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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2300811

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2300811

lundi 26 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2300811
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat statuant seul
Avocat requérantCABINET PERINO SCARCELLA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 10 juillet 2023, le 19 décembre 2023 et le 8 février 2024, M. C B, représenté par Me Perino Scarcella, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 28 juin 2023 par laquelle la commission départementale de médiation de la Haute-Corse a refusé de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social en application des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

2°) d'enjoindre à la commission départementale de médiation de la Haute-Corse de le reconnaître comme prioritaire et devant être relogé d'urgence dans un logement situé au rez-de-chaussée ou au premier étage avec ascenseur pour personnes à mobilité réduite (PMR) dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat.

Le requérant soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors, d'une part, que son logement n'est pas adapté à son handicap, d'autre part, que son logement est indécent et insalubre ;

- la commission a entaché sa décision de contradiction en constatant qu'il n'était pas handicapé et que son bailleur se devait de lui proposer un logement conforme à son handicap.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 11 septembre 2023, le 11 janvier 2024 et le 9 février 2024, le préfet de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête. Le préfet soutient que les moyens de M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision du 25 août 2023 accordant à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-691 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2002-120 du 30 janvier 2002 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pierre Monnier, vice président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pierre Monnier ;

- et les observations de M. A, représentant le préfet de la Haute-Corse.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a présenté le 30 mai 2023 devant la commission de médiation de la Haute-Corse une demande de logement au titre du droit au logement opposable. Par une décision du 28 juin 2023, la commission de médiation a rejeté son recours. M. B conteste cette décision.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable () dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 () ". En vertu des dispositions de l'article L. 441-2-3 de ce code : La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. () / Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. (). Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social et qui se trouvent dans l'une des situations suivantes : / - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; / - être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; / - être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Le cas échéant, la commission tient compte des droits à hébergement ou à relogement auxquels le demandeur peut prétendre en application des dispositions des articles L. 521-1 et suivants, des articles L. 314-1 et suivants du code de l'urbanisme ou de toute autre disposition ouvrant au demandeur un droit à relogement ; /- avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; / - être hébergées dans une structure d'hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale de façon continue depuis plus de six mois ou logées temporairement dans un logement de transition ou un logement-foyer depuis plus de dix-huit mois, sans préjudice, le cas échéant, des dispositions du IV de l'article L. 441-2-3 ; / -être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus ".

4. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.

5. Il appartient à la commission de médiation, qui, pour instruire les demandes qui lui sont présentées en application du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, peut obtenir des professionnels de l'action sociale et médico-sociale, au besoin sur sa demande, les informations propres à l'éclairer sur la situation des demandeurs, de procéder, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à un examen global de la situation de ces derniers au regard des informations dont elle dispose, sans être limitée par le motif invoqué dans la demande, afin de vérifier s'ils se trouvent dans l'une des situations envisagées à l'article R. 441-14-1 de ce code pour être reconnus prioritaires et devant être relogés en urgence au titre du premier ou du deuxième alinéa du II de l'article L. 441-2-3. Le demandeur qui forme un recours pour excès de pouvoir contre la décision par laquelle la commission de médiation a refusé de le déclarer prioritaire et devant être relogé en urgence peut utilement faire valoir qu'à la date de cette décision, il remplissait les conditions pour être déclaré prioritaire sur le fondement d'un autre alinéa du II de l'article L. 441-2-3 que celui qu'il avait invoqué devant la commission de médiation. Il peut également présenter pour la première fois devant le juge de l'excès de pouvoir des éléments de fait ou des justificatifs qu'il n'avait pas soumis à la commission, sous réserve que ces éléments tendent à établir qu'à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans l'une des situations lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B, qui s'est vu notamment attribuer à compter du 1er octobre 2021 une allocation aux adultes handicapés avec un taux d'incapacité supérieur ou égal à 80 %, présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles.

7. D'autre part, si M. B a été victime d'un dégât des eaux ayant notamment provoqué des tâches d'humidité, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des photographies produites, que son logement serait insalubre. En outre, ces photographies, contrairement à ce qu'il soutient, ne démontrent pas que son logement ne correspond pas aux critères définis par le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques d'un logement décent.

8 Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment d'un rapport effectué par un ergothérapeute le 24 juillet 2023, que le logement occupé par M. B est situé au premier étage sans ascenseur. En outre, les marches pour accéder à son appartement et à son balcon ainsi que le sol gondolé entre sa chambre et le couloir rendent périlleux les déplacements qu'il doit faire avec une canne ou un déambulateur. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le bailleur de M. B ne lui a pas proposé de logement plus adapté à son handicap malgré de nombreuses demandes en ce sens. La circonstance que M. B ait la possibilité de solliciter une mutation de logement au sein du parc social géré par son bailleur, dont se prévaut le préfet de la Haute-Corse dans ses écritures en défense, est sans incidence sur la faculté du requérant à présenter un recours amiable devant la commission de médiation. Dans ces conditions, la commission de médiation a, dans les circonstances particulières de l'espèce, commis une erreur manifeste d'appréciation en ne désignant pas M. B comme prioritaire, nonobstant la circonstance qu'il ne répondait qu'imparfaitement aux caractéristiques définies à l'article R. 441-41-1 du code de la construction et de l'habitation.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 28 juin 2023 par laquelle la commission de médiation de la Haute-Corse a refusé de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, qui annule la décision du 28 juin 2023 de la commission de médiation de la Haute-Corse, implique nécessairement qu'il soit procédé à un réexamen de la demande de M. B par la commission de médiation. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Corse de faire procéder à ce nouvel examen de la demande de l'intéressé par la commission de médiation de la Haute-Corse en vue de prendre une nouvelle décision qui devra intervenir dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

11. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Perino Scarcella, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Perino Scarcella d'une somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 28 juin 2023 de la commission de médiation de la Haute-Corse est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Corse de faire procéder à un nouvel examen de la demande de M. B par la commission de médiation de la Haute-Corse en vue de prendre une nouvelle décision qui devra intervenir dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Perino Scarcella une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Perino Scarcella renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Perino Scarcella et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Corse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

H. NICAISE

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. NICAISE

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