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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2300838

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2300838

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2300838
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat statuant seul
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS STREAM AVOCATS & SOLLICITORS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une saisine, enregistrée le 11 juillet 2023, le préfet de la Corse-du-Sud défère au tribunal, comme prévenus d'une contravention de grande voirie, la société Bizman Production et son gérant M. B A et conclut à ce que le tribunal :

1°) constate que les faits établis par le procès-verbal constituent la contravention prévue et réprimée par l'article L. 2132-3 du code général de la propriété des personnes publiques et condamne par suite la société Bizman Production et M. A au paiement de l'amende prévue par le décret n° 2003-172 du 25 février 2003 ;

2°) ordonne la remise en état des lieux, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) l'autorise à procéder d'office, aux frais des contrevenants, à la remise en état des lieux.

Il soutient que :

- il résulte d'un constat du 23 juin 2023 que le navire immatriculé AJ D40318, appartenant à la société Bizman Production, était amarré sur le littoral de la commune de Coti-Chiavari, à un dispositif d'ancrage fixe disposé sans autorisation sur le domaine public maritime ;

- cette occupation sans autorisation entraîne une atteinte à la destination de droit du domaine public maritime naturel qui est la libre utilisation de ce dernier au profit du public.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 juillet 2023 et le 11 septembre 2023, la société Bizman Production et M. A, représentes par Me de Corbière, concluent à la relaxe des fins de la poursuite et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Voies navigables de France au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- il n'est pas justifié de la compétence du secrétaire général pour introduire l'action en justice ;

- les agents qui ont procédé à la rédaction du procès-verbal n'étaient pas régulièrement assermentés ;

- ils ne sont ni les propriétaires ni les gardiens du dispositif d'amarrage en cause, qu'ils n'ont pas installé et qui est mis à leur disposition chaque année moyennant le versement d'une somme d'argent ;

- l'infraction tenant à l'action de s'amarrer à un corps-mort ne pourra être retenue ;

- à titre subsidiaire, le caractère irrégulier de l'installation du corps-mort leur était parfaitement inconnu ;

- n'étant ni les propriétaires ni les gardiens du dispositif d'amarrage en cause, ils se trouvent dans l'impossibilité matérielle de remettre les lieux dans leur état initial.

Par une ordonnance en date du 17 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 28 juin 2024.

Un mémoire présenté par le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud a été enregistré le 11 septembre 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le procès-verbal de contravention de grande voirie du 23 juin 2023 ;

- le certificat constatant la notification du procès-verbal, comportant invitation à produire une défense écrite.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code pénal ;

- le code de procédure pénale ;

- le décret n° 2003-172 du 25 février 2003 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Baux, présidente-rapporteure,

- les conclusions de Mme Castany, rapporteur publique,

Considérant ce qui suit :

1. Le 23 juin 2023, le préfet de la Corse-du-Sud a dressé un procès-verbal de contravention à l'encontre de la société Bizman Production et son gérant M. B A à raison de l'occupation sans droit ni titre du domaine public par la présence, le 12 juin 2023, d'un bateau leur appartenant, amarré à un dispositif d'ancrage fixe sur le littoral de la commune de Coti-Chiavari. Le préfet de la Corse-du-Sud défère au tribunal, comme prévenus d'une contravention de grande voirie, la société Bizman Production et M. A, et conclut à ce que le tribunal constate que les faits établis par le procès-verbal constituent la contravention prévue et réprimée par l'article L. 2132-3 du code général de la propriété des personnes publiques.

Sur la régularité de la procédure :

2. En premier lieu, par arrêté du 3 novembre 2022 du préfet de la Corse-du-Sud, régulièrement publié, M. Pierre Larrey, secrétaire général de la préfecture de la Corse-du-Sud, a reçu délégation de signature, à l'effet de signer notamment tout recours juridictionnel. Par suite, le moyen tiré de ce que ce que le tribunal aurait été saisi par une autorité incompétente doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 2131-21 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve de dispositions législatives spécifiques, les agents de l'Etat assermentés à cet effet devant le tribunal judiciaire, les agents de police judiciaire et les officiers de police judiciaire, ainsi que les agents des douanes, sont compétents pour constater les contraventions de grande voirie. ".

4. Si les personnes prévenues soutiennent que les agents qui ont procédé à la rédaction du procès-verbal de contravention de grande voirie n'étaient pas régulièrement assermentés, le préfet de la Corse-du-Sud produit les cartes de commission de ces agents, MM. Christophe Brehinier et Franck Dubois, attestant que ces derniers étaient dûment assermentés pour constater les infractions relevant du code général de la propriété des personnes publiques et avaient prêté serment devant le tribunal judiciaire d'Ajaccio, respectivement, le 7 octobre 2022 et le 11 juillet 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence des auteurs du procès-verbal de contravention de grande voirie doit être écarté.

Sur la contravention de grande voirie :

5. Aux termes de l'article L. 2111-4 du code général de la propriété des personnes publiques : " Le domaine public maritime naturel de l'Etat comprend : 1° Le sol et le sous-sol de la mer entre la limite extérieure de la mer territoriale et, côté terre, le rivage de la mer. () ". Aux termes de l'article L. 2122-1 du même code : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous. () ". Et aux termes de l'article L. 2132-3 de ce code : " Nul ne peut bâtir sur le domaine public maritime ou y réaliser quelque aménagement ou quelque ouvrage que ce soit sous peine de leur démolition, de confiscation des matériaux et d'amende () ". Ces dispositions tendent à assurer, au moyen de l'action domaniale qu'elles instituent, la remise du domaine public maritime naturel dans un état conforme à son affectation publique en permettant aux autorités chargées de sa protection, notamment, d'ordonner à celui qui l'a édifié ou, à défaut, à la personne qui en a la garde, la démolition de tout ouvrage ou aménagement irrégulièrement implanté sur ce domaine.

En ce qui concerne l'infraction :

6. Le préfet de la Corse-du-Sud soutient que la société Bizman Production et M. A occupent sans autorisation le domaine public à raison de la présence, le 12 juin 2023, d'un navire appartenant à la société Bizman Production, amarré à un dispositif d'ancrage fixe sur le littoral de la commune de Coti-Chiavari. Les intéressés ne contestent pas les faits qui leur sont reprochés. Un tel dispositif d'amarrage, qui suppose non seulement une occupation du plan d'eau, mais celle sous-jacente du sol de la mer territoriale en raison de la présence du corps-mort qui y est installé, constitue, en raison de son caractère permanent, un usage privatif du domaine public maritime, excédent le droit d'usage appartenant à tous. L'appréciation du caractère régulier ou non de l'occupation du domaine public est indépendante de la bonne foi de l'occupant. La circonstance que le corps-mort qu'ils utilisent est mis à leur disposition chaque année moyennant le versement d'une somme d'argent est sans influence sur la constatation de la matérialité de l'infraction.

7. Il résulte de ce qui précède que l'occupation, constatée par le procès-verbal du 23 juin 2023, du domaine public maritime par la présence du bateau appartenant à la société à la société Bizman Production, amarré à un dispositif d'ancrage fixe, sans autorisation, présente le caractère d'une contravention de grande voirie prévue et réprimée par les dispositions du premier alinéa de l'article L. 2132-3 du code général de la propriété des personnes publiques citées au point 5.

En ce qui concerne le montant de l'amende :

8. Aux termes de l'article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve des textes spéciaux édictant des amendes d'un montant plus élevé, l'amende prononcée pour les contraventions de grande voirie ne peut excéder le montant prévu par le 5° de l'article 131-13 du code pénal () ". Selon l'article 1er du décret du 25 février 2003 relatif aux peines d'amende applicables aux infractions de grande voirie commises sur le domaine public maritime en dehors des ports : " Toute infraction en matière de grande voirie commise sur le domaine public maritime en dehors des ports, et autres que celles concernant les amers, feux, phares et centres de surveillance de la navigation prévues par la loi du 27 novembre 1987 susvisée, est punie de la peine d'amende prévue par l'article 131-13 du code pénal pour les contraventions de la 5ème classe. En cas de récidive, l'amende est celle prévue pour la récidive des contraventions de la 5e classe par les articles 132-11 et 132-15 du code pénal () ". Aux termes de l'article 131-13 du code pénal : " Constituent des contraventions les infractions que la loi punit d'une amende n'excédant pas 3 000 euros. Le montant de l'amende est le suivant : () 5° 1 500 euros au plus pour les contraventions de la 5e classe, montant qui peut être porté à 3 000 euros en cas de récidive lorsque le règlement le prévoit, hors les cas où la loi prévoit que la récidive de la contravention constitue un délit ".

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de condamner la société Bizman Production et M. A à une amende de 500 euros.

Sur l'action domaniale :

10. Dès lors que l'action domaniale vise la cessation du trouble causé au domaine, il y a lieu d'enjoindre à la société Bizman Production et M. A, s'ils ne l'ont déjà fait, de libérer sans délai le domaine public et d'assortir cette injonction d'une astreinte de 50 euros par jour de retard dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la société Bizman Production et M. A et dirigées contre l'établissement public Voies Navigables de France doivent, dès lors, et en tout état cause, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La société Bizman Production et M. A sont condamnés à payer une amende de 500 euros.

Article 2 : La société Bizman Production et M. A devront, sous le contrôle de l'administration, remettre sans délai, s'ils ne l'ont déjà fait, les lieux en l'état, sous peine d'une astreinte de 50 euros par jour de retard dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : En cas d'inexécution des intéressés, l'administration est autorisée à procéder d'office, aux frais des contrevenants, à la remise en état des lieux.

Article 4 : Les conclusions de la société Bizman Production et M. A présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Corse-du-Sud pour notification à la société Bizman Production et son gérant M. B A dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

A. BauxLa greffière,

Signé

H. Mannoni

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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