vendredi 23 mai 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2300031 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS DELAGE - ARENA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 janvier et 20 juillet 2023, le ministre des armées demande au tribunal :
1°) de condamner la SAS Emmanuelli concept menuiserie alu à lui verser la somme de 27 566,98 euros en réparation des préjudices nés des désordres affectant le sémaphore de Sagro ;
2°) de mettre à la charge de la SAS Emmanuelli concept menuiserie alu une somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il est fondé à engager la responsabilité de la SAS Emmanuelli concept menuiserie alu sur le fondement de la garantie décennale ;
- les désordres, imputables aux travaux de remplacement des vitrages en vigie, entrent dans le champ de la garantie décennale ;
- il est par suite fondé à demander la condamnation de la SAS Emmanuelli concept menuiserie alu à lui verser la somme de 27 566,98 euros en réparation des préjudices nés des désordres affectant le sémaphore de Sagro.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 juillet et 4 août 2023, la SAS Emmanuelli concept menuiserie alu, représentée par Me Dan, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 500 euros soit mise à la charge l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que l'expert mandaté par son assureur exclut formellement sa responsabilité et impute exclusivement les désordres à des chocs mécaniques sur l'extérieur du vitrage.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Zerdoud ;
- et les conclusions de Mme Castany, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le ministre des armées a confié à la SAS Emmanuelli concept menuiserie alu, par un acte d'engagement en date du 12 septembre 2018, le remplacement des vitrages en vigie sur les sémaphores du Cap Corse et de Sagro, pour un montant total de 77 955,40 euros TTC. Les travaux ont été réceptionnés, sans réserve, le 12 décembre 2019. Après réception de l'ouvrage, des désordres sont apparus sur les vitrages du sémaphore de Sagro. Le ministre des armées demande au tribunal de condamner la SAS Emmanuelli concept menuiserie alu à lui verser, sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs, la somme totale de 27 566,98 euros.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.
3. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise en date du 26 février 2021, établi par la société Saretec construction, mandatée par l'assureur de la SAS Emmanuelli concept menuiserie alu, que la façade vitrée, côté est de la salle de vigie, présente une importante fissure depuis sa partie inférieure gauche qui s'étend vers sa partie supérieure. Il n'est pas contesté qu'eu égard à la fonction du poste de surveillance militaire, les désordres affectant le vitrage en vigie qui restreignent la visibilité sur la pleine mer et présentent, en outre des risques pour la sécurité du personnel militaire en cas de brisure, sont de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage et à le rendre impropre à sa destination. Par suite, ces désordres sont de nature à justifier l'engagement de la responsabilité des constructeurs sur le fondement de la garantie décennale.
4. La SAS Emmanuelli concept menuiserie alu invoque, en défense, l'existence d'une cause étrangère aux dommages de nature à l'exonérer de sa responsabilité décennale. S'il ressort du rapport d'expertise en date du 26 février 2021, que " l'amorçage de la fissure a pu être provoqué par un choc mécanique extérieur " " dans l'axe où se trouve la date du 31/08/2021 " et que " les phénomènes thermiques ont conduit à la propagation de la fissures et de ses ramifications ", il résulte toutefois de l'instruction et notamment des photographies produites par le ministre des armées que la fissure initiale est apparue le 27 décembre 2019, avant que ces deux impacts n'apparaissent sur le vitrage. Dès lors, l'existence d'un choc mécanique, à le supposer établi, ne peut être regardé comme la cause principale des désordres initiaux. Il ressort, par ailleurs, de l'avis technique de la société Bureau Véritas Solutions, en date du 13 janvier 2021 que " la rupture provient vraisemblablement des contraintes thermiques provoquées par les différences de températures subies par le vitrage. Celles-ci [étant] bridées par les parcloses du châssis du fait d'une mauvaise mise en œuvre empêchant le matériau de se dilater librement ". Par suite, la mise en œuvre, alors même qu'elle aurait été conforme aux règles et normes techniques applicables, est de nature à engager, sur le fondement décennal, la responsabilité de la SAS Emmanuelli concept menuiserie alu, constructeur de l'ouvrage.
5. Par les pièces qu'il produit, le ministre des armées justifie avoir exposé la somme de 27 566, 58 euros correspondant au montant du marché de travaux conclu avec la société Gerin Frères pour le remplacement du vitrage affecté des désordres. Par suite, il y a lieu de condamner la SAS Emmanuelli concept menuiserie alu au versement de la somme de 27 566, 58 euros.
Sur les frais de l'instance :
6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " Ces dispositions font obstacle à ce que soient mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme sollicitée par la SAS Emmanuelli concept menuiserie alu.
7. Si, par ailleurs, une personne publique qui n'a pas eu recours au ministère d'avocat peut demander au juge l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais spécifiques exposés par elle à l'occasion de l'instance, elle ne saurait se borner à faire état d'un surcroît de travail de ses services. En l'espèce, en se bornant à valoriser le temps de travail de ses services, notamment le bureau du contentieux contractuel et domanial de la direction des affaires juridiques, ainsi que les frais spécifiques engagés par l'établissement du service d'infrastructure de la défense de Lyon et les frais divers générés par les photocopies, les impressions et le déplacement à l'audience publique, le ministre des armées ne justifie pas de frais exposés au sens de ces dispositions. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par le ministre des armées ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La SAS Emmanuelli concept menuiserie alu est condamnée à verser à l'Etat la somme de 27 566, 58 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au ministre des armées et à la SAS Emmanuelli concept menuiserie alu.
Délibéré après l'audience du 5 mai 2025 à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
Mme Zerdoud, conseillère,
M. Samson, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2025.
La présidente,
Signé
A. Baux
La rapporteure,
Signé
I. Zerdoud
La greffière,
Signé
R. Alfonsi
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Signé
A. SAPET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026