jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2201032 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Avocat requérant | MERIDJEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 et 31 août 2022, Mme D A, représentée par Me Peres, demande au tribunal d'ordonner, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise médicale afin de déterminer l'étendue des préjudices qu'elle estime avoir subis à la suite de l'accident de la circulation dont elle a été victime sur la route départementale n° 80 sur le territoire de la commune de Brando, lieudit Lavasina, le 22 novembre 2014.
Elle soutient que :
- ses prétentions ne se heurtent pas à la prescription quadriennale ;
- le fait générateur, le préjudice ou le lien de causalité entre celui-ci et le fait générateur ne sont pas manifestement absents en l'état de l'instruction ;
- une expertise est utile, dans la perspective d'une action en responsabilité, pour évaluer l'ensemble des préjudices subis à la suite de l'accident dont elle a été victime, sur le territoire de la commune de Brando, qui a entraîné son véhicule dans une chute d'environ trente mètres au bord de la route départementale n° 80 qui ne disposait pas de dispositif de retenue routier.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2022, la commune de Brando, représentée par la SCP Lesage, Berguet, Gouard-Robert, conclut à ce qu'elle soit mise hors de cause et, en tout état de cause, au rejet de la requête et à ce que la somme de 700 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les prétentions de la requérante sont prescrites ;
- la matérialité des faits n'est pas établie ;
- le lien de causalité est manifestement absent entre un éventuel défaut d'entretien de la voie publique en cause et la survenance de l'accident ;
- l'accident s'est produit hors agglomération de sorte qu'elle ne peut être mise en cause dans la présente instance.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2022, la collectivité de Corse, représentée par Me Muscatelli, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les prétentions de la requérante sont prescrites ;
- la matérialité des faits n'est pas établie ;
- le lien de causalité est manifestement absent entre un éventuel défaut d'entretien de la voie publique en cause et la survenance de l'accident ;
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Corse qui n'a pas produit de mémoire.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Hanafi Halil, conseiller, pour statuer sur les demandes de référé présentées sur le fondement du livre V du code de justice administrative ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la voirie routière ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a été victime, sur la route départementale n° 80 (Haute-Corse), d'un accident de la circulation le 22 novembre 2014. Elle demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise médicale afin de déterminer l'étendue des préjudices qu'elle estime avoir subis.
2. En premier lieu, le premier alinéa de l'article L. 131-1 code de la voirie routière dispose que " Les voies qui font partie du domaine public routier départemental sont dénommées routes départementales. ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 131-2 du même code : " Les dépenses relatives à la construction, à l'aménagement et à l'entretien des routes départementales sont à la charge du département. "
3. Il résulte de l'instruction, en particulier des déclarations de la requérante, des photographies de l'huissier de justice qu'elle a commis et de celles produites par la commune de Brando, que si l'accident dont a été victime Mme A a eu lieu la route départementale n° 80 sur le territoire de la commune de Brando, cette portion de route se situait en dehors de l'agglomération. Dès lors, la commune de Brando est fondée à demander à être mise hors de cause.
4. En second lieu, aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".
5. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective, d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. A ce dernier titre, il ne peut faire droit à une demande d'expertise lorsque, en particulier, elle est formulée à l'appui de prétentions qui ne relèvent manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative, qui sont irrecevables ou qui se heurtent à la prescription. De même, il ne peut faire droit à une demande d'expertise permettant d'évaluer un préjudice, en vue d'engager la responsabilité d'une personne publique, en l'absence manifeste, en l'état de l'instruction, de fait générateur, de préjudice ou de lien de causalité entre celui-ci et le fait générateur.
6. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article 1 de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. " Aux termes de l'article 2 de la même loi : " La prescription est interrompue par : / Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement. () Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. () ". Dans le cas d'une créance indemnitaire détenue sur une collectivité publique au titre d'un dommage corporel engageant sa responsabilité, le point de départ du délai de prescription prévu par ces dispositions est le premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les infirmités liées à ce dommage ont été consolidées.
7. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expert désigné par le tribunal de grande instance de Bastia le 12 juillet 2017, que la date de consolidation, au demeurant non contestée dans la présente instance, des infirmités que Mme A impute à l'accident dont elle a été victime le 22 novembre 2014 a été fixée au 7 juillet 2017. Ainsi, le délai de prescription prévu par les dispositions rappelées au point précédent a commencé à courir à compter du 1er janvier 2018 pour s'achever le 31 décembre 2021. Il résulte également de l'instruction que Mme A a adressé une réclamation écrite tant à la commune de Brando qu'à la collectivité de Corse le 30 décembre 2021 de sorte que la prescription a été interrompue et qu'un nouveau délai de quatre ans a commencé à courir à compter du 1er janvier 2022. Dès lors, les prétentions à l'appui desquelles la demande d'expertise de Mme A est formulée ne se heurtent pas à la prescription quadriennale.
8. D'autre part, la responsabilité de la personne publique, propriétaire d'un ouvrage public, est engagée de plein droit à l'égard de l'usager victime d'un dommage, sans que l'intéressé ait à établir l'existence d'une faute à la charge de cette personne publique, si le dommage est effectivement imputable à un défaut d'entretien normal de l'ouvrage.
9. Il résulte de l'instruction, notamment des mentions du rapport d'expertise mentionné au point 7, que Mme A a été victime d'un accident de la circulation le 22 novembre 2014 sur la route départementale n° 80 (Haute-Corse) dans le sens nord/sud. Cet accident a justifié une hospitalisation dès le lendemain au centre hospitalier de Bastia où le praticien hospitalier du service de neurochirurgie a évalué, le 24 novembre 2014 à la demande des services de gendarmerie, l'incapacité temporaire totale provisoire de l'intéressée à quatre-vingt-dix jours. De plus, il résulte d'une facture établie le 5 janvier 2015 par une société de dépannage automobile et du témoignage, non sérieusement contesté, du gérant de celle-ci que ce dernier est intervenu, le 25 novembre 2014 et également à la demande des services de gendarmerie, afin de remonter le véhicule accidenté de Mme A se trouvant à une trentaine de mètres en contrebas de la route départementale n° 80, lieudit Lavasina, la chute du véhicule ayant été rendue possible en l'absence de dispositif de retenue routier le long de cette portion de route. Ainsi, eu égard à l'ensemble de ces éléments il n'apparaît pas, en l'état de l'instruction et alors que la collectivité de Corse ne soutient ni même n'allègue que cette portion de route aurait fait l'objet d'un entretien normal, que le fait générateur, le préjudice ou de lien de causalité entre celui-ci et le fait générateur seraient manifestement absents. Par suite, dans la perspective d'une action en indemnisation, la mesure d'expertise sollicitée, en vue de déterminer la nature et l'importance des préjudices subis par Mme A n'est pas dépourvue de caractère utile. Il y a lieu, en conséquence, d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 2 de la présente ordonnance.
10. Enfin, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes que la commune de Brando et la collectivité de Corse demandent au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La commune de Brando est mise hors de cause.
Article 2 : M. B C, inscrit sur le tableau des experts auprès de la cour administrative d'appel de Marseille, demeurant Clinique Maymard, 13 rue Marcel Paul à Bastia, est désigné avec pour mission de :
1°) se faire communiquer tous les documents médicaux utiles à sa mission ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme A ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;
2°) décrire l'état de santé actuel de Mme A ;
3°) préciser l'origine des affections dont se plaint Mme A et dire si elles sont imputables à l'accident dont elle a été victime le 22 novembre 2014 et, le cas échéant, dans quelle proportion (exprimée en pourcentage) ; préciser également, dans quelle proportion (exprimée en pourcentage), ces affections sont uniquement imputables à l'absence de dispositif de retenue routier le long de la portion de la route départementale n° 80 située peu avant l'entrée du lieudit Lavasina dans le sens nord/sud ;
4°) donner son avis sur la date de consolidation des blessures retenue par l'expert désigné par le tribunal de grande instance de Bastia le 12 juillet 2017 et décrire précisément la nature et l'étendue du préjudice actuel subi par Mme A, en relation directe avec l'absence de dispositif de retenue routier mentionné au point précédent de la mission, selon la nomenclature usuelle en distinguant les postes de préjudice temporaires, patrimonial et extrapatrimonial, avant consolidation et les postes de préjudice permanents, patrimonial et extrapatrimonial, après consolidation ou pouvant être considérés comme définitivement acquis ;
5°) donner son avis sur la répercussion de l'incapacité médicalement constatée sur la vie personnelle et professionnelle de Mme A ;
6°) fournir au tribunal, de manière générale, tous éléments susceptibles de lui permettre de statuer sur un éventuel recours en responsabilité.
L'expert disposera des pouvoirs d'investigations les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.
Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 4 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 5 : L'expertise aura lieu en présence de Mme A, de la collectivité de Corse et de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Corse.
Article 6 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 7 : L'expert déposera son rapport en deux exemplaires au greffe du tribunal dans un délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 8 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 9 : Les conclusions présentées par la commune de Brando et la collectivité de Corse sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 10 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A, à la commune de Brando, à la collectivité de Corse, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Corse et à M. B C, expert.
Fait à Bastia, le 10 novembre 2022.
Le juge des référés
Signé
H. HALIL
La République mande et ordonne au préfet de Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
H. MANNONI
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026