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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2201483

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2201483

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2201483
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat statuant seul

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 novembre 2022 et le 6 janvier 2023, Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 octobre 2022 par laquelle le président du conseil exécutif de Corse a rejeté sa demande de remise gracieuse d'un montant de 3 500 euros correspondant au solde d'un indu de revenu de solidarité active (RSA) pour la période du 1er février 2019 au 31 janvier 2020 ;

2°) d'enjoindre au président du conseil exécutif de Corse de lui accorder une remise ou une réduction de sa dette.

La requérante soutient que :

- sa situation économique ne lui permet pas de rembourser sa dette ;

- elle est de bonne foi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2023, la collectivité de Corse conclut au rejet de la requête. Elle soutient que :

- la requérante ne pouvait ignorer la mention indiquant d'informer l'administration de tout changement de situation figurant sur les premières lignes de la déclaration trimestrielle ;

- elle ne remplit pas les devoirs de rechercher un emploi incombant au bénéficiaire du RSA en vertu de l'article L. 262-48 du code de l'action sociale et des familles ;

- à titre subsidiaire, elle a omis de déclarer une partie de ses ressources professionnelles, de son allocation chômage, de ses revenus fonciers et du fait qu'elle bénéficiait d'un logement à titre gratuit.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pierre Monnier, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

En application des dispositions du 6° de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties le jour de l'audience.

Le rapport de M. Pierre Monnier a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. En vertu des dispositions combinées des articles L. 262-1, L. 262-13, L. 262-16, L. 262-25, L. 262-46 et R. 511-1-I-3° du code de l'action sociale et des familles, le revenu de solidarité active, qui a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle, est attribué par le président du conseil exécutif de Corse ou, par délégation, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole, lesquelles en assurent également le service et le contrôle dans des conditions fixées par voie de convention.

2. Lorsque l'un de ces organismes décide de récupérer un paiement indu de revenu de solidarité active et que le ressortissant concerné, sans contester le principe ou la quotité de l'indu mis à sa charge, présente une demande de remise gracieuse de sa dette, le président du conseil exécutif de Corse peut décider d'accorder une remise totale ou de réduire le montant de cette créance en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. Statuant sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une telle demande, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.

3. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Selon l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments () ".

4. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elles mentionnent et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

5. Il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme A, et dont celle-ci sollicite la remise gracieuse, résulte de la prise en compte de ses séjours en dehors du territoire français pour une période supérieure à trois mois au cours des années 2019 et 2020. En effet, il ressort du rapport d'enquête établi le 10 septembre 2021 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, il n'est du reste pas contesté par Mme A, qui a lu et approuvé ce rapport, que cette dernière a effectué des séjours réguliers en Italie où résident ses deux enfants, du 5 octobre 2018 au 21 mai 2019 et du 18 novembre 2019 au 10 juin 2020. Si Mme A soutient qu'elle ignorait devoir déclarer ses déplacements à l'étranger, le formulaire Cerfa de déclaration trimestrielle RSA qu'elle envoyait par courriel lui demandait de préciser si sa situation avait changé ou non. Dans ces conditions, eu égard à la durée, au nombre répété des séjours à l'étranger de la requérante, et au caractère réitéré de l'omission de déclaration, Mme A doit être regardée comme ayant sciemment procédé à une fausse déclaration de sa situation. Par suite, sans que la précarité de sa situation ne doive être prise en compte, elle ne satisfait pas à la condition de bonne foi, rappelée au point 2, à laquelle est subordonné le bénéfice d'une remise gracieuse. Mme A n'est, dès lors, pas fondée à demander l'annulation de la décision du 21 octobre 2022 du président du conseil exécutif de Corse refusant de lui accorder une remise gracieuse de ses dettes contractées au titre du revenu de solidarité active.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée y compris ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la collectivité de Corse.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Corse-du-Sud

Rendu public par mise à disposition du greffe le 20 juin 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

P. MONNIERLa greffière,

Signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

No 2201483

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