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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2300043

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2300043

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2300043
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantLACAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 janvier et 3 mars 2023, la société Groupama Méditerranée, représentée par Me Casabianca-Croce, demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise afin de constater les désordres consécutifs à l'aménagement de la halle multisports du complexe sportif Calvi-Balagne, d'en déterminer les causes et d'évaluer la nature et le coût des travaux de remise en état.

Elle soutient que :

- la communauté de communes Calvi-Balagne, assurée auprès d'elle, a entrepris des travaux d'aménagement de la halle multisports du complexe sportif Calvi-Balagne par un marché notifié le 15 septembre 2016 ;

- le lot n° 14 " plomberie " a été attribué à la SAS VO2, assurée au titre de la garantie décennale des constructeurs auprès de la SA Allianz Iard ;

- les travaux ont été réceptionnés en juin 2018 ;

- au cours du week-end du 25 au 26 juin 2022, la canalisation apparente d'alimentation en eau d'une partie du complexe sportif a cédé, répandant de l'eau dans une partie de l'établissement ;

- la communauté de communes a effectué une déclaration de sinistre, conduisant la société Groupama Méditerranée à diligenter une expertise amiable, qui n'a cependant pas permis d'évaluer le montant des dommages, lesquels au demeurant n'étaient pas apparus dans toute leur ampleur ;

- la mesure d'instruction sollicitée présente un caractère utile.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 janvier et 24 février 2023, la communauté de communes Calvi-Balagne, représentée par Me Canarelli, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à charge de la société Groupama Méditerranée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son assureur n'est pas maître d'ouvrage et n'est pas subrogé dans ses droits, de sorte qu'il ne justifie pas d'un intérêt né et actuel pour solliciter une expertise ;

- dès lors que la communauté de communes n'est pas demanderesse de cette expertise, le litige oppose trois sociétés commerciales, de sorte que la juridiction administrative est incompétence pour en connaître ;

- le sinistre trouve son origine dans la rupture inopinée d'une vanne apparente installée sur un réseau apparent d'eau potable, de sorte que la garantie décennale ne pourra pas être retenue.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2023, la SAS VO2 et la société Allianz Iard, représentées par la SCP de Angelis, Semidei, Vuillquez Habart Melki, Bardon, de Angelis, s'associent à la demande d'expertise sollicitée et demandent à ce que les opérations d'expertise se déroulent au contradictoire de la société Gedimat Balagne Matériaux et de la société Axa France.

Elles soutiennent que :

- la mesure d'expertise est utile pour permettre de déterminer la cause exacte du sinistre, les responsabilités encourues et le coût des travaux de remise en état ;

- l'expertise doit être réalisée au contradictoire de la société Gedimat, qui aurait fourni le raccord défectueux, et de la société Axa France qui était l'assureur de VO2 au moment de la réclamation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2023, la SAS Balagne Matériaux et la société Axa France Iard, représentées par Me Lacan, déclarent ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée, sous les réserves et protestations d'usage, et demandent à ce que les opérations d'expertise se déroulent au contradictoire de la société Excel Plasting Piping Systems.

Elles soutiennent que :

- il n'est pas établi que le raccord défectueux aurait été fourni par la société Balagne Matériaux, alors que le robinet en PVC serait de la marque Orion qu'elle ne distribue pas ;

- la facture transmise par la société VO2 fait référence à un produit pour lequel la société Balagne Matériaux se fournit auprès de la société Excel Plasting Piping Systems qui doit de ce fait être associée aux opérations d'expertise.

La requête a été communiquée à la société Excel Plasting Piping Systems qui n'a pas produit de mémoire.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Christine Castany, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référé présentées sur le fondement du livre V du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la compétence de la juridiction administrative :

1. La demande en référé ne tend qu'à voir ordonner une mesure d'instruction avant tout procès et avant même que puisse être déterminée, eu égard aux parties éventuellement appelées en la cause principale, la compétence sur le fond du litige. Dès lors que le fond du litige est de nature, au moins pour partie, à relever de la compétence de la juridiction administrative, il appartient au juge administratif des référés de statuer sur la demande dont il est saisi, sans tenir compte de ce que le juge du fond pourrait éventuellement être saisi de conclusions pour lesquelles il ne serait pas compétent. Il s'ensuit que si la communauté de communes Calvi-Balagne soutient en défense que la juridiction administrative est incompétente pour se prononcer sur un litige opposant trois sociétés commerciales, il est constant que l'expertise sollicitée est en lien avec un marché conclu par une personne publique et ayant donné lieu à l'intervention de plusieurs sociétés dans le cadre des travaux pour le réaliser. Les désordres en litige relatifs à l'exécution d'un marché public étant susceptibles de générer des litiges relevant de la juridiction administrative, le juge des référés de cet ordre de juridiction est compétent pour diligenter une expertise et y attraire toute personne non manifestement étrangère au litige susceptible d'être engagé devant le juge de l'action alors même que pour certaines d'entre elles le litige susceptible de se nouer relèverait du juge judiciaire. Dans ces conditions, l'exception d'incompétence du juge administratif doit être écartée.

Sur la demande d'expertise :

2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de ces dispositions doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.

3. La demande d'expertise présentée par la société Groupama Méditerranée vise à déterminer les causes des dommages subis par l'un de ses assurés, la communauté de communes Calvi-Balagne, à la suite de la rupture d'une canalisation d'eau au sein de la halle multisports du complexe sportif Calvi-Balagne. Contrairement à ce que fait valoir la communauté de communes Calvi-Balagne, la circonstance que son assureur ne soit pas subrogé dans ses droits, faute de l'avoir indemnisée, ne prive pas d'utilité la mesure demandée, dans la perspective notamment d'un litige susceptible d'opposer l'assureur, dans la cadre d'une indemnisation future de son assuré, aux constructeurs sur le fondement de leur responsabilité dans la survenance des désordres liés à cette rupture de canalisation.

4. Si la communauté de communes soutient en défense que le sinistre trouve son origine dans la rupture inopinée d'une vanne installée sur un réseau apparent d'eau potable, de sorte que la garantie décennale ne pourra pas être retenue, l'organisation d'une mesure d'expertise ne préjuge pas de la responsabilité éventuelle des parties appelées en la cause, tous droits et moyens étant expressément réservés.

5. La demande d'expertise présentée par la société Groupama Méditerranée pour déterminer les causes et les conséquences de ces désordres présente donc un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Dès lors, il y a lieu d'y faire droit dans les conditions précisées au dispositif de la présente ordonnance.

6. La participation aux opérations d'expertise de la société Gedimat et de son assureur, la société Axa France, ainsi que de la société Excel Plasting Piping Systems, en leur qualité de fournisseurs, présente un caractère utile au sens des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge de la requérante, qui n'est pas la partie perdante, la somme que réclame la communauté de communes Calvi-Balagne au titre des frais exposés et non-compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A B, inscrit sur la liste des experts auprès de la cour administrative d'appel de Bastia, domicilié à Ajaccio, 12 boulevard Stéphanopoli de Comêne, immeuble le Mercure B, à Ajaccio, est désigné en qualité d'expert avec pour mission de :

1°) se faire communiquer et prendre connaissance de l'ensemble des pièces du dossier, ainsi que de tous les documents utiles à l'accomplissement de sa mission ;

2°) rappeler et préciser les liens contractuels unissant les parties, les missions confiées par le maître d'ouvrage à chacun des constructeurs qu'il attrait à la présente instance, et si possible, annexer à son rapport les marchés, avenants, ordres de services et tous autres documents utiles ;

3°) rechercher, pour chaque société ayant réalisé des travaux, les dates éventuelles de réception des travaux réalisés, d'indiquer si celles-ci ont été assorties de réserves relatives aux désordres constatés, et si possible, d'annexer le procès-verbal de chaque réception à son rapport ;

4)° se rendre sur les lieux et procéder à la constatation et au relevé précis de tous désordres ou malfaçons affectant le bâtiment en cause, en indiquant leur date d'apparition ; réunir les éléments d'informations permettant au tribunal de dire s'ils sont de nature à compromettre la solidité de l'immeuble ou à le rendre impropre à sa destination ;

5°) donner un avis motivé sur les causes et origines des désordres en précisant s'ils sont imputables aux travaux de construction, à la conception, à un défaut de direction ou de surveillance, à leur exécution ou encore aux conditions d'utilisation et d'entretien du bâtiment et, dans le cas de causes multiples, d'évaluer les proportions relevant de chacune d'elles ;

6°) proposer, le cas échéant, les mesures conservatoires nécessaires et évaluer leur coût ;

7°) indiquer la nature, le coût et la durée des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle, en assurant la solidité de l'ouvrage et un usage propre à sa destination, en précisant s'il en résulte une plus-value pour l'immeuble en cause ;

8°) d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.

L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachant, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.

Article 2 : Après avoir prêté serment, l'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative, à l'exception du troisième alinéa de l'article R. 621-9. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre la société Groupama Méditerranée, la communauté de communes Calvi-Balagne, la SAS VO2, la SA Allianz Iard, la SAS Balagne Matériaux, la société Axa France et la société Excel Plasting Piping Systems. L'expert avertira les parties quatre jours au moins à l'avance par lettre recommandée des date, heure et lieu auxquels il procèdera aux opérations d'expertise.

Article 4 : L'expert déposera son rapport en deux exemplaires au greffe du tribunal dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance et le notifiera aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 5 : En application de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, la charge des frais et honoraires de l'expertise sera fixée ultérieurement par ordonnance du président du tribunal.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Groupama Méditerranée, à la communauté de communes Calvi-Balagne, à la SAS VO2, à la SA Allianz Iard, à la SAS Balagne Matériaux, à la société Axa France, à la société Excel Plasting Piping Systems et à M. A B, expert.

Fait à Bastia, le 9 mai 2023.

La juge des référés

Signé

C. CASTANY

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

H. NICAISE

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