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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2300835

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2300835

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2300835
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat statuant seul
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS ROMANI-CLADA -MAROSELLI- ARMANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une saisine et un mémoire, enregistrés le 11 juillet 2023 et le 11 septembre 2024, le préfet de la Corse-du-Sud défère au tribunal, comme prévenues d'une contravention de grande voirie, Mme A B et la société Réserve de Saparella et conclut à ce que le tribunal :

1°) constate que les faits établis par le procès-verbal constituent la contravention prévue et réprimée par l'article L. 2132-3 du code général de la propriété des personnes publiques et condamne par suite Mme B et la société Réserve de Saparella au paiement de l'amende prévue par le décret n° 2003-172 du 25 février 2003, pour chaque corps-mort ;

2°) ordonne la remise en état des lieux, sous astreinte de 500 euros par jour de retard par corps-mort ;

3°) l'autorise à procéder d'office, aux frais des contrevenants, à la remise en état des lieux.

Il soutient que :

- il résulte d'un constat du 23 juin 2023 la présence de onze dispositifs fixes d'amarrage installés sur le domaine public maritime, au droit de l'établissement Domaine de Saparella, le navire immatriculé AJ 934761 appartenant à la société Réserve de Saparella et portant l'inscription " Domaine de Saparella - Navette " étant amarré à l'une des onze bouées de surface ;

- cette occupation sans autorisation entraîne une atteinte à la destination de droit du domaine public maritime naturel qui est la libre utilisation de ce dernier au profit du public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2023, Mme B et la SARL la Réserve de Saparella, représentées par Me Gennari, concluent, dans le dernier état de leurs écritures, à titre principal, à la relaxe des fins de la poursuite, à titre subsidiaire, à ce que seule soit retenue l'infraction concernant le navire dont la société est propriétaire.

Ils soutiennent que :

- la procédure n'a pas respecté les dispositions de l'article L. 774-2 du code de justice administrative, le procès-verbal de contravention de grande voirie ayant été notifié plus de dix jours après ;

- les poursuites engagées méconnaissent le droit à un procès équitable garanti par les stipulations de l'article 6-2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que le procès-verbal de contravention n'indique pas quelles sont les sanctions encourues ;

- l'administration n'apporte pas la preuve d'un mouillage organisé au droit du restaurant ;

- le fait qu'une des bouées soit occupée ponctuellement par un navire leur appartenant ne démontre pas qu'elles seraient à l'origine de l'installation en litige, ni a fortiori des autres dispositifs.

Un mémoire présenté pour Mme B a été enregistré le 3 octobre 2024, postérieurement à la clôture d'instruction qui est intervenue en application du 1er alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative, trois jours francs avant l'audience.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le procès-verbal de contravention de grande voirie du 23 juin 2023 ;

- le certificat constatant la notification du procès-verbal, comportant invitation à produire une défense écrite.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Baux, présidente-rapporteure,

- les conclusions de Mme Castany, rapporteure publique,

Considérant ce qui suit :

1. Le 23 juin 2023, le préfet de la Corse-du-Sud a dressé un procès-verbal de contravention à l'encontre de Mme B et la société Réserve de Saparella à raison de l'occupation sans droit ni titre du domaine public par la présence, le 12 juin 2023, de onze dispositifs fixes d'amarrage, au droit de l'établissement Domaine de Saparella, et d'un navire immatriculé AJ 934761 appartenant à la société Réserve de Saparella et portant l'inscription " Domaine de Saparella - Navette " amarré à l'une des onze bouées de surface, sur le territoire de la commune de Coti-Chiavari. Le préfet de la Corse-du-Sud défère au tribunal, comme prévenues d'une contravention de grande voirie, Mme B et la société Réserve de Saparella et conclut à ce que le tribunal constate que les faits établis par le procès-verbal constituent la contravention prévue et réprimée par l'article L. 2132-3 du code général de la propriété des personnes publiques.

Sur l'engagement des poursuites :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 774-2 du code de justice administrative : " Dans les dix jours qui suivent la rédaction d'un procès-verbal de contravention, le préfet fait faire au contrevenant notification de la copie du procès-verbal ". L'observation de ce délai de dix jours n'étant pas prescrite à peine de nullité, le moyen tiré de ce qu'il aurait été méconnu ne peut être utilement invoqué.

Sur la contravention de grande voirie :

3. Aux termes de l'article L. 2111 4 du code général de la propriété des personnes publiques : " Le domaine public maritime naturel de l'Etat comprend : 1° Le sol et le sous-sol de la mer entre la limite extérieure de la mer territoriale et, côté terre, le rivage de la mer. () ". Aux termes de l'article L. 2122-1 du même code : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous. () ". Et aux termes de l'article L. 2132-3 de ce code : " Nul ne peut bâtir sur le domaine public maritime ou y réaliser quelque aménagement ou quelque ouvrage que ce soit sous peine de leur démolition, de confiscation des matériaux et d'amende () ". Ces dispositions tendent à assurer, au moyen de l'action domaniale qu'elles instituent, la remise du domaine public maritime naturel dans un état conforme à son affectation publique en permettant aux autorités chargées de sa protection, notamment, d'ordonner à celui qui l'a édifié ou, à défaut, à la personne qui en a la garde, la démolition de tout ouvrage ou aménagement irrégulièrement implanté sur ce domaine. Dans le cas d'un tel ouvrage, le gardien est celui qui, en ayant la maîtrise effective, se comporte comme s'il en était le propriétaire.

En ce qui concerne l'infraction :

4. En premier lieu, le préfet de la Corse-du-Sud soutient que Mme B et la SARL la Réserve de Saparella occupent sans autorisation le domaine public à raison de la présence, le 12 juin 2023, de onze dispositifs fixes d'amarrage, présents au droit de l'établissement Domaine de Saparella, et d'un navire immatriculé AJ 934761 appartenant à la société Réserve de Saparella et portant l'inscription " Domaine de Saparella - Navette " amarré à l'une des onze bouées de surface, sur le territoire de la commune de Coti-Chiavari.

5. En défense, les personnes poursuivies font valoir que le préfet n'apporte pas la preuve d'un mouillage organisé au droit du restaurant et que le fait qu'une des bouées soit occupée ponctuellement par un navire leur appartenant ne démontre pas qu'elles seraient à l'origine de l'installation en litige, ni a fortiori des autres dispositifs. Il résulte toutefois de l'instruction que les onze dispositifs fixes d'amarrage en cause disposent d'une bouée de surface de même couleur, se trouvent sur le plan d'eau au droit de l'établissement, le seul sur cette frange du littoral, et que le bateau amarré à l'une de ces bouées appartient à l'établissement qui l'utilise pour organiser des transferts entre les mouillage et la plage. En outre, le préfet de la Corse-du-Sud soutient, sans être sérieusement contesté, que le site internet Navily détaille les conditions de mouillage que propose l'établissement " Réserve de Saparella " sur lequel il est indiqué que cet établissement dispose de bouées d'amarrage et fait état d'avis des utilisateurs confirmant qu'un service de navette est mis en place entre la zone de mouillage et le restaurant. Dans ces conditions, Mme B et la SARL la Réserve de Saparella doivent être regardées comme se comportant à l'égard des installations en cause comme leur propriétaire, de sorte qu'ils en ont la garde.

6. Un tel dispositif d'amarrage, qui suppose non seulement une occupation du plan d'eau, mais celle sous-jacente du sol de la mer territoriale en raison de la présence des onze corps-morts qui y sont installés, constitue, en raison de son caractère permanent, un usage privatif du domaine public maritime, excédent le droit d'usage appartenant à tous.

7. En second lieu, en vertu des stipulations de l'article 6-2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, toute personne accusée d'une infraction est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie. Ces stipulations, inopérantes en ce qui concerne l'action domaniale, peuvent être utilement invoquées dans le présent contentieux de grande voirie en tant qu'il vise au prononcé d'une amende, dans le cadre d'une action publique qui doit être regardée comme un contentieux répressif au sens de la convention européenne susvisée. Toutefois, les stipulations en cause n'ont ni pour objet, ni pour effet d'interdire à l'autorité investie par le législateur d'un tel pouvoir répressif, de sanctionner des atteintes à l'intégrité du domaine public naturel dès lors qu'elles sont établies.

8. La circonstance que les sanctions encourues n'aient pas été indiquées dans le procès-verbal du 23 juin 2023 ne prive pas les intéressés d'un droit à un procès équitable, dès lors que la saisine du préfet comporte la référence du texte applicable en matière de sanctions et que le débat est contradictoire sur ce point devant le juge. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6-2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, opérant en matière répressive, n'est pas fondé.

9. Il résulte de ce qui précède que l'occupation, sans autorisation, constatée par le procès-verbal du 23 juin 2023, du domaine public maritime par la présence de onze dispositifs de mouillage et d'un bateau, amarré à l'un de ces dispositifs, appartenant à Mme B et la SARL la Réserve de Saparella présente le caractère d'une contravention de grande voirie prévue et réprimée par les dispositions du premier alinéa de l'article L. 2132-3 du code général de la propriété des personnes publiques citées au point 2.

En ce qui concerne le montant de l'amende :

10. Aux termes de l'article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve des textes spéciaux édictant des amendes d'un montant plus élevé, l'amende prononcée pour les contraventions de grande voirie ne peut excéder le montant prévu par le 5° de l'article 131-13 du code pénal () ". Selon l'article 1er du décret du 25 février 2003 relatif aux peines d'amende applicables aux infractions de grande voirie commises sur le domaine public maritime en dehors des ports : " Toute infraction en matière de grande voirie commise sur le domaine public maritime en dehors des ports, et autres que celles concernant les amers, feux, phares et centres de surveillance de la navigation prévues par la loi du 27 novembre 1987 susvisée, est punie de la peine d'amende prévue par l'article 131-13 du code pénal pour les contraventions de la 5ème classe. En cas de récidive, l'amende est celle prévue pour la récidive des contraventions de la 5e classe par les articles 132-11 et 132-15 du code pénal () ". Aux termes de l'article 131-13 du code pénal : " Constituent des contraventions les infractions que la loi punit d'une amende n'excédant pas 3 000 euros. Le montant de l'amende est le suivant : () 5° 1 500 euros au plus pour les contraventions de la 5e classe, montant qui peut être porté à 3 000 euros en cas de récidive lorsque le règlement le prévoit, hors les cas où la loi prévoit que la récidive de la contravention constitue un délit ".

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de condamner Mme B et la SARL la Réserve de Saparella à une amende de 1 500 euros.

Sur l'action domaniale :

12. Dès lors que l'action domaniale vise la cessation du trouble causé au domaine, il y a lieu d'enjoindre à Mme B et à la SARL la Réserve de Saparella, s'ils ne l'ont déjà fait, de libérer sans délai le domaine public et d'assortir cette injonction d'une astreinte de 50 euros par jour de retard dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

D É C I D E :

Article 1er : Mme B et la SARL la Réserve de Saparella sont condamnées à payer une amende de 1 500 euros.

Article 2 : Mme B et la SARL la Réserve de Saparella devront, sous le contrôle de l'administration, remettre sans délai, s'ils ne l'ont déjà fait, les lieux en l'état, sous peine d'une astreinte de 50 euros par jour de retard dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : En cas d'inexécution des intéressées, l'administration est autorisée à procéder d'office, aux frais des contrevenantes, à la remise en état des lieux.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Corse-du-Sud pour notification à Mme A B et la société Réserve de Saparella dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre.

La présidente-rapporteure,

Signé

A. BauxLa greffière,

Signé

H. Mannoni

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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