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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2201372

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2201372

lundi 2 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2201372
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantMUSCATELLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 8 novembre 2022 et le 6 décembre 2022, Mme A B, représentée par la SELARL PAP Avocats, demande au juge des référés du tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la collectivité de Corse, sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, à lui verser la somme de 28 547,95 euros ainsi que les intérêts au taux légal et la capitalisation des intérêts, à titre de provision sur les indemnités dues en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis ;

2°) de mettre à la charge de la collectivité de Corse la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle souffre de trois maladies professionnelles ;

- la collectivité de Corse doit réparer les préjudices personnels qu'elle subit du fait de ces affections, à savoir les déficits fonctionnels temporaire et permanent, les souffrances endurées, les préjudices esthétiques temporaire et permanent, le préjudice d'agrément.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2022, la collectivité de Corse, représentée par Me Muscatelli, conclut au rejet du déféré et à ce que le versement d'une somme de 1 500 euros soit mis à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que son obligation est sérieusement contestable dès lors que l'évaluation des préjudices est excessive.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 ;

- le décret n° 2005-442 du 2 mai 2005 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Adjointe technique territoriale employée par la collectivité de Corse, Mme B souffre aux deux épaules d'une tendinopathie de la coiffe des rotateurs sans rupture tendineuse, ainsi que d'un syndrome des canaux carpiens gauche et droit. Ces deux affections, d'origine professionnelle, sont reprises respectivement au A et au C du tableau n° 57 des maladies professionnelles de l'annexe II au code de la sécurité sociale. Elle a saisi la collectivité de Corse, le 24 février 2022, d'une réclamation tendant à ce que lui soit versée une indemnité de 38 470,30 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis. Sa demande a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Mme B demande au juge des référés du tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner la collectivité de Corse, sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, à lui verser une provision de 28 547,95 euros à valoir sur l'indemnisation des préjudices personnels consécutifs aux affections concernant les épaules droite et gauche ainsi que le syndrome du canal carpien droit.

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ".

3. Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.

4. Compte tenu des conditions posées à leur octroi et de leur mode de calcul, la rente viagère d'invalidité et l'allocation temporaire d'invalidité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions des décrets du 26 décembre 2003 et du 2 mai 2005 qui instituent ces prestations au bénéfice des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales, déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incombait.

5. Il résulte de ce qui a été indiqué aux points 1 et 4 que, même en l'absence de faute de sa part, l'obligation de la collectivité de Corse d'indemniser les préjudices personnels subis par Mme B présente un caractère non sérieusement contestable.

6. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport de l'expertise prescrite par une ordonnance du 16 juin 2020 du juge des référés du tribunal, que la date de consolidation de l'état de santé de Mme B, née le 16 décembre 1961, doit, s'agissant du syndrome du canal carpien droit, être fixée au 11 janvier 2019. L'intéressée, qui était alors âgée de 57 ans, conserve depuis cette date un déficit fonctionnel permanent au taux de 3 %. L'obligation de la collectivité de Corse en résultant n'est pas sérieusement contestable à hauteur de la somme de 3 000 euros.

7. A la suite de l'intervention pratiquée le 9 janvier 2020, le déficit fonctionnel temporaire de l'épaule droite doit être évalué au taux de 50 % du 10 janvier 2020 au 31 janvier 2020, au taux de 25 % du 1er février 2020 au 29 février 2020 et au taux de 10 % du 1er mars 2020 au 15 octobre 2020. Mme B a enduré des souffrances estimées à 2,5 sur une échelle de 1 à 7. Elle a également subi un préjudice esthétique en raison du port d'une orthèse du 10 au 31 janvier 2020, ainsi qu'un préjudice permanent du fait de la présence de cicatrices, évalué à 0,5 sur 7. Le déficit fonctionnel permanent d'origine professionnelle est fixé, à la date de consolidation, le 16 octobre 2020, au taux de 8 % de la validité restante. L'indemnité due en réparation de ces préjudices présente un caractère de certitude suffisante à hauteur de la somme de 15 000 euros.

8. Il résulte de l'instruction que Mme B a présenté, en raison de l'affection relative à l'épaule gauche, un déficit fonctionnel temporaire au taux de 10 % pour la période du 3 avril 2018 au 14 janvier 2019. Elle conserve un déficit fonctionnel permanent qui doit être fixé à 4 % de la validité restante, depuis la consolidation de son état de santé, le 19 novembre 2020, à l'âge de 58 ans. L'épaule n'ayant pas été opérée, l'obligation de la collectivité de Corse en ce qui concerne les souffrances endurées et le préjudice esthétique est, en l'état de l'instruction, sérieusement contestable. Le montant de la provision réparant ces préjudices présente un caractère suffisamment certain à hauteur de la somme de 5 500 euros.

9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner la collectivité de Corse à verser à Mme B une provision de 23 500 euros.

10. La requérante a droit aux intérêts au taux légal correspondant à cette provision à compter du 24 février 2022, date de réception de sa demande par la collectivité de Corse. A la date de la présente ordonnance, il n'est pas dû une année d'intérêts. Dès lors, conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil, il y a lieu de rejeter la demande de capitalisation des intérêts.

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la collectivité de Corse les frais de l'expertise ordonnée par le juge des référés du tribunal administratif, qui ont été liquidés et taxés à la somme de 2 534,02 euros par une ordonnance du 9 avril 2021.

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie tenue aux dépens dans la présente instance, la somme que la collectivité de Corse demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la collectivité de Corse, partie tenue aux dépens, la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

ORDONNE

Article 1er : La collectivité de Corse est condamnée à verser à Mme B une provision de 23 500 euros avec intérêts au taux légal à compter du 24 février 2022.

Article 2 : Les frais de l'expertise sont mis à la charge de la collectivité de Corse.

Article 3 : La collectivité de Corse versera à Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la collectivité de Corse au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à la collectivité de Corse.

Fait à Bastia, le 2 janvier 2023.

Le juge des référés,

Signé

T. VANHULLEBUS

La République mande et ordonne au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

N°220137

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