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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2200872

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2200872

mardi 28 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2200872
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS PIERRE-PAUL MUSCATELLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 13 juillet 2022, les 18 avril, 27 mai et 4 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Bélaïche, demande au tribunal :

1°) à titre principal :

- d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil exécutif de Corse a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;

- d'enjoindre à la collectivité de Corse :

. de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;

. de lui communiquer son dossier administratif personnel et son dossier médical ;

- d'ordonner une expertise médicale afin de déterminer les différents chefs de préjudice dont elle a été victime ;

- de condamner la collectivité de Corse à l'indemniser de son entier préjudice ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner la collectivité de Corse :

- à lui verser une provision de 1 500 euros à valoir sur le montant total et définitif de son indemnisation ;

- à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation de son préjudice.

3°) en tout état de cause, de mettre à la charge de la collectivité de Corse la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- ses conclusions indemnitaires sont recevables, sa demande préalable n'ayant pas à être chiffrée, dès lors qu'elle a sollicité une expertise judiciaire ;

- la responsabilité de l'administration est engagée dès lors qu'elle n'a pas obtenu la protection fonctionnelle contre le harcèlement moral dont elle a été victime.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 mars 2024, le 7 mai 2024, le 24 juin 2024 et le 13 septembre 2024, la collectivité de Corse, représentée par la SELARL Pierre-Paul Muscatelli, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions indemnitaires de la requérante sont irrecevables, en l'absence de réclamation préalable chiffrée ;

- les conclusions à fin de communication de documents administratifs sont irrecevables, en l'absence de saisine préalable de la commission d'accès aux documents administratifs ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Giansily substituant Me Muscatelli, représentant la collectivité de Corse.

Considérant ce qui suit :

1. Recrutée, en septembre 2016, en qualité de contractuelle, affectée au lycée Clémenceau de Sartène, pour exercer les fonctions d'agent de nettoyage, Mme B a, par un arrêté du président du conseil exécutif de Corse en date du 16 juillet 2019, été nommée adjointe technique territoriale stagiaire des établissements d'enseignement, au sein de ce lycée. La durée de ce stage ayant été prorogée par deux nouveaux arrêtés des 25 novembre 2020 et 4 mars 2021, ce dernier prononçant également sa réaffectation au lycée agricole de Sartène, par un nouvel arrêté du 2 juillet 2021, l'intéressée a été titularisée dans le cadre d'emploi d'adjointe technique territoriale. Alors que le 13 avril 2022, Mme B avait sollicité le président du conseil exécutif de Corse afin que lui soit accordé le bénéfice de la protection fonctionnelle, dans le silence de l'administration, le 18 juillet 2022, l'intéressée lui adressait une réclamation indemnitaire qui restera également sans réponse. Ainsi, par la présente requête, Mme B demande notamment au tribunal de prononcer l'annulation de la décision par laquelle la collectivité de Corse a implicitement rejeté sa demande de protection fonctionnelle, d'ordonner une expertise médicale afin de déterminer le préjudice qu'elle estime en avoir subi et enfin, de condamner ladite collectivité à l'indemniser dudit préjudice.

2. Aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ". Selon les termes de l'article L. 134-1 dudit code : " L'agent public ou, le cas échéant, l'ancien agent public bénéficie, à raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire, dans les conditions prévues au présent chapitre. ". Enfin, aux termes de l'article L. 134-5 du même code : " La collectivité publique est tenue de protéger l'agent public contre les atteintes volontaires à l'intégrité de sa personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. / Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté ".

3. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

4. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que Mme B, alors agente contractuelle chargée du nettoyage au sein du lycée Clémenceau de Sartène, a adressé, entre septembre et novembre 2020, plusieurs courriels à son administration afin de se plaindre de ses mauvaises conditions de travail et de tensions relationnelles avec sa hiérarchie, entraînant un syndrome douloureux musculo-tendineux chronique et articulaire, aggravé par un syndrome anxiodépressif, ainsi que le relèvent plusieurs documents médicaux. D'autre part, il est constant que cinq mois se sont écoulés entre la prise de fonctions de Mme B, en juillet 2022, en tant qu'agent titulaire d'accueil au lycée agricole de Sartène et la recherche par son employeur d'équipements de travail adaptés à ses nouvelles fonctions, tels qu'un ordinateur, un téléphone et un fauteuil ergonomique. Toutefois, il ressort des pièces produites en défense, sans que cela soit contesté par la requérante que, d'une part, à la suite des courriels précités, son affectation a été rapidement modifiée, l'intéressée ayant été " mutée ", à sa plus grande satisfaction, dès le 24 novembre 2020, dans un nouvel établissement, lui permettant de changer d'environnement professionnel, d'autre part que l'intéressée, en dépit de sa manière de servir peu satisfaisante et de son comportement professionnel inapproprié, a vu son stage prorogé, à deux reprises, cette prorogation n'ayant pas fait obstacle à sa titularisation, le 2 juillet 2021, mais également que faisant suite à la demande du médecin de prévention de la collectivité de Corse, saisi par la requérante, l'administration a procédé à son changement de poste de travail, l'affectant à des fonctions administratives d'accueil, et lui octroyant, par ailleurs, sur sa demande, le bénéfice d'un temps partiel thérapeutique, à hauteur de 60 %. Enfin, s'il est admis que l'administration a pu accuser un retard important dans l'octroi à Mme B des équipements de travail adaptés à ses nouvelles fonctions et n'a diligenté une étude ergonomique de son poste de travail qu'en mai 2022, un tel manquement ne saurait toutefois caractériser, à lui seul, des faits de harcèlement moral. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle, la collectivité de Corse aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le président du conseil exécutif de la collectivité de Corse a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle. Par suite, les conclusions à fin d'annulation et d'injonction de la requête tendant d'une part à ce que le bénéfice de la protection fonctionnelle lui soit accordé et à ce que son dossier administratif lui soit communiqué doivent être rejetées.

6. En outre, par voie de conséquence, en l'absence de toute illégalité fautive, les conclusions présentées par Mme B et tendant à la condamnation de la collectivité de Corse à l'indemniser de son entier préjudice, à ce que lui soit versée une provision sur l'indemnité à venir et à ce que soit diligentée une expertise qui en l'espèce ne pourrait être que frustratoire, doivent également être rejetées.

7. Enfin, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la collectivité de Corse, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme B une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la collectivité de Corse et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Mme B versera à la collectivité de Corse une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la collectivité de Corse.

Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Anne Baux, présidente ;

- M. Jan Martin, premier conseiller ;

- Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.

Le rapporteur,

J. MARTIN

La présidente,

A. BAUX

La greffière,

H. MANNONI

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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