mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2300129 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | PERREIMOND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 février 2023 et le 15 janvier 2024, Mme B A, représentée par Me Perreimond, demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Bastia à lui verser la somme de 21 259,66 euros, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis, suite au décès de son fils, avec intérêts à compter de la réception de sa demande préalable et capitalisation des intérêts.
La requérante soutient que :
- la responsabilité pour faute de l'hôpital est engagée à raison des fautes résultant, d'une part, d'une prise en charge inadaptée et tardive lors du transfert de son fils du centre hospitalier de Tattone vers le centre hospitalier de Bastia et, d'autre part, d'une faute médicale durant cette dernière hospitalisation, en raison de l'arrêt prématuré de la réanimation, entraînant une perte de chance de survie de 35 % ;
- le préjudice se répartit entre les souffrances endurées par son fils pour 350 euros, compte tenu de sa qualité d'ayants droit à hauteur d'un quart de la succession, des frais d'obsèques pour 1 354,31 euros, des frais d'assistance par un médecin conseil pour 2 650 euros, des frais de déplacement aux opérations d'expertise pour 405,35 euros, les souffrances qu'elle a endurées pour 6 000 euros et un préjudice d'affection pour 10 500 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 octobre 2023 et le 4 décembre 2023, le centre hospitalier de Bastia, représenté par le cabinet Jean-Louis Seatelli, conclut à ce que les conclusions indemnitaires de la requérante soient ramenées à de plus justes proportions, au rejet des conclusions indemnitaires de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Haute-Corse et, subsidiairement, à la réduction de l'indemnisation de celle-ci. Il soutient que :
- les manquements retenus étant contestables, le taux de perte de chance de survie de la victime imputable est de 10 % ;
- les débours exposés par la CPAM ne résultent pas des fautes qui lui sont reprochées.
Par un mémoire, enregistré le 9 novembre 2023, la CPAM de la Haute-Corse demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Bastia à lui verser d'une part, la somme de 966,46 euros au titre de ses débours et d'autre part, la somme de 322,15 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
La caisse soutient qu'elle a versé, à hauteur des sommes demandées, des prestations à la suite des faits objet du litige.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 31 mars 2023.
Vu :
- l'ordonnance n° 2101505 du 20 avril 2022, par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par le docteur C ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;
- les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Perreimond, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Le 2 août 2019, M. A, alors âgé de 47 ans, est décédé au centre hospitalier de Bastia, à la suite de difficultés respiratoires subies depuis la veille au soir, alors qu'il avait été préalablement pris en charge par l'hôpital de Tattone, pour un syndrome de Prader-Willi. Par l'ordonnance n° 2101505 du 13 janvier 2022, le juge des référés du tribunal a prescrit une expertise médicale qui a été confiée au docteur C, anesthésiste réanimateur, qui a remis son rapport le 20 avril 2022. Par une lettre du 25 octobre 2022, Mme A, mère de la victime, a présenté une réclamation préalable à cet hôpital qui n'y a pas répondu. Mme A demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Bastia à lui verser la somme de 21 259,66 euros. Pour sa part, la CPAM de la Haute-Corse demande au tribunal de condamner cet hôpital à l'indemniser des débours exposés pour 966,46 euros et la somme de 322,15 euros au titre de l'indemnité forfaitaire prévue par l'ordonnance 96-51 du 24 janvier 1996.
Sur la responsabilité :
2. L'article L. 1142-1 du code de la santé publique dispose que : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. ".
3. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire du docteur C, médecin anesthésiste réanimateur, que, le 2 août 2019, alors que M. A souffrait de difficultés respiratoires nécessitant une prise en charge médicale dans un établissement adapté, un délai de plus de quatre heures s'est écoulé entre la décision de le transférer du centre hospitalier de Tattone et son admission aux services des urgences du centre hospitalier de Bastia, ce délai résultant d'un arrêt au centre hospitalier de Corte alors pourtant qu'il ne pouvait y être assurée une prise en charge adaptée et, de difficultés pour obtenir un transfert du patient par un véhicule médicalisé. Dans ces conditions, le centre hospitalier de Bastia, dont le service de régulation relevait, a commis une faute dans l'organisation et le fonctionnement du service, de nature à engager sa responsabilité.
4. En second lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise judiciaire, qu'à son arrivée au centre hospitalier de Bastia, M. A, qui souffrait d'une infection respiratoire, a rapidement subi un arrêt cardiaque qui a nécessité une réanimation par un médecin urgentiste, par massage cardiaque et injection d'adrénaline. Si cette intervention a permis la reprise d'une activité cardiaque, il a cependant été mis fin à la réanimation du patient, le médecin urgentiste ayant déclaré qu'il avait été conjointement décidé avec le médecin réanimateur, en accord avec Mme A, de ne pas entreprendre de réanimation en cas de nouvelle aggravation clinique, compte tenu de la détresse respiratoire du patient. Toutefois, ainsi que l'expert l'indique, en l'absence de traçabilité des paramètres cardio-vasculaires, du nom du réanimateur, de certificat permettant d'établir l'heure du décès, un tel choix thérapeutique n'apparaît pas justifié, alors que la requérante soutient pour sa part qu'elle n'a cessé de réclamer des soins, sans succès. Il suit de là que Mme A est fondée à soutenir que le centre hospitalier de Bastia a commis une faute médicale de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne le lien de causalité :
5. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter la survenue de ce dommage. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
6. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire, que, nonobstant la circonstance que le patient souffrait du syndrome de Prader-Willi depuis plusieurs années et éprouvait des difficultés respiratoires lors de son transfert du centre hospitalier de Tattone, le 2 août 2019, les fautes, citées aux points 3 et 4, commises par le centre hospitalier de Bastia lui ont fait perdre une chance de survie dont le taux doit être fixé à 35 %.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les préjudices de la victime directe :
7. Si la victime du dommage décède avant d'avoir elle-même introduit une action en réparation, son droit, entré dans son patrimoine avant son décès, est transmis à ses héritiers.
8. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire, que M. A a enduré des souffrances, entre son transfert au centre hospitalier de Bastia et son décès survenu le 2 août 2019, alors qu'il se trouvait en détresse respiratoire. L'expert a évalué le niveau de ces souffrances à 2 sur une échelle de 7. Il résulte de l'acte de notoriété produit par la requérante que celle-ci a la qualité d'héritière pour un quart indivis des biens de la succession de son fils. Compte tenu de la déduction de la perte de chance de 35 % retenue au point 6, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à la somme de 220 euros.
En ce qui concerne les préjudices de la victime indirecte :
S'agissant des préjudices patrimoniaux :
9. Il résulte de l'instruction, notamment des factures produites par Mme A, que, d'abord, celle-ci a exposé des frais d'obsèques pour un montant total de 3 870,66 euros qui n'apparaissent pas somptuaires. Compte tenu de la déduction de la perte de chance de survie de la victime de 35 % retenue au point 6, le montant de l'indemnité mise à la charge du centre hospitalier de Bastia s'élève à la somme de 1 354,73 euros. En outre, la requérante a exposé des frais de conseil par un médecin-conseil, pour l'expertise judiciaire, pour un montant de 2 650 euros qui incombent intégralement à cet hôpital. Enfin, il en va de même des frais de déplacement aux opérations d'expertise judiciaire exposés par la requérante et son conseil, pour un montant total de 405,35 euros. Il s'ensuit que le montant total des frais divers mis à la charge de l'hôpital est de 4 410,08 euros.
S'agissant des préjudices personnels :
10. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme A a toujours maintenu un lien étroit avec son fils, dont elle s'occupait en tant que tutrice légale, à compter de la date de révélation du syndrome de Prader-Willi de la victime, survenue à l'âge de 20 ans, puis à la suite de son admission en 2016, au centre hospitalier de Tattone. Compte tenu des circonstances du décès de M. A et de la déduction de la perte de chance de survie imputable au centre hospitalier de Bastia, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par la requérante en fixant l'indemnité à la somme de 7 000 euros.
11. En second lieu, ainsi qu'il a été dit au point 4, en opérant un choix thérapeutique injustifié, sans répondre aux demandes de Mme A d'assurer des soins à son fils, le centre hospitalier de Bastia a commis une faute. Eu égard aux conditions dans lesquelles celle-ci a assisté au décès de son fils, il y a lieu d'indemniser ce préjudice moral, distinct du préjudice d'affection retenu au point précédent, en accordant à la requérante, après déduction de la perte de chance, la somme de 300 euros.
12. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner le centre hospitalier de Bastia à verser à Mme A la somme totale de 11 930,08 euros.
En ce qui concerne les débours de la CPAM de la Haute-Corse :
13. La CPAM de la Haute-Corse justifie de débours passés d'un montant total de euros 2 761,32 euros correspondant aux frais de transport et d'hospitalisation de M. A le 2 août 2019. Compte tenu de la déduction de la perte de chance de 35 % retenue au point 6, il y a lieu de condamner le centre hospitalier de Bastia à verser à la requérante la somme de 966,46 euros.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
14. Lorsqu'ils sont demandés, les intérêts au taux légal sur le montant de l'indemnité allouée sont dus, quelle que soit la date de la demande préalable, à compter du jour où cette demande est parvenue à l'autorité compétente ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité. D'autre part, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande prend toutefois effet au plus tôt à la date à laquelle elle est enregistrée, et pourvu qu'à cette date il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure, sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.
15. Mme A a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 11 930,08 euros à compter du 3 février 2023, date d'enregistrement de la requête. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La requérante a demandé la capitalisation des intérêts dans sa requête introductive d'instance. Il y a ainsi lieu de faire droit à cette demande à compter du 3 février 2024 et à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés à l'instance :
16. En premier lieu, il résulte des dispositions du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale que le montant de l'indemnité forfaitaire qu'elles instituent est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un plafond dont le montant est révisé chaque année par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget.
17. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 110 € et 1 114 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2022 ".
18. En application de ces dispositions, et eu égard au montant de la somme allouée à la CPAM de la Haute-Corse au titre de ses débours, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Bastia le versement de la somme de 322,15 euros à raison des frais engagés pour obtenir le remboursement des prestations servies à M. A.
19. En second lieu, il y a lieu de mettre les frais et honoraires de l'expertise confiée au docteur C, liquidés et taxés à la somme globale de 2 455 euros par l'ordonnance du juge des référés du tribunal du 20 avril 2022, à la charge définitive du centre hospitalier de Bastia.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier de Bastia est condamné à verser à Mme A une somme de 11 930,08 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 3 février 2023. Les intérêts échus le 3 février 2024 seront capitalisés à cette date pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : Le centre hospitalier de Bastia est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Corse la somme de 966,46 euros.
Article 3 : Le centre hospitalier de Bastia versera à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Corse la somme de 322,15 euros au titre du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Article 4 : Les frais et honoraires de l'expertise précitée, taxés à la somme de 2 455 euros, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Bastia.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au centre hospitalier de Bastia et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Corse.
Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Anne Baux, présidente ;
M. Jan Martin, premier conseiller ;
Mme Nathalie Sadat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. MARTIN
La présidente,
Signé
A. BAUX
La greffière,
Signé
R. ALFONSI
La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
R. ALFONSI
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026