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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2201335

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2201335

jeudi 5 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2201335
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantSELARL ITINERAIRES AVOCATS CADOZ - LACROIX - REY - VERNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 1er et 25 novembre 2022 et le 25 décembre 2022, M. A B, représenté par la SELARL PAP Avocats, demande au juge des référés du tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le syndicat de valorisation des déchets de Corse (SYVADEC), sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, à lui verser, à titre de provision, la somme de 51 901,14 euros augmentée des intérêts légaux et de la capitalisation de ces intérêts ;

2°) de mettre à la charge du SYVADEC la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a été victime d'un accident imputable au service ;

- il ne peut lui être reproché un défaut de respect des gestes et postures à adopter dès lors qu'aucune formation ne lui a été dispensée ;

- le SYVADEC doit réparer les préjudices personnels qu'il a subis du fait de cet accident, à savoir les déficits fonctionnels temporaire et permanent, les souffrances endurées, les préjudices esthétiques temporaire et permanent, le préjudice d'agrément, l'assistance à tierce personne, le préjudice moral ou les troubles dans ses conditions d'existence ;

- l'absence de formation pour la manutention manuelle de charges lourdes engage la responsabilité pour faute du SYVADEC ;

- il est fondé à demander l'indemnisation de l'incidence professionnelle dans le cas où aucune allocation temporaire d'invalidité ne lui serait attribuée.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 novembre 2022, le 12 décembre 2022 et le 3 janvier 2023, le syndicat de valorisation des déchets de Corse, représentée par la SELARL Itinéraires Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que le versement d'une somme de 1 500 euros soit mis à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'augmentation des prétentions indemnitaires au cours de l'instance en référé est sérieusement contestable dès lors qu'elle ne serait pas recevable dans l'instance au fond ;

- il ne peut lui être reproché une carence fautive de formation du personnel alors au demeurant que le requérant est un agent expérimenté ;

- l'évaluation des préjudices est excessive.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- le code du travail ;

- le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 ;

- le décret n° 2005-442 du 2 mai 2005 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Adjoint technique territorial employé par le SYVADEC, M. B exerce les fonctions d'agent de recyclerie sur le site de Lucciana. Il a été victime, le 11 mai 2019, d'un accident imputable au service. Il a saisi le SYVADEC, le 18 janvier 2022, d'une réclamation tendant à ce que lui soit versée une indemnité de 43 380 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis. Sa demande a été rejetée par un courrier du 21 février 2022. M. B demande au juge des référés du tribunal, de condamner le SYVADEC, sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, à lui verser une provision de 51 901,14 euros.

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ".

3. Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.

4. Compte tenu des conditions posées à leur octroi et de leur mode de calcul, la rente viagère d'invalidité et l'allocation temporaire d'invalidité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions des décrets du 26 décembre 2003 et du 2 mai 2005 qui instituent ces prestations au bénéfice des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales, déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incombait.

5. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport de l'expertise prescrite par une ordonnance du 23 juin 2021 du juge des référés du tribunal, que M. B a présenté un déficit fonctionnel temporaire au taux de 25 % du 11 mai 2019 au 21 septembre 2019 puis du 6 novembre 2019 au 30 avril 2021, date de consolidation de son état de santé à l'âge de trente-cinq ans, au taux de 100 % du 22 au 24 septembre 2019 et de 50 % du 25 septembre 2019 au 5 novembre 2019. Il conserve un déficit fonctionnel permanent fixé à 10 % et a enduré des souffrances estimées à 3 sur une échelle de 7. Il a subi un préjudice esthétique temporaire de 1,5 sur 7. Le préjudice esthétique permanent doit être fixé à 0,5 sur 7. L'obligation du SYVADEC au titre de l'indemnisation de l'ensemble de ces préjudices revêt un caractère de certitude suffisant à hauteur de la somme de 30 000 euros.

6. L'expert indique dans son rapport que le requérant pratiquait le squash. M. B produit les attestations de trois personnes déclarant avoir exercé ce sport en sa compagnie jusqu'au 11 mai 2019. Il y a lieu, dès lors, de lui accorder une indemnité de 1 500 euros en réparation du préjudice d'agrément résultant de la cessation de cette pratique en raison de l'accident de service dont il a été victime.

7. Les troubles dans les conditions d'existence du requérant, consécutives à l'accident de service, ne sont pas sérieusement contestables à hauteur de la somme de 1 000 euros. Le requérant ne justifie pas, en l'état de l'instruction, de la réalité du préjudice moral allégué.

8. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expert ainsi que des attestations produites par M. B, qui ne sont pas sérieusement contestées par le SYVADEC, que la victime justifie avoir eu effectivement recours à l'assistance par une tierce personne non qualifiée à hauteur de 1 h 30 par jour du 25 septembre 2019 au 5 novembre 2019 et à raison de 5 heures par semaine pendant les deux périodes de déficit fonctionnel temporaire au taux de 25 %, soit du 11 mai 2019 au 21 septembre 2019 et du 6 novembre 2019 au 30 avril 2021. La réparation du préjudice en résultant revêt un caractère de certitude suffisant à hauteur de la somme de 2 300 euros qu'il y a lieu de mettre à la charge du SYVADEC.

9. Il résulte de ce qui a été indiqué aux points 5 à 8 que M. B est fondé à demander la condamnation du SYVADEC à lui verser une provision de 34 800 euros sur le fondement de la responsabilité sans faute de son employeur.

10. Il ne résulte pas de l'instruction que l'absence alléguée d'offre de formation pour la manutention manuelle de charges lourdes présenterait un caractère fautif susceptible d'engager la responsabilité du SYVADEC. Il suit de là que l'obligation correspondante est, en l'état de l'instruction, sérieusement contestable. Au surplus, il n'est pas établi avec une certitude suffisante qu'aucune allocation temporaire d'invalidité n'est susceptible d'être attribuée au requérant. Les conclusions présentées par M. B et tendant au versement d'une provision en réparation de l'incidence professionnelle ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

11. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le SYVADEC, M. B est fondé à demander la condamnation de cet établissement public à lui verser une provision de 34 800 euros. Le requérant a droit aux intérêts au taux légal correspondant à cette provision à compter du 18 janvier 2022, date de réception de sa demande par le SYVADEC. A la date de la présente ordonnance, il n'est pas dû une année d'intérêts. Dès lors, conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil, il y a lieu de rejeter la demande de capitalisation des intérêts.

12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du SYVADEC les frais des expertises ordonnées par le juge des référés du tribunal administratif, qui ont été liquidés et taxés aux sommes de 750 et de 800 euros par des ordonnances du 17 septembre 2020 et du 27 octobre 2021, soit la somme totale de 1 550 euros.

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie tenue aux dépens dans la présente instance, la somme que le SYVADEC demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du SYVADEC, partie tenue aux dépens, la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

ORDONNE

Article 1er : Le SYVADEC est condamné à verser à M. B une provision de 34 800 euros avec intérêts au taux légal à compter du 18 janvier 2022.

Article 2 : Les frais des expertises sont mis à la charge du SYVADEC.

Article 3 : Le SYVADEC versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par le SYVADEC au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au syndicat de valorisation des déchets de Corse.

Fait à Bastia, le 5 janvier 2023.

Le juge des référés,

signé

T. VANHULLEBUS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

N°2201335

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