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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2201434

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2201434

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2201434
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantGIANSILY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 24 novembre 2022 et 28 mars 2024, M. A B, représenté par Me Giansily, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire, émis le 10 février 2022, par le centre hospitalier de Bastia en vue du recouvrement de la somme de 3 229,46 euros, ensemble la lettre de relance en date du 3 octobre 2022 ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer la totalité de cette somme ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Bastia la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a jamais été destinataire du titre exécutoire en litige ;

- il appartient à l'administration de démontrer que le titre exécutoire émis a bien été signé par une autorité compétente ;

- les créances mises en recouvrement son prescrites ;

- la lettre de relance du 3 octobre 2022 doit être annulée par voie de conséquence ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité du titre exécutoire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2024, le centre hospitalier de Bastia, représenté par Me Canazzi, conclut à l'annulation du titre exécutoire du 10 février 2022 et de la lettre de relance du 3 octobre 2022, à la décharge de la totalité de la somme et au rejet des conclusions du requérant sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que le requérant a retiré un bénéfice certain des sommes indûment perçues et que dès lors, il convient de pas faire droit à ses demandes sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que la contestation de la lettre de relance qui invite un débiteur défaillant à s'acquitter de sa dette avant l'engagement de poursuites pour son recouvrement forcé et qui constitue ainsi un acte préparatoire d'un acte de poursuite, relève du contentieux du recouvrement d'une créance non fiscale d'une collectivité territoriale et, par suite, de la compétence non du juge administratif mais du juge de l'exécution.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zerdoud ;

- les conclusions de Mme Castany, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B était praticien hospitalier au sein du centre hospitalier de Bastia, jusqu'au 30 octobre 2018, date de sa démission. Une lettre de relance lui a été adressée, le 3 octobre 2022, sollicitant le paiement de la somme de 3 229,46 euros, en exécution du titre exécutoire

" BC39200/EX 2022 T 6206504 " en date du 10 février 2022. M. B demande au tribunal, d'une part, d'annuler le titre exécutoire, émis le 10 février 2022 par le centre hospitalier de Bastia ainsi que la lettre de relance en date du 3 octobre 2022 et, d'autre part, de prononcer la décharge de l'obligation de payer la totalité de la somme réclamée.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la lettre de relance du 3 octobre 2022 :

2. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions du présent article s'appliquent également aux établissements publics de santé. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. / () 7° Le recouvrement par les comptables publics compétents des titres rendus exécutoires dans les conditions prévues au présent article peut être assuré par voie de saisie administrative à tiers détenteur dans les conditions prévues à l'article L. 262 du livre des procédures fiscales. () ". Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / () c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution ". Il résulte de ces dispositions que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des établissements publics de santé est de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.

3. En application des dispositions précitées, la contestation de la lettre de relance qui invite un débiteur défaillant à s'acquitter de sa dette avant l'engagement de poursuites pour son recouvrement forcé et qui constitue ainsi un acte préparatoire d'un acte de poursuite, relève du contentieux du recouvrement d'une créance non fiscale d'une collectivité territoriale et, par suite, de la compétence non du juge administratif mais du juge de l'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la lettre de relance du 3 octobre 2022 présentées par M. B doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur les conclusions à fin de décharge :

4. Aux termes de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations : " Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive. / Toutefois, la répétition des sommes versées n'est pas soumise à ce délai dans le cas de paiements indus résultant soit de l'absence d'information de l'administration par un agent de modifications de sa situation personnelle ou familiale susceptibles d'avoir une incidence sur le montant de sa rémunération, soit de la transmission par un agent d'informations inexactes sur sa situation personnelle ou familiale. / () ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'une somme indûment versée par une personne publique à l'un de ses agents au titre de sa rémunération peut, en principe, être répétée dans un délai de deux ans à compter du premier jour du mois suivant celui de sa date de mise en paiement sans que puisse y faire obstacle la circonstance que la décision créatrice de droits qui en constitue le fondement ne peut plus être retirée.

6. Sauf dispositions spéciales, les règles fixées par l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 sont applicables à l'ensemble des sommes indûment versées par des personnes publiques à leurs agents à titre de rémunération. En l'absence de toute autre disposition applicable, les causes d'interruption et de suspension de la prescription biennale instituée par les dispositions de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 sont régies par les principes dont s'inspirent les dispositions du titre XX du livre III du code civil.

7. En l'espèce, alors que M. B soutient que les créances réclamées seraient désormais prescrites et qu'en l'absence de production de tout titre exécutoire, le centre hospitalier de Bastia, qui fait d'ailleurs valoir que ledit titre exécutoire devrait être annulé par le tribunal, ne justifie pas que les créances détenues à l'égard du requérant ne seraient pas prescrites, ni même qu'une cause d'interruption de la prescription serait intervenue, il y a lieu de considérer que l'intéressé est fondé à se prévaloir de la prescription de la créance en cause.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qu'il précède qu'il y a lieu de prononcer l'annulation du titre exécutoire attaqué ainsi que la décharge de l'obligation de payer la somme de 3 229,46 euros.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Bastia, la somme de 1 500 euros à verser à M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions à fin d'annulation de la lettre de relance du 3 octobre 2022 sont rejetées comme étant portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Le titre exécutoire, émis le 10 février 2022 par le centre hospitalier de Bastia est annulé.

Article 3 : M. B est déchargé de l'obligation de payer la somme de 3 229,46 euros.

Article 4 : Le centre hospitalier de Bastia versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au centre hospitalier de Bastia.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Zerdoud, conseillère,

M. Samson, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

La présidente,

Signé

A. Baux

La rapporteure,

Signé

I. Zerdoud

La greffière,

Signé

H. Nicaise

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

H. Nicaise

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