lundi 29 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2200798 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | ALEXANDRE-LEVY-KAHN-BRAUN & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 juin 2022 et le 22 juillet 2022, le syndicat des copropriétaires de la résidence du parc Billelo, représenté par la SCP MM et A, demande au juge des référés :
1°) sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au centre hospitalier d'Ajaccio d'exécuter les travaux provisoires de réparation des canalisations lui appartenant et situées sous le talus de la copropriété, ainsi que les travaux de confortement provisoire de ce talus, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Ajaccio une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le centre hospitalier doit exécuter sans délai les travaux provisoires de réparation des canalisations dont il est le maître d'ouvrage et faire réaliser des travaux de confortement provisoire du talus ;
- la condition d'urgence est remplie eu égard au risque d'effondrement du talus ;
- le transfert des activités de l'établissements public de santé sur un autre site ne peut justifier de différer l'exécution des travaux provisoires eu égard au risque d'effondrement du talus à la suite de pluies d'orage ;
- sa demande ne se heurte à aucune contestation sérieuse eu égard au rôle déterminant des fuites des canalisations du centre hospitalier dans l'instabilité du talus ;
- le rapport de l'expert n'est pas entaché d'irrégularité ;
- le retard du centre hospitalier à réparer ses canalisations est fautif.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 juillet 2022 et le 2 août 2022, le centre hospitalier d'Ajaccio, représenté par le cabinet Alexandre-Levy-Kahn-Braun et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge du syndicat des copropriétaires de la résidence du parc Billelo au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie, en l'absence de danger immédiat ;
- une opération d'aménagement urbain va être réalisée sur le site après le transfert, à l'automne 2022, de ses activités dans un autre quartier ;
- ses observations n'ont pas été consignées dans le rapport d'expertise ;
- l'expert, qui a répondu aux observations du syndicat des copropriétaires et pas aux siennes, a manqué à son obligation d'impartialité ;
- les désordres ne sont pas imputables aux canalisations dont il est le maître d'ouvrage mais à l'absence de réalisation des murs de soutènement du talus et à la configuration particulière des lieux ;
- les eaux usées s'écoulant en pied de talus ne proviennent pas de son réseau ;
- l'instabilité du talus en résultant a probablement endommagé ses canalisations ;
- les travaux réalisés à son insu par la copropriété pour créer puis désolidariser son propre réseau ont pu endommager le réseau d'évacuation des eaux usées et pluviales du centre hospitalier.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le code de justice administrative ;
Considérant ce qui suit :
1. La copropriété de la résidence du parc Billelo regroupe trois immeubles d'habitation collectifs dénommés " Girolata ", " Valinco " et " S ", lequel comprend en rez-de-chaussée un local commercial à usage de station-service, en contrebas d'un talus abrupt bordant la voie interne de la copropriété et appartenant à celle-ci. Trois éboulements ou glissements du talus sont survenus le 27 décembre 2000, puis au mois de janvier 2003 et à la fin de l'année 2013. A la suite du dépôt du rapport de l'expert désigné le 11 avril 2003, le tribunal de grande instance d'Ajaccio a, par un jugement du 19 mars 2012, relevé que le mauvais état du réseau d'évacuation des eaux usées et des eaux pluviales du centre hospitalier d'Ajaccio et son sous-dimensionnement dans la partie traversant le fonds de la résidence du parc Billelo, à laquelle s'ajoutait une cause secondaire, constituée par la surcharge des eaux usées provenant de deux immeubles de la copropriété, étaient à l'origine du dommage, a condamné, pour sa part de responsabilité fixée à 20 %, le syndicat des copropriétaires de la résidence du parc Billelo à indemniser les dommages subis par la société propriétaire de la station-service et a rejeté ses conclusions dirigées contre le centre hospitalier d'Ajaccio comme portées devant une juridiction incompétente. Par un arrêt n° 17MA03547 du 19 septembre 2019, la cour administrative d'appel de Marseille a considéré que le mauvais état du réseau d'évacuation des eaux usées et des eaux pluviales récupérées du centre hospitalier, ainsi que son sous-dimensionnement dans la partie traversant le fonds de la résidence du parc Billelo, constituaient la cause principale des éboulements successifs du talus qui surplombe la station-service et que le dommage, qui présente un caractère accidentel, a été aggravé par le raccordement sur ce réseau des deux canalisations d'eaux usées des immeubles " Girolata " et " Valinco ". Elle a en conséquence condamné le centre hospitalier d'Ajaccio à verser au propriétaire de la station-service la somme de 23 782,46 euros au titre des travaux de confortement du talus réalisés à la suite du premier éboulement. Le nouvel exploitant de la station-service a mis en demeure le syndicat des copropriétaires de la résidence du parc Billelo, le 25 mars 2020, de faire exécuter les travaux de confortement définitifs du talus. Le syndicat demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au centre hospitalier d'Ajaccio d'exécuter les travaux provisoires de réparation des canalisations lui appartenant et situées sous le talus de la copropriété, ainsi que les travaux de confortement provisoires de ce talus.
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. "
3. Saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En particulier, le juge des référés peut, pour prévenir ou faire cesser un dommage imputable à des travaux publics ou à un ouvrage public, enjoindre au responsable du dommage de prendre des mesures conservatoires destinées à faire échec ou mettre un terme à des dangers immédiats, en l'absence de contestation sérieuse tant sur l'imputabilité du dommage à ces travaux publics ou l'ouvrage public que sur la faute que commet la personne publique en s'abstenant, hors toute justification par un motif d'intérêt général ou par les droits des tiers, de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets.
4. Le défaut d'étanchéité du réseau d'évacuation des eaux usées et des eaux pluviales du centre hospitalier d'Ajaccio et son sous-dimensionnement dans la partie traversant le fonds de la résidence du parc Billelo ont été à l'origine des désordres initiaux à hauteur de 80 %. Le syndicat des copropriétaires a fait procéder en 2013 à la création de son propre réseau d'évacuation des eaux usées des immeubles " Girolata " et " Valinco ". Si le centre hospitalier d'Ajaccio fait valoir qu'il a fait réaliser en 2012 des travaux de remise en état de son réseau et qu'aucune cassure des canalisations enterrées n'a été relevée lors d'une inspection visuelle pratiquée en avril 2020 qui a constaté un fonctionnement normal du réseau, son représentant a toutefois précisé au cours des opérations d'expertise qu'aucuns travaux n'avaient été réalisés sur la partie des canalisations, relevant du réseau dont l'établissement public de santé est le maître d'ouvrage, traversant la résidence du parc Billelo. L'expert, dont le rapport satisfait ainsi suffisamment aux exigences de l'article R. 621-7 du code de justice administrative et qui n'est pas entaché d'impartialité, relève néanmoins, en réponse aux observations émises par le centre hospitalier d'Ajaccio au cours des opérations, qu'une partie, estimée à 3 %, du réseau d'évacuation des eaux usées et des eaux pluviales de l'établissement public de santé, continue de traverser la copropriété. Si le centre hospitalier fait en outre valoir que les eaux de ruissellement peuvent, eu égard à la configuration des lieux, concourir à l'instabilité du talus, il ne résulte pas de l'instruction qu'elles en seraient la cause déterminante. Par ailleurs, l'établissement public de santé ne produit en tout état de cause aucun commencement de justification de ce que cette partie du réseau lui appartenant aurait pu être endommagée lors de l'exécution de travaux entrepris par le syndicat des copropriétaires. L'instabilité du talus trouve ainsi son origine, au moins pour partie, dans l'état du réseau du centre hospitalier d'Ajaccio. Il suit de là qu'en l'état de l'instruction, la demande relative à l'exécution de travaux provisoires de réparation des canalisations appartenant au centre hospitalier et situées sous le talus de la copropriété ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
5. Il résulte de l'instruction que, ainsi d'ailleurs qu'il a été indiqué au point précédent, le centre hospitalier d'Ajaccio n'a entrepris aucuns travaux de réparation de la partie du réseau d'évacuation des eaux usées et des eaux pluviales dont il est le maître d'ouvrage et dont le parcours traverse la copropriété de la résidence du parc Billelo. Eu égard au nombre et à l'ancienneté des glissements de terrain dont les causes ont été déterminées par plusieurs rapports d'expertise, la carence du centre hospitalier d'Ajaccio présente un caractère fautif.
6. Si le centre hospitalier d'Ajaccio fait valoir que le site va faire l'objet d'une opération d'aménagement urbain après le transfert de l'établissement de santé à l'automne 2022 dans un autre quartier d'Ajaccio, cette circonstance ne justifie en tout état de cause pas la carence du centre hospitalier eu égard à la nécessité de réparer la partie défectueuse du réseau qui continuera d'évacuer les eaux pluviales qu'il recueille indépendamment de l'exercice de l'activité hospitalière.
7. L'exécution de travaux provisoires de réparation des canalisations appartenant au centre hospitalier et situées sous le talus de la copropriété, qui est de nature à prévenir un nouvel effondrement du talus, présente un caractère utile.
8. Eu égard au caractère imprévisible et soudain d'un éventuel glissement de terrain, et à l'urgence relevée par l'expert, le danger pouvant en résulter pour les personnes et les risques pour les biens présentent un caractère immédiat. Le syndicat des copropriétaires de la résidence du parc Billelo justifie de l'urgence à prescrire la mesure mentionnée au point précédent.
9. Le centre hospitalier d'Ajaccio ne saurait, en revanche, être tenu de réaliser les travaux de confortement provisoires du talus appartenant à la copropriété de la résidence du parc Billelo dont il ne résulte pas de l'instruction qu'il constituerait un ouvrage public.
10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner au centre hospitalier d'Ajaccio de faire procéder dans un délai de quatre mois aux travaux conservatoires de réparation de la partie du réseau d'évacuation des eaux usées et des eaux pluviales dont il est le maître d'ouvrage dans sa traversée de la copropriété de la résidence du parc Billelo. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par le syndicat des copropriétaires de la résidence du parc Billelo.
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier d'Ajaccio une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le syndicat des copropriétaires de la résidence du parc Billelo et non compris dans les dépens.
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du syndicat des copropriétaires de la résidence du parc Billelo, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par le centre hospitalier d'Ajaccio au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
ORDONNE
Article 1er : Il est enjoint au centre hospitalier d'Ajaccio de faire procéder dans un délai de quatre mois aux travaux conservatoires de réparation de la partie du réseau d'évacuation des eaux usées et des eaux pluviales dont il est le maître d'ouvrage dans sa traversée de la copropriété de la résidence du parc Billelo.
Article 2 : Le centre hospitalier d'Ajaccio versera au syndicat des copropriétaires de la résidence du parc Billelo une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions du centre hospitalier d'Ajaccio présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au syndicat des copropriétaires de la résidence du parc Billelo et au centre hospitalier d'Ajaccio.
Fait à Bastia, le 29 août 2022.
Le juge des référés,
Signé.
T. VANHULLEBUS
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé.
H. NICAISE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026