mardi 29 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2200683 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | EON |
Vu les procédures suivantes :
I. Sous le n° 2200683, par une requête et un mémoire, enregistrés le 31 mai 2022 et le 26 septembre 2022, ainsi qu'un mémoire enregistré le 28 août 2024 et non communiqué, M. A B, représenté par Me Eon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 mai 2022 par laquelle la commission de recours de l'invalidité a rejeté son recours administratif préalable obligatoire du 26 janvier 2022 ;
2°) de fixer à 10 % le taux d'invalidité de l'infirmité nouvelle constituée par des lombalgies chroniques ;
3°) à titre subsidiaire, d'ordonner avant dire droit une expertise médicale.
Le requérant soutient que :
- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'administration ne pouvait rechercher l'imputabilité au service de l'infirmité invoquée alors que le taux minimum indemnisable n'était pas atteint ;
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que la preuve d'un lien de causalité direct, certain et déterminant est établie par plusieurs éléments médicaux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, le ministre des armées et des anciens combattants conclut au rejet de la requête. Le ministre soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
II. Sous le n° 2201150, par une requête, enregistrée le 26 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Eon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 mai 2022 par laquelle la commission de recours de l'invalidité a rejeté son recours administratif préalable obligatoire du 26 janvier 2022 ;
2°) de fixer à 10 % le taux d'invalidité de l'infirmité nouvelle constituée par des lombalgies chroniques ;
3°) à titre subsidiaire, d'ordonner avant dire droit une expertise médicale ;
4°) de mettre les dépens à la charge de l'Etat.
M. B soulève les mêmes moyens que dans la requête n° 2200683.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, le ministre des armées et des anciens combattants conclut au rejet de la requête. Le ministre soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juillet 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Nathalie Sadat, conseillère ;
- les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Eon, avocat de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né le 8 juin 1957, s'est engagé dans l'armée le 8 octobre 1974 et a été rayé des cadres le 28 mai 1993. Il est titulaire d'une pension militaire d'invalidité au taux de 65 % qui lui a été concédée par un arrêté du 15 juillet 2019 avec une entrée en jouissance le 31 mai 2017. Cette pension est versée au titre de séquelles de traumatisme de poignet gauche avec un taux global de 50 % et un taux de 10 % non imputable, de séquelles de fracture, arrachement de la tête du péroné gauche, marche avec boiterie, genu recurvatum, arthrose du genou gauche avec raideur en flexion, genou globuleux, troubles trophiques ostéocutanés et musculaires avec un taux de 20 % et séquelles et fracture de la huitième côte gauche au taux 10 %. Par une demande du 7 septembre 2020, il a sollicité la révision de sa pension au titre de la reconnaissance d'une nouvelle infirmité constituée par des douleurs chroniques lombaires, en lien avec l'infirmité constituée par des séquelles de fracture, arrachement de la tête du péroné gauche. Par une décision du 15 novembre 2021, la ministre des armées a rejeté la demande. L'intéressé a alors formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision lequel a été rejeté par une décision de la commission de recours de l'invalidité du 11 mai 2022. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.
2. Les requêtes n° 2200683 et n° 2201150 ont le même objet. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 125-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " La pension est concédée :/ 1° Au titre des infirmités résultant de blessures, si le taux d'invalidité qu'elles entraînent atteint ou dépasse 10 % ; / 2° Au titre d'infirmités résultant de maladies associées à des infirmités résultant de blessures, si le taux global d'invalidité atteint ou dépasse 30 % () ". Une infirmité doit être regardée comme résultant d'une blessure lorsqu'elle trouve son origine dans une lésion soudaine, consécutive à un fait précis de service. En l'absence de tout fait précis ayant entraîné un traumatisme, à l'origine de l'infirmité litigieuse, celle-ci doit être qualifiée de maladie.
4. Si l'administration n'est pas tenue de statuer sur l'imputabilité au service d'une infirmité trouvant sa cause dans une maladie lorsque le minimum indemnisable n'est pas atteint, il ne résulte pas de l'instruction qu'en se prononçant sur cette imputabilité, l'administration aurait entaché sa décision d'une erreur de droit. Par suite ce moyen doit être écarté.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre applicable au litige : " Ouvrent droit à pension : 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service ; 2° Les infirmités résultant de maladies contractées par le fait ou à l'occasion du service ; 3° L'aggravation par le fait ou à l'occasion du service d'infirmités étrangères au service ; 4° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'accidents éprouvés entre le début et la fin d'une mission opérationnelle, y compris les opérations d'expertise ou d'essai, ou d'entraînement ou en escale, sauf faute de la victime détachable du service ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Est présumée imputable au service : 1° Toute blessure constatée par suite d'un accident, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service ; 2° Toute blessure constatée durant les services accomplis par un militaire en temps de guerre, au cours d'une expédition déclarée campagne de guerre, d'une opération extérieure mentionnée à l'article L. 4123-4 du code de la défense ou pendant la durée légale du service national et avant la date de retour sur le lieu d'affectation habituelle ou la date de renvoi dans ses foyers ; 3° Toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1, L. 461-2 et L. 461-3 du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le militaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ces tableaux ; 4° Toute maladie constatée au cours d'une guerre, d'une expédition déclarée campagne de guerre, d'une opération extérieure mentionnée à l'article L. 4123-4 du code de la défense ou pendant la durée légale du service national, avant le soixantième jour suivant la date de retour sur le lieu d'affectation habituelle ou la date de renvoi du militaire dans ses foyers ". Enfin, aux termes de l'article L 121-2-3 du même code : " La recherche d'imputabilité est effectuée au vu du dossier médical constitué pour chaque militaire lors de son examen de sélection et d'incorporation. Dans tous les cas, la filiation médicale doit être établie entre la blessure ou la maladie ayant fait l'objet de la constatation et l'infirmité invoquée ".
6. Il résulte des dispositions précitées que, lorsque le demandeur d'une pension ne peut pas bénéficier de la présomption légale d'imputabilité au service, il incombe à ce dernier d'apporter la preuve que l'infirmité a eu sa cause certaine, directe et déterminante dans le service ou dans une infirmité déjà pensionnée. Cette preuve ne saurait résulter de la seule circonstance que l'infirmité soit apparue durant le service, ni d'une hypothèse médicale, ni d'une vraisemblance, ni d'une probabilité, aussi forte soit-elle, ni des conditions générales de service partagées par l'ensemble des militaires servant dans la même unité et soumis de ce fait à des contraintes et des sujétions identiques.
7. Il résulte du rapport du 2 septembre 2021 du médecin spécialiste en rééducation fonctionnelle désigné par l'administration dans le cadre de l'instruction de la demande de révision, que M. B présente une lombalgie chronique stable, après une lombalgie aiguë survenue trois ans auparavant. Pour contester ce rapport, le requérant se prévaut d'un rapport d'expertise du 11 janvier 2019, toutefois ce dernier ne fait état d'aucune douleur lombaire ou d'aucune doléance présentée à ce titre. Il produit également un certificat médical daté du 1er septembre 2020, un scanner lombaire du 3 septembre 2020, le certificat d'un rhumatologue du 24 septembre 2021 et l'attestation d'un chirurgien orthopédique du 8 mars 2022, toutefois ces pièces contemporaines de la demande de révision de pension, ne sont pas suffisantes pour établir l'imputabilité au service de la pathologie. Enfin, si la mention d'une dorso-lombalgie apparaît le 8 décembre 1986 dans le livret médical de l'intéressé, cette circonstance, antérieure au fait de service à l'origine de l'infirmité à laquelle l'intéressé souhaite rattacher les lombalgies, est en tout état de cause insuffisante pour établir que les lombalgies dont il souffre sont imputables au service. Dès lors, M. B n'est pas fondé à invoquer une relation directe, certaine et déterminante entre l'infirmité pensionnée et les douleurs lombaires chroniques dont il souffre.
8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'ordonner la mesure d'expertise demandée par M. B, celui-ci n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 11 mai 2022 de la commission de recours de l'invalidité. Ses requêtes doivent donc être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des armées et des anciens combattants.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, où siégeaient :
- M. Pierre Monnier, président ;
- M. Jan Martin, premier conseiller ;
- Mme Nathalie Sadat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
N. SADATLe président,
Signé
P. MONNIER
La greffière,
Signé
R. ALFONSI
La République mande et ordonne au ministre des armées et des anciens combattants en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
R. ALFONSI
N°s 2200683 et 2201150
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