mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2200783 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | EON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 juin 2022, M. A B, représenté par Me Eon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 janvier 2022 prise sur son recours administratif préalable obligatoire par la commission de recours de l'invalidité ;
2°) d'ordonner avant dire droit une expertise médicale aux fins de déterminer les taux d'invalidité des infirmités de stress post-traumatiques et de tendinopathie de la coiffe des rotateurs de l'épaule gauche ;
3°) à titre subsidiaire, de fixer le taux d'invalidité de la tendinopathie de la coiffe des rotateurs de l'épaule gauche à 20 % ou, à titre très subsidiaire, à 15%.
Le requérant soutient que :
- la commission de recours de l'invalidité s'est bornée à prendre en compte la blessure psychique de guerre reçue au Mali sans prendre en compte l'enchevêtrement d'événements traumatiques survenus au cours de sa carrière opérationnelle très dense avec comme principaux événements un crash d'hélicoptère en 2012 et un traumatisme psychique lors de la mort subite de l'un de ses camarades à l'occasion d'un exercice ;
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le crash d'hélicoptère qui a eu lieu en 2012 et trois accidents lors de sauts en parachute en 2010, 2013 et 2014 n'ont pas été pris en compte pour évaluer le taux d'invalidité de l'infirmité de tendinopathie de la coiffe des rotateurs.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2024, et un mémoire, enregistré le 8 juillet 2024 et non communiqué, le ministre des armées conclut au rejet de la requête. Le ministre fait valoir que les moyens de la requête de M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Nathalie Sadat, rapporteure ;
- les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Eon, avocat de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né le 11 janvier 1984, s'est engagé le 29 octobre 2001 dans l'armée de l'air et a servi au sein des forces spéciales. Il a été rayé des contrôles le 1er septembre 2022. Il était titulaire d'une pension militaire d'invalidité au taux de 55 % pour un état de stress post-traumatique et des séquelles de luxation de l'épaule droite. Par des courriers du 25 septembre 2019, il a sollicité l'étude d'une nouvelle infirmité pour traumatisme de l'épaule gauche et le renouvellement du bénéfice du droit à pension pour l'infirmité de stress post traumatique. Par une décision du 8 mars 2021, son droit à pension a été concédé avec un taux global de 65 % au titre de l'infirmité constituée par un stress post-traumatique dont le droit à pension a été renouvelé au taux de 40 % et converti en pension définitive et au titre d'une nouvelle infirmité concédée à titre temporaire, constituée par une tendinopathie calcifiante de la coiffe des rotateurs de l'épaule gauche avec un taux de 20 %, dont 10 %, non imputable, lié à un état antérieur. Par un recours administratif préalable enregistré le 24 septembre 2021, M. B a contesté les taux d'invalidité qui lui ont été attribués s'agissant de l'état de stress post-traumatique et de la tendinopathie calcifiante de la coiffe des rotateurs de l'épaule gauche, invoquant leur sous-estimation. Par une décision du 19 janvier 2022, la commission de recours de l'invalidité a partiellement fait droit à la demande en portant le taux d'invalidité de l'infirmité de stress post-traumatique de 40 à 50 %, elle n'a en revanche pas fait droit à la demande relative à la tendinopathie. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 125-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Le taux d'invalidité reconnu à chaque infirmité examinée couvre l'ensemble des troubles fonctionnels et l'atteinte à l'état général ". Aux termes de l'article R. 121-3 du même code : " La pension temporaire est concédée pour trois années à compter du point de départ défini à l'article L. 151-2. / Elle est convertible en pension définitive à l'issue d'une ou de plusieurs périodes de trois ans, après examens médicaux ". Aux termes de l'article D. 125-4 dudit code : " Le taux d'invalidité mentionné à l'article L. 125-1 est déterminé par le guide-barème des invalidités annexé au présent code () ". Enfin, aux termes de l'article L. 151-2 de ce code : " La pension militaire d'invalidité prévue par le présent code est attribuée sur demande de l'intéressé. L'entrée en jouissance est fixée à la date du dépôt de la demande. / Il en est de même de la date d'entrée en jouissance de la pension révisée pour aggravation ou pour prise en compte d'une infirmité nouvelle ".
3. Le requérant soutient que l'administration n'a pas pris en compte la réitération de traumatismes psychiques extrêmement violents qu'il a subis et qu'en ne faisant pas référence à ces circonstances la commission de recours de l'invalidité a commis une erreur d'appréciation. A l'appui de sa requête, l'intéressé produit un certificat médical daté du 13 janvier 2022 établi par un psychiatre spécialiste des armées, du service de psychiatrie de l'hôpital d'instruction des armées de Toulon, qui récapitule les différents événements traumatiques subis par M. B, et détaille la symptomatologie psychotraumatique en précisant qu'elle s'accompagne d'une clinique dépressive, d'une tristesse de l'humeur, d'une anhédonie, d'une vision négative de soi et des autres, ainsi que de difficultés de projections dans l'avenir. Il produit également un certificat médical établi par un psychiatre le 14 juin 2022 qui indique que l'intéressé présente un état de stress post-traumatique aggravé d'un trouble dépressif majeur d'intensité sévère et que cette symptomatologie est accompagnée de troubles cognitifs dont l'origine est à la fois psychiatrique et neurologique. Il se prévaut enfin d'un compte-rendu d'une psychologue clinicienne daté du 7 décembre 2021 par lequel cette dernière préconise une réévaluation sur le plan médical de l'état psychologique de l'intéressé.
4. Il résulte de l'instruction que l'expertise réalisée par un psychiatre désigné par l'administration fait certes état de la relation entre l'infirmité constituée par un stress post-traumatique et l'opération extérieure au Mali, mais qu'elle mentionne également des opérations de guerre en Afghanistan ainsi que des symptômes apparus en 2016 puis en 2018, soit postérieurement aux traumatismes vécus au Mali en 2013. La décision de la commission de recours de l'invalidité s'appuie sur ces constats et relève que l'intéressé a été confronté à des événements traumatiques, à des scènes de guerre et à la mort. En outre, la commission de recours a reconnu que M. B souffre d'un syndrome anxiodépressif justifiant que le taux d'invalidité de cette infirmité soit porté à 50 %. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la commission de recours de l'invalidité n'aurait pas pris en compte l'ensemble des traumatismes qu'il a subis ainsi que leurs symptômes. En tout état de cause, par les éléments qu'il produit, l'intéressé n'établit pas que son infirmité liée à un stress post-traumatique devrait ouvrir droit à un taux d'invalidité supérieur à 50 %. Il suit de là que M. B n'est pas fondé à soutenir que le taux d'invalidité retenu pour l'infirmité constituée par un syndrome de stress post-traumatique a été sous-estimé.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code de pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Ouvrent droit à pension : 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service () ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Est présumée imputable au service : / 1° Toute blessure constatée par suite d'un accident, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service ". Aux termes de son article L. 121-2-3 : " La recherche d'imputabilité est effectuée au vu du dossier médical constitué pour chaque militaire lors de son examen de sélection et d'incorporation. / Dans tous les cas, la filiation médicale doit être établie entre la blessure ou la maladie ayant fait l'objet de la constatation et l'infirmité invoquée ".
6. Il résulte des dispositions précitées que, lorsque le demandeur d'une pension ne peut pas bénéficier de la présomption légale d'imputabilité au service, il incombe à ce dernier d'apporter la preuve que l'infirmité a eu sa cause certaine, directe et déterminante dans le service ou dans une infirmité déjà pensionnée. Cette preuve ne saurait résulter de la seule circonstance que l'infirmité soit apparue durant le service, ni d'une hypothèse médicale, ni d'une vraisemblance, ni d'une probabilité, aussi forte soit-elle, ni des conditions générales de service partagées par l'ensemble des militaires servant dans la même unité et soumis de ce fait à des contraintes et des sujétions identiques.
7. D'une part, il résulte de l'instruction que le registre des constatations des blessures, infirmités et maladies survenues pendant le service mentionne uniquement un traumatisme psychologique à la suite d'un " poser d'urgence " d'un hélicoptère le 12 juillet 2012. En outre, pour ce qui est des sauts en parachute dont se prévaut le requérant, s'il produit un rapport d'échographie de l'épaule gauche qui indique " une évolution à bas bruit depuis deux ans ", une attestation d'un kinésithérapeute, plusieurs prescriptions médicamenteuses, un compte-rendu d'IRM, le courrier d'un professeur de médecine ainsi qu'un certificat médical récapitulatif, ces éléments non circonstanciés ne permettent pas d'établir qu'un fait de service serait à l'origine de la part reconnue non imputable au service de l'infirmité constituée par une tendinopathie de l'épaule gauche. Par suite, le requérant n'est pas fondé à invoquer une relation directe, certaine et déterminante entre cette part d'infirmité reconnue non imputable par la décision du 19 janvier 2022 et le service.
8. D'autre part, si le requérant soutient que l'expert qui l'a examiné à la demande de l'administration a retenu un taux de 13 % d'invalidité et que ce taux aurait dû être arrondi à 15 % comme cela est la règle dès lors que l'administration n'a développé aucune critique à l'encontre du rapport de cet expert, ce moyen n'est pas assorti de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.
9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'ordonner la mesure d'expertise demandée par M. B, celui-ci n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 19 janvier 2022 de la commission de recours de l'invalidité. Sa requête doit donc être rejetée.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des armées et des anciens combattants.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, où siégeaient :
- M. Pierre Monnier, président ;
- M. Jan Martin, premier conseiller ;
- Mme Nathalie Sadat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
N. SADATLe président,
Signé
P. MONNIER
La greffière,
Signé
H. MANNONI
La République mande et ordonne au ministre des armées et des anciens combattants en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
H. MANNONI
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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01/06/2026