vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2200774 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 22 juin 2022 et 25 avril 2024, M. B A, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision par laquelle l'administration a décidé de récupérer les sommes indûment versées, par des retenues sur son salaire ;
2°) d'annuler la décision par laquelle le directeur des ressources humaines du ministère de la transition écologique a implicitement rejeté sa demande de remise gracieuse en date du 23 mars 2022 ;
3°) d'enjoindre à l'Etat de lui rembourser les sommes prélevées sur ses traitements et d'annuler les sommes restantes dues ;
4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 128 492 euros en réparation des préjudices subis du fait des illégalités fautives commises par l'administration.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision par laquelle l'administration a décidé de récupérer les sommes indûment versées, par des retenues sur son salaire, est entachée d'incompétence de son auteur ;
- elle est entachée de vices de procédure dès lors que l'administration aurait dû émettre un titre de recette ou un titre exécutoire ;
- il a été porté atteinte à son droit fondamental d'accès au droit et à la justice protégé par les articles 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen ;
- la décision par laquelle l'administration a décidé de récupérer les sommes indûment versées par des retenues sur salaire est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'administration ne pouvait retirer une décision créatrice de droit attribuant un avantage financier, sans porter atteinte au principe de sécurité juridique ;
- l'administration a commis une faute de nature à engager sa responsabilité dès lors qu'elle a été négligente dans le recouvrement de sa créance ;
- la faute commise lui a causé des troubles dans ses conditions d'existence et un préjudice financier évalués à la somme totale de 128 492 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 4 avril et le 5 juin 2024, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions indemnitaires sont irrecevables en l'absence de demande indemnitaire préalable ;
- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Zerdoud ;
- les conclusions de Mme Castany, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, attaché d'administration de l'Etat, exerce les fonctions de chef du service
" eau, nature, prévention des risques naturels et routiers " au sein de la direction départementale des territoires de la Haute-Corse depuis le 1er février 2015. Par un courriel du 2 mars 2022, M. A a été informé de l'existence d'un trop-perçu de rémunération à hauteur de 14 849,12 euros résultant de la régularisation du montant de l'indemnité de fonctions, de sujétion et d'expertise (IFSE) pour la période de novembre 2020 à février 2022. Par des courriers du 23 mars et du 15 avril 2022, adressés au directeur des ressources humaines du ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires, d'une part et au président de la République et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, d'autre part, M. A a sollicité une remise gracieuse. Par un courrier du 17 juin 2022, réceptionné par les services du ministère de la transition écologique le 22 juin suivant, le requérant a sollicité l'indemnisation des préjudices subis du fait des illégalités fautives commises par l'administration dans le recouvrement du trop-perçu de rémunération qui lui a été versé. Le requérant demande au tribunal, d'une part, d'annuler la décision par laquelle le directeur des ressources humaines du ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires a implicitement rejeté sa demande de remise gracieuse et, d'autre part, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 128 492 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait des illégalités fautives commises par l'administration.
Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".
3. Si le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires fait valoir que dans sa réclamation préalable du 23 mars 2022 adressée au directeur des ressources humaines du ministère, M. A s'est borné à présenter une demande de remise gracieuse du montant qui serait dû à savoir 14 849,12 euros, sans demander l'engagement de la responsabilité de l'Etat et la condamnation de ce dernier à lui payer une indemnité en réparation des préjudices qu'il estimait avoir subis, il résulte de l'instruction que le requérant a saisi l'administration d'une demande d'indemnisation des préjudices subis du fait des illégalités fautives commises par l'administration dans le recouvrement du trop-perçu de rémunération qui lui a été versé, sur la période de novembre 2020 à février 2022, réceptionnée le 22 juin 2022. Par suite, le requérant peut se prévaloir d'un rejet implicite de sa demande et, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle l'administration a décidé de récupérer l'indu par voie de retenues sur salaires.
4. En premier lieu, aux termes de l'article 40 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Lorsque le comptable public constate qu'un paiement n'était pas dû en totalité ou en partie, il peut exercer directement une action en restitution de l'indu à l'encontre du débiteur dans les conditions prévues par les articles 1302 à 1302-3 du code civil. Il peut également en informer l'ordonnateur en vue de l'engagement par ce dernier d'une procédure visant au recouvrement de la créance ".
5. Il appartient à un comptable public d'opérer, le cas échéant, une compensation entre les sommes dues à un agent et le montant des sommes dues par cet agent et dont le recouvrement est poursuivi. Cette compensation ayant lieu de plein droit, elle peut être opposée par le comptable sans qu'il soit besoin que l'autorité administrative compétente ait rendu exécutoire l'ordre de reversement. La retenue sur traitement n'a pas le caractère d'une sanction disciplinaire, mais constitue une mesure purement comptable qui n'est soumise à aucune procédure particulière. Elle n'exige, en conséquence, ni que l'intéressé ait été mis en mesure de présenter sa défense, ni même qu'il ait été préalablement informé de la décision prise à son encontre avant que celle-ci ne soit exécutée.
6. Il résulte des dispositions susmentionnées que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'administration aurait commis des fautes en s'abstenant d'émettre, préalablement à la retenue sur salaire, un titre de recette, ni qu'elle aurait dû l'en avertir préalablement, ni même qu'elle était dans l'obligation de motiver lesdites retenues. Par ailleurs, si le requérant se prévaut de la méconnaissance des articles 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen qui consacrent respectivement, le droit à un procès équitable et l'égalité devant la loi, il n'assortit son moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.
7. En deuxième lieu, sous réserve de dispositions législatives ou réglementaires contraires et hors le cas où il est satisfait à une demande du bénéficiaire, l'administration ne peut retirer une décision individuelle créatrice de droits, si elle est illégale, que dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. Une décision administrative explicite accordant un avantage financier crée des droits au profit de son bénéficiaire alors même que l'administration avait l'obligation de refuser cet avantage. En revanche, n'ont pas cet effet les mesures qui se bornent à procéder à la liquidation de la créance née d'une décision prise antérieurement. Pour l'application de ces règles relatives la détermination de la rémunération des agents publics, le maintien du versement d'un avantage financier ne peut être assimilé à une décision implicite accordant un avantage financier et constitue une simple erreur de liquidation non créatrice de droits. Il appartient à l'administration de corriger cette erreur et de réclamer le reversement des sommes payées à tort, sans que l'agent intéressé puisse se prévaloir de droits acquis à l'encontre d'une telle demande de reversement.
8. Il n'est pas contesté qu'à la suite d'une régularisation du montant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise en novembre 2020, à hauteur de 925,76 euros, une erreur de l'administration a entrainé le versement jusqu'en février 2022, du montant mensuel de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise augmenté du montant de la régularisation qui n'était due que pour le mois de novembre 2020. Par suite, dès lors que l'administration n'a commis qu'une erreur de liquidation, l'intéressé ne peut se prévaloir de droits acquis à l'encontre de la demande de reversement.
9. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit, il résulte de l'instruction que l'administration a estimé que M. A était redevable d'un montant total de 14 849,12 euros correspondant à un indu d'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise sur la période de novembre 2020 à février 2022. Si le requérant soutient que l'administration n'est pas parvenue à reconstituer avec exactitude et précision, le montant de ses rémunérations, il n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause le calcul comptable effectué.
10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle l'administration a décidé de récupérer l'indu par voie de retenues sur salaires.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande en date du 23 mars 2022 par laquelle il sollicitait une remise gracieuse.
11. M. A n'a soulevé aucun moyen à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande en date du 23 mars 2022 par laquelle il sollicitait une remise gracieuse. En tout état de cause, à supposer même qu'il ait entendu soulever le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, le requérant ne fait état d'aucune circonstance particulière justifiant que lui soit accordée une remise gracieuse. Par suite, ses conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande en date du 23 mars 2022 ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
12. Il résulte de l'instruction non seulement que le trop-perçu litigieux trouve son origine dans une erreur de liquidation du traitement de M. A commise par l'administration mais également que le paiement des indus a perduré pendant une période de seize mois, de novembre 2020 à février 2022 et enfin, que les erreurs commises dans le versement du traitement étaient difficilement détectables par le requérant dès lors que depuis 2017, année de la promotion au grade d'attaché d'administration hors classe de M. A, l'administration avait effectué de nombreuses régularisations sur son traitement, ce qui rendait difficile l'appréhension parfaite du montant de son traitement. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de considérer que l'indu en cause est principalement imputable à l'administration.
13. Il résulte de ce qui précède qu'en ayant procédé, du fait d'une erreur de liquidation, à des versements indus et, en exigeant le remboursement du trop-perçu à compter de mars 2022, l'administration a commis une négligence fautive de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
14. Toutefois, si M. A estime avoir subi un préjudice financier dès lors d'une part, qu'il a été contraint de suspendre et de modifier un projet immobilier en cours, il se borne à produire des simulations bancaires n'établissant pas qu'il aurait effectivement souscrit un emprunt pour financer son projet immobilier, d'autre part, si l'intéressé a déposé une demande de permis de construire modificatif, le 16 novembre 2023, pour diminuer l'emprise au sol de son projet de construction, et s'il produit des factures d'architecte et de mission d'ingénierie afférentes à sa première demande de permis de construire, en date du 10 novembre 2021, en tout état de cause, il n'établit pas que le dépôt de ce permis de construire modificatif lui aurait engendré des surcouts. Enfin, s'il se prévaut de l'augmentation du coût de son projet immobilier due à l'inflation, il ne résulte pas de l'instruction que l'intéressé aurait engagé des frais, ni même que le retard dans la réalisation de ce projet serait imputable à la diminution de ses capacités financières. Par suite, le requérant, qui ne justifie pas davantage occuper un logement en location, n'établit pas le préjudice financier allégué.
15. Par ailleurs, si M. A soutient avoir subi des troubles dans ses conditions d'existence, il n'en établit pas la teneur. Par suite, ses demandes au titre de ce préjudice doivent être également rejetées.
16. Il résulte de qui précède que l'ensemble des conclusions de la requête de M. A doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques.
Copie sera adressée au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
Mme Zerdoud, conseillère,
M. Samson, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
La présidente,
Signé
A. Baux
La rapporteure,
Signé
I. Zerdoud La greffière,
Signé
H. Nicaise
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé
H. Nicaise
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026