jeudi 25 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2201058 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat statuant seul |
| Avocat requérant | BARRATIER |
Vu les procédures suivantes :
I. Sous le n° 2101058, par une requête, enregistrée le 30 août 2022, Mme A B doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 juillet 2022 en tant qu'elle ne lui accorde qu'une remise partielle d'un montant de 140,57 euros au titre de son indu de prime d'activité ;
2°) de lui accorder le bénéfice d'une remise gracieuse totale de ses dettes.
La requérante soutient que :
- sa situation financière ne lui permet pas de rembourser sa dette ;
- elle n'a jamais fraudé et l'erreur est exclusivement imputable à la caisse d'allocations familiales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2022, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Corse, représentée par Me Barratier, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de Mme B à lui rembourser le solde de sa créance d'un montant de 206,32 euros. Elle fait valoir que la requérante ne justifie ni des informations qu'elle lui aurait données ni de la précarité de sa situation.
En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions reconventionnelles de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Corse, tendant à la condamnation de Mme B à lui verser la somme de 206,32 euros correspondant au solde de l'indu de prime d'activité, dès lors que l'organisme payeur dispose de la procédure de contrainte pour le recouvrement de ses prestations.
II. Sous le n° 2201068, par une requête, enregistrée le 2 septembre 2022, Mme A B doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 9 août 2022 en tant qu'elle ne lui accorde qu'une remise partielle d'un montant de 153 euros au titre de son indu d'aide personnalisée au logement ;
2°) de lui accorder le bénéfice d'une remise gracieuse totale de ses dettes.
La requérante soutient que :
- sa situation financière ne lui permet pas de rembourser sa dette ;
- elle n'a jamais fraudé et l'erreur est exclusivement imputable à la caisse d'allocations familiales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2022, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Corse, représentée par Me Barratier, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de Mme B à lui rembourser le solde de sa créance d'un montant de 153 euros. Elle fait valoir que la requérante a déclaré tardivement son déménagement et qu'elle ne justifie pas de la précarité de sa situation.
En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions reconventionnelles de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Corse, tendant à la condamnation de Mme B à lui verser la somme de 153 euros correspondant au solde de l'indu d'aide personnalisée au logement (APL), dès lors que l'organisme payeur dispose de la procédure de contrainte pour le recouvrement de ses prestations.
La caisse d'allocations familiales (CAF) de la Haute-Corse a produit des observations enregistrées le 9 février 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Pierre Monnier, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties le jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M Pierre Monnier, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Barratier, avocate de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Corse.
La clôture de l'instruction a été prononcée après les observations de Me Barratier.
Considérant ce qui suit :
1. D'une part, la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Haute-Corse a décidé de récupérer auprès de Mme B un indu de prime d'activité d'un montant de 562,28 euros. Mme B a demandé de lui accorder une remise gracieuse de cette dette. Le 28 juillet 2022, le directeur de la CAF de la Haute-Corse a décidé de lui accorder une remise partielle d'un montant de 140,57 euros. La requérante doit être regardée, dans la requête n° 2201058, comme demandant au juge de lui accorder le bénéfice d'une remise totale de sa dette.
2. D'autre part, par courrier du 2 novembre 2021, la CAF de la Haute-Corse a décidé de récupérer auprès de Mme B un paiement indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 306 euros. Mme B a demandé de lui accorder une remise gracieuse de cette dette. Le 9 août 2022, le directeur de la CAF de la Haute-Corse a décidé de lui accorder une remise partielle de la moitié de cette dette. La requérante doit être regardée, dans la requête n° 2201068, comme demandant au juge de lui accorder le bénéfice d'une remise des 153 euros laissés à sa charge.
3. Les requêtes n°s 2201058 et 2201068 émanent d'une même requérante et présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour qu'il en soit statué par un même jugement.
Sur le cadre juridique des différents litiges :
En ce qui concerne le litige relatif à la remise gracieuse d'APL :
4. En vertu des dispositions combinées des articles L. 812-1, L. 821-1, L. 823-9, L. 825-3, R. 825-2 et R. 825-3 du code de la construction et de l'habitation ainsi que des articles L. 553-2 et R. 142-1 du code de la sécurité sociale, les aides personnelles au logement, au nombre desquelles l'aide personnalisée au logement, sont liquidées et payées, pour le compte du fonds national d'aide au logement, c'est-à-dire au nom de l'Etat, par les organismes chargés de gérer les prestations familiales.
5. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 4 décide de récupérer un paiement indu d'aide personnelle au logement et que le bénéficiaire concerné, sans contester le principe ou la quotité de l'indu mis à sa charge, présente une demande de remise gracieuse de sa dette, le directeur de cet organisme, après avoir recueilli l'avis de la commission de recours amiable, peut décider d'accorder une remise totale ou de réduire le montant de la créance qu'il détient dans le cas où le débiteur est de bonne foi et que la précarité de sa situation le justifie. Lorsque l'allocataire a fait de fausses déclarations, lesquelles doivent s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives, ou s'est livré à des manœuvres frauduleuses, aucune remise de dette ne peut en revanche lui être accordée.
6. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'aide personnelle au logement, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.
En ce qui concerne le litige relatif à la remise gracieuse de prime d'activité :
7. En vertu des dispositions combinées des articles L. 841-1, L. 843-1, L. 845-2 et L. 845-3 du code de la sécurité sociale, la prime d'activité, qui a pour objet d'inciter les travailleurs aux ressources modestes, qu'ils soient salariés ou non-salariés, à l'exercice ou à la reprise d'une activité professionnelle et de soutenir leur pouvoir d'achat, est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants.
8. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 7 décide de récupérer un paiement indu de prime d'activité et que le ressortissant concerné, sans contester le principe ou la quotité de l'indu mis à sa charge, présente une demande de remise gracieuse de sa dette, l'organisme peut décider d'accorder une remise totale ou de réduire le montant de la créance qu'il détient dans le cas où le débiteur est de bonne foi et que la précarité de sa situation le justifie.
9. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de prime d'activité, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.
Sur le bien-fondé des demandes de remise gracieuse :
En ce qui concerne la condition liée à la bonne foi :
10. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé à l'aide personnalisée au logement à la prime d'activité ou sur leur montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. À cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.
11. D'une part, contrairement à ce que soutient Mme B, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait déclaré l'activité salariée qu'elle a exercé à compter du 10 janvier 2022, activité que les services de contrôle de la caisse d'allocations familiales ont détectée le 4 avril 2022. Dans ces conditions, sa bonne foi ne saurait être retenue dans la requête n° 2101058.
12. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander que lui soit accordée une remise totale de sa dette de prime d'activité.
13. D'autre part, il résulte de l'instruction que Mme B a déclaré dès le 26 septembre 2021 auprès des services de la caisse d'allocations familiales qu'elle allait déménager de l'appartement qu'elle occupait dans le département de la Gironde jusqu'au 30 septembre 2021 avant d'emménager dans son nouveau logement en Corse le 1er octobre 2021. L'allégation de la caisse d'allocations familiales selon laquelle cette information serait tardive n'est assortie d'aucun élément permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, Mme B est fondée à se prévaloir de sa bonne foi dans la requête n° 2201068.
En ce qui concerne la condition liée à la précarité :
14. La requérante n'apporte au soutien de sa demande aucun élément permettant d'établir à la date du présent jugement que l'état de précarité qu'elle invoque ferait obstacle au règlement de sa dette d'aide personnalisée au logement d'un montant de 153 euros.
15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander que lui soit accordée une remise totale de sa dette d'aide personnalisée au logement.
Sur les conclusions reconventionnelles présentées par la caisse d'allocations familiales de la Haute-Corse :
16. Aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée et sans préjudice des articles L. 133-4 du présent code (), le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ".
17. En application du principe selon lequel une personne morale de droit public ou privé chargée d'une mission de service public est irrecevable à demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre elle-même, l'organisme payeur n'est pas recevable à demander au tribunal de condamner un allocataire au remboursement de prestations qu'il a indûment perçues, dès lors qu'il dispose du pouvoir de délivrer une contrainte lui permettant de recouvrer une prestation indument versée qui, sauf opposition fondée, comporte les effets d'un jugement en application de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale.
18. Par suite, les conclusions reconventionnelles présentées par la caisse d'allocations familiales de la Haute-Corse, tendant à ce que le tribunal condamne Mme B à lui verser les sommes de 206,32 euros et 153 euros laissées à sa charge, sont irrecevables et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
DECIDE:
Article 1er : Les requêtes de Mme B sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions reconventionnelles de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Corse sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Corse.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
P. MONNIERLa greffière,
Signé
H. NICAISE
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
H. NICAISE
N°s 2201058 et 2201068
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026