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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2300004

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2300004

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2300004
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat statuant seul

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 3 janvier 2023, le 27 janvier 2023, le 6 mars 2023, le 22 janvier 2024, le 5 février 2024, le 25 avril 2024 et le 9 mai 2024, M. B C, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler le titre de recette émis le 19 décembre 2022 par la paierie de Corse en vue du recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 9 693,60 euros pour la période du 1er octobre 2019 au 31 décembre 2020 ;

2°) d'annuler la décision implicite de rejet de la demande de remise gracieuse qu'il a adressée le 30 décembre 2022 au président du conseil exécutif de Corse ;

3°) d'annuler la mise en demeure du 8 janvier 2024 valant commandement de payer la somme de 9 693,60 euros.

Le requérant soutient que :

- il est en droit de se prévaloir de la prescription biennale dès lors que, contrairement à ce que soutient la collectivité de Corse, il a toujours contesté l'indu de RSA ;

- il est dans une situation financière précaire ;

- la mise en demeure du 13 janvier 2024 méconnaît le caractère suspensif de son recours contre le titre de recette.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 mars 2023 et le 31 janvier 2024, la collectivité de Corse conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que M. C n'a pas présenté de recours préalable obligatoire ;

- l'indu est fondé que lors que le requérant a perçu en parallèle de son RSA des revenus salariés et des indemnités journalières depuis le mois de juillet 2019 alors qu'il se déclarait comme sans activité ;

- le moyen tiré de ce qu'une mise en demeure a été adressée à tort à M. C est fondé mais la situation a été régularisée ;

- le moyen tiré de la prescription biennale manque en fait et le requérant ne saurait se prévaloir des dispositions de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles compte tenu du caractère frauduleux de l'indu.

Par un mémoire, enregistré le 29 avril 2024, la paierie de Corse conclut au rejet de la requête. Elle soutient que la mise en demeure, qui n'a du reste pas été contestée par un recours administratifs préalable obligatoire, a été retirée.

En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées que si le requérant a entendu demander l'annulation du commandement de payer émis le 8 janvier 2024 par le comptable public de la paierie de Corse en vue de recouvrer la somme de 9 693,60 euros correspondant à un indu de RSA, le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître d'un litige relatif au recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales dès lors que la contestation de l'obligation de paiement du RSA relève du juge de l'exécution (cf. la décision du tribunal des conflits en date du 14 juin 2021 : Département du Calvados c/ M. D A, n° 4212).

Une réponse de la collectivité de Corse a été enregistrée le 3 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code civil ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de procédure civile ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pierre Monnier, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

En application des dispositions du 6° de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties le jour de l'audience.

Le rapport de M. Pierre Monnier a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience.

Une note en délibéré de la collectivité de Corse a été enregistrée le 28 mai 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. C était bénéficiaire jusqu'au 4 mai 2021 du revenu de solidarité active (RSA) qui lui était versé par la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône. Suite à un signalement de l'établissement national des invalides de la marine, le département des Bouches-du-Rhône a décidé le 4 mai 2021 de procéder à sa radiation rétroactive du RSA à compter du 1er octobre 2019. Par courrier en date du 8 février 2022, le président du conseil départemental des Bouches-du-Rhône rejetait le recours de M. C contre sa radiation du RSA à compter du 1er octobre 2019 et lui rappelait que la mise à jour de son dossier avait généré un indu de RSA, d'un montant de 9 693,60 euros, notifié le 20 mai 2021, pour la période d'octobre 2019 à décembre 2020. Cette créance a été ensuite transférée à la collectivité de Corse qui a notifié à M. C le 12 octobre 2022 une décision, en date du 10 octobre 2022, de récupérer cette créance de 9 693,60 euros. Cette décision n'ayant pas été contestée, la collectivité de Corse a émis à son encontre le 19 décembre 2022 un titre de recettes d'un même montant. Par courrier en date du 30 décembre 2022, dont la collectivité de Corse a accusé réception le 5 janvier 2023, le requérant a demandé auprès du président du conseil exécutif de Corse la remise gracieuse de sa dette. Enfin, le comptable public de la paierie d'Ajaccio lui a notifié pour le même montant le 13 janvier 2024 une mise en demeure, en date du 8 janvier 2024, tenant lieu de commandement de payer prévu par les articles L. 221-1 et R. 221-1 du code de procédure civile. M. C doit être regardé, dans le dernier état de ses écritures, comme demandant au tribunal d'annuler le titre de recette émis le 19 décembre 2022, la décision implicite de rejet de la demande de remise gracieuse qu'il a adressée le 30 décembre 2022 au président du conseil exécutif de Corse et le commandement de payer du 8 janvier 2024.

Sur les conclusions dirigées contre le commandement de payer du 8 janvier 2024 :

2. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction applicable au litige : " () 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. Toutefois, l'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local suspend la force exécutoire du titre. () 2° L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois suivant la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. L'action dont dispose le débiteur de la créance visée à l'alinéa précédent pour contester directement devant le juge de l'exécution mentionné aux articles L. 213-5 et L. 213-6 du code de l'organisation judiciaire la régularité formelle de l'acte de poursuite diligenté à son encontre se prescrit dans le délai de deux mois suivant la notification de l'acte contesté. () ".

3. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / [] / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés: / [] / c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution ".

4. Il ressort de ces dispositions que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales est de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.

5. M. C demande l'annulation de l'acte de poursuite que constitue le commandement de payer qui lui a été notifié en vue du recouvrement d'un indu de RSA, allocation versée par la collectivité de Corse, collectivité territoriale. Une telle demande ressortissant au contentieux du recouvrement d'une créance non fiscale d'une collectivité territoriale, seul le juge de l'exécution est compétent pour en connaître, sans que puisse être remis en cause devant lui le bien-fondé de la créance. Par suite, la demande de M. C dirigée contre le commandement en cause doit être rejetée, comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur les conclusions dirigées contre le titre de recettes émis le 19 décembre 2022 :

6. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de RSA, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération de l'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

7. D'une part, l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles prévoit que l'ensemble des ressources du foyer est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active. Aux termes de l'article R. 262-12 de ce code : " Ont le caractère de revenus professionnels () : 1° L'ensemble des revenus tirés d'une activité salariée ou non salariée ; () 6° Les indemnités journalières de sécurité sociale, de base et complémentaires, perçues en cas d'incapacité physique médicalement constatée de continuer ou de reprendre le travail, d'accident du travail ou de maladie professionnelle pendant une durée qui ne peut excéder trois mois à compter de l'arrêt de travail. () ".

8. Il résulte de l'instruction, il n'est du reste par contesté, que M. C a omis de déclarer auprès de la CAF les indemnités journalières et les salaires qu'il a perçus à compter du mois de juillet 2019. Il s'ensuit que les montants de RSA dont a bénéficié M. C étaient calculés sur le fondement d'un montant de ressources inexact, ce qui a occasionné l'indu litigieux de 9 693,60 euros, dont les modalités de calcul ne sont au demeurant pas contestées par le requérant.

9. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active ou le département en recouvrement des sommes indûment payées () ". Il résulte de ces dispositions que la prescription biennale qu'elles prévoient n'est pas applicable en cas de fraude ou de fausse déclaration, le délai de prescription applicable étant alors celui de droit commun prévu à l'article 2224 du code civil, aux termes duquel : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ".

10. En l'espèce, eu égard, notamment, à la nature des ressources non déclarées et au caractère public des conditions d'attribution de la prestation en cause, alors que le formulaire de déclaration des ressources trimestrielles rappelle au déclarant qu'il s'engage " à signaler tout changement dans [sa] situation familiale ou professionnelle " et alors que sa situation personnelle ne présente pas de complexité particulière, l'intéressé ne peut être regardé comme ayant pu raisonnablement ignorer que les salaires et les indemnités journalières qu'il percevait devaient être intégralement déclarées. Dans ces conditions, la réitération des omissions délibérément commises par M. C dans l'exercice de ses obligations déclaratives prévues à l'article R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles constitue une fausse déclaration, voire une fraude. Du reste, il ne résulte pas de l'instruction que M. C aurait contesté l'amende administrative de 130 euros que lui a infligée la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône en raison de la dissimulation de son activité salariée et des revenus qu'il avait perçus depuis octobre 2019. Les fausses déclarations de M. C font obstacle à ce qu'il puisse se prévaloir de la prescription biennale instituée par les dispositions de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'exception de prescription biennale de la créance de 9 693,60 euros ne peut qu'être écarté.

Sur la décision implicite rejetant la remise gracieuse de dette de RSA :

11. En vertu des dispositions combinées des articles L. 262-1, L. 262-13, L. 262-16, L. 262-25, L. 262-46 et R. 511-1-I-3° du code de l'action sociale et des familles, le revenu de solidarité active, qui a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle, est attribué par le président du conseil exécutif de Corse ou, par délégation, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole, lesquelles en assurent également le service et le contrôle dans des conditions fixées par voie de convention.

12. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 11 décide de récupérer un paiement indu de revenu de solidarité active et que le bénéficiaire concerné, sans contester le principe ou la quotité de l'indu mis à sa charge, présente une demande de remise gracieuse de sa dette, le président du conseil exécutif de Corse peut décider d'accorder une remise totale ou de réduire le montant de la créance qu'il détient dans le cas où le débiteur est de bonne foi et que la précarité de sa situation le justifie. Les conditions tenant, d'une part, à la bonne foi du demandeur et, d'autre part, à la précarité de sa situation ne peuvent être regardées comme alternatives.

13. Il résulte de ce qui a été dit au point 10, que M. C, ne saurait être regardé comme étant de bonne foi. Par suite, il ne peut utilement se prévaloir de la précarité de sa situation financière.

14. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la collectivité de Corse, la requête de M. C doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête présentées par M. C dirigées contre le commandement de payer portant sur le recouvrement d'un indu de RSA d'un montant de 9 693,60 euros sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la directrice régionale des finances publiques de Corse et à la collectivité de Corse.

Copie en sera transmise à la paierie de Corse et à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Corse.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 20 juin 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

P. MONNIERLa greffière,

Signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chacun en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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