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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2200802

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2200802

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2200802
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juin 2022, Mme A B, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Haute-Corse a implicitement rejeté son recours gracieux formé à l'encontre de la décision de retenue sur salaire d'un montant de 222 euros sur son bulletin de paie du mois de février 2022 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Corse de lui restituer la somme de 222 euros retenue sur son bulletin de paie du mois de février 2022 et de lui communiquer le motif de la créance et le montant total des sommes mises en recouvrement ;

3°) de condamner le préfet de la Haute-Corse à lui verser la somme de 1 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi.

Elle soutient que :

- elle n'a pas été préalablement informée de la décision prise à son encontre ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit, en application des dispositions de l'article 94 de la loi de finances rectificative pour 2011, le recouvrement des sommes indument perçues ne pouvait lui être réclamé, la créance étant prescrite.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2022, le préfet de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que toutes les réponses et informations relatives à la créance en cause ont été communiquées à Mme B par la responsable du service des ressources humaines de la direction départementale des territoires de la Haute-Corse.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;

- la loi n° 2011-1978 du 28 décembre 2011 de finances rectificative pour 2011 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zerdoud, conseillère ;

- et les conclusions de Mme Castany, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est secrétaire d'administration et de contrôle du développement durable au sein de la direction départementale des territoires (DDT) de la Haute-Corse, depuis le mois de mai 2016. Un montant de 222 euros a été retenu sur son salaire du mois de février 2022. Par un courriel en date du 24 février 2022, la requérante a saisi la responsable du service des ressources humaines d'une demande d'information concernant cette retenue. Par un courrier du 5 avril 2022, réceptionné par les services de la préfecture le 7 avril 2022, l'intéressée a formé un recours gracieux à l'encontre de la décision portant retenue sur son salaire du mois de février 2022 et a sollicité l'indemnisation de son préjudice moral. Mme B demande l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Haute-Corse a implicitement rejeté son recours gracieux et la condamnation de l'administration à l'indemniser de son préjudice moral.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 40 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Lorsque le comptable public constate qu'un paiement n'était pas dû en totalité ou en partie, il peut exercer directement une action en restitution de l'indu à l'encontre du débiteur dans les conditions prévues par les articles 1302 à 1302-3 du code civil. Il peut également en informer l'ordonnateur en vue de l'engagement par ce dernier d'une procédure visant au recouvrement de la créance ".

3. Il appartient à un comptable public d'opérer, le cas échéant, une compensation entre les sommes dues à un agent et le montant des sommes dues par cet agent et dont le recouvrement est poursuivi. Cette compensation ayant lieu de plein droit, elle peut être opposée par le comptable sans qu'il soit besoin que l'autorité administrative compétente ait rendu exécutoire l'ordre de reversement. La retenue sur traitement n'a pas le caractère d'une sanction disciplinaire, mais constitue une mesure purement comptable qui n'est soumise à aucune procédure particulière. Elle n'exige, en conséquence, ni que l'intéressé ait été mis en mesure de présenter sa défense, ni même qu'il ait été préalablement informé de la décision prise à son encontre avant que celle-ci ne soit exécutée.

4. Il résulte des dispositions susmentionnées que Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'administration aurait dû, préalablement à la retenue sur salaire, l'en avertir, ni même qu'elle était dans l'obligation de motiver ladite retenue. Par suite, le moyen ainsi articulé est inopérant.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000, dans sa rédaction issue de l'article 94 de la loi du 28 décembre 2011 portant loi de finances rectificative pour 2011 : " Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive () ".

6. Il résulte de ces dispositions qu'une somme indûment versée par une personne publique à l'un de ses agents au titre de sa rémunération peut, en principe, être répétée dans un délai de deux ans à compter du premier jour du mois suivant celui de sa date de mise en paiement sans que puisse y faire obstacle la circonstance que la décision créatrice de droits qui en constitue le fondement ne peut plus être retirée.

7. En l'espèce, si la requérante doit être regardée comme soutenant que la dette en cause serait prescrite, il ressort du courriel en réponse de la DREAL qui lui a été adressé le 25 février 2022 ainsi que de la mention " régul TPP 022020 à 022022 " figurant sur le bulletin de paie du mois de février 2022 que l'administration n'a régularisé le trop-perçu de " transfert primes / points " que pour la période allant du mois de février 2020 à celui de février 2022, soit sur une période de deux ans, alors même que l'erreur en cause daterait de 2019. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'administration aurait méconnu les dispositions citées au point 5.

8. En dernier lieu, si la requérante soutient que l'administration aurait dû lui proposer un échéancier pour l'apurement de sa dette avant d'opérer des retenues sur son salaire, en tout état de cause, il ne ressort d'aucune disposition législative ou réglementaire que l'administration était tenue, de sa propre initiative, de proposer un tel échéancier.

Sur les conclusions indemnitaires :

9. Il résulte de ce qui a été précédemment dit que la décision attaquée n'est entachée d'aucune illégalité. Par suite, en l'absence de faute du préfet de la Haute-Corse, les conclusions indemnitaires présentées par Mme B fondées sur l'illégalité de la décision attaquée ne peuvent qu'être rejetées.

10. Il résulte de ce qui précède que cette requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Haute-Corse.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Zerdoud, conseillère,

M. Samson, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

La présidente,

Signé

A. Baux

La rapporteure,

Signé

I. Zerdoud

La greffière,

Signé

H. Nicaise

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui le concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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