés au litige :
11. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Agence de services et de paiement, qui n'est pas la partie perdante, verse à M. A une quelconque somme au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en mettant à la charge de M. A la somme que demande l'Agence de services et de paiement au titre des frais exposés par cette agence et non compris dans les dépens
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de l'Agence de services et de paiement présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à l'Agence de services et de paiement et à la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt.
Copie en sera adressée au préfet de la Corse-du-Sud.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Pierre Monnier, président ;
M. Jan Martin, premier conseiller ;
Mme Nathalie Sadat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. MARTIN
Le président,
Signé
P. MONNIERLa greffière,
Signé
R. ALFONSI
La République mande et ordonne à la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé
R. ALFONSI
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026