jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2301068 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat statuant seul |
| Avocat requérant | ROUSSEL-FILIPPI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 septembre 2023, le 1er février 2024 et le 22 mai 2024, M. A B, représenté par Me Roussel-Filippi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 16 mai 2023 par laquelle le président du conseil exécutif de Corse lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 7 823,29 euros ;
2°) d'annuler la décision du 25 juillet 2023 par laquelle le président du conseil exécutif a rejeté sa demande de remise gracieuse de cet indu de 7 823,29 euros ;
3°) d'ordonner la remise totale ou, à défaut, partielle, de la somme de 7 823,29 euros ;
4°) de condamner la collectivité de Corse aux dépens, comprenant les droits de plaidoirie.
Le requérant soutient que :
- les décisions contestées sont entachées d'incompétence faute de justifier des délégations de pouvoir et de signature des deux signataires ;
- la décision du 16 mai 2023 est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article R. 262-92-1 du code de l'action sociale et des familles ;
- les décisions méconnaissent la procédure contradictoire prévue à l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision du 25 juillet 2023 est entachée d'un vice de procédure faute de saisine de la commission des indus ;
- c'est à tort que l'administration a estimé qu'il avait repris la vie commune avec la mère de sa fille ;
- à titre subsidiaire, c'est à tort que la collectivité de Corse a rejeté sa demande de remise gracieuse de sa dette dès lors qu'il n'y a pas de volonté de dissimulation de sa part et qu'il se trouve dans l'incapacité de rembourser la somme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2024, la collectivité de Corse conclut au rejet de la requête. Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 octobre 2023.
En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été averties que le tribunal était susceptible d'annuler la décision du 25 juillet 2023 par voie de conséquence de l'annulation de la décision du 16 mai 2023.
Une réponse de la collectivité de Corse a été enregistrée le 7 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Pierre Monnier, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
En application des dispositions du 6° de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties le jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M Pierre Monnier, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Roussel-Filippi, avocate de M. B.
La clôture de l'instruction a été prononcée après les observations de Me Roussel-Filippi.
Une note en délibéré de la collectivité de Corse a été enregistrée le 12 juin 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, allocataire du revenu de solidarité active (RSA)en tant que personne isolée, a fait l'objet à l'automne 2022 d'un contrôle à l'issue duquel la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Corse-du-Sud a estimé qu'il avait une vie maritale avec la mère de sa fille depuis son arrivée en Corse en juillet 2019. La CAF de la Corse-du-Sud a modifié ses droits en conséquence et lui a notifié, par une décision du 6 décembre 2022, un trop-perçu d'un montant total de 11 505,61 euros, composé notamment d'une créance de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 8 179,45 euros. Le 16 mai 2023, le président du conseil exécutif a décidé de récupérer un indu d'un montant de 7 823,29 euros afférent à la période du 1er février 2021 au 31 juillet 2022 en joignant à cette décision un " titre de recette à émettre " d'un même montant, ainsi qu'un listing émis le 28 avril 2023 par la CAF de la Corse-du-Sud. Par un courriel du 22 mai 2023, M. B a contesté la décision du 16 mai 2023 en présentant des moyens gracieux et de fond. Par une décision du 25 juillet 2023, le président du conseil exécutif de Corse a rejeté sa demande de remise gracieuse. Par sa requête, M. B demande l'annulation des décisions du 16 mai 2023 et du 25 juillet 2023 et d'ordonner la remise totale ou, à défaut, partielle, de la somme de 7 823,29 euros.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Lorsque le juge administratif est saisi d'un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de RSA, il entre dans son office d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
En ce qui concerne le bien-fondé de la créance :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre ". Aux termes de l'article L. 262-9 du même code : " () Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges () ". En vertu de l'article L. 262-3 de ce code, l'ensemble des ressources du foyer est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active. Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 dudit code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments () ".
4. D'autre part, aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple ".
5. Il résulte de l'ensemble des dispositions citées ci-dessus que, pour le bénéfice du RSA, le foyer s'entend du demandeur ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.
6. En l'espèce, le requérant déclare vivre séparément de la mère de sa fille qui réside en région parisienne. Il résulte toutefois de l'instruction, notamment du rapport d'enquête de la CAF établi le 5 décembre 2022 à l'issue du contrôle de sa situation, d'une part, que l'intéressé vit sans payer de loyer depuis juillet 2019 en Corse avec leur fille dans un logement appartenant à la mère de sa fille au sein duquel cette dernière dispose d'une chambre et, d'autre part, que les relevés de compte bancaire de M. B font apparaître des transactions financières avec la mère de sa fille. S'il résulte de l'instruction que la mère de sa fille loue un appartement en région parisienne, cette dernière a déclaré auprès des administrations et des banques, notamment sur son avis d'imposition, l'adresse de sa maison de Corse où le requérant vit depuis juillet 2019 sans bourse déliée. Les deux attestations insuffisamment circonstanciées ainsi que le bordereau de remise d'un émetteur de parking et d'un badge d'accès à l'appartement parisien ne permettant pas de justifier de l'intensité des séjours de la mère de sa fille en région parisienne, M. B ne remet pas en cause le faisceau d'indices concordants mis en évidence par la CAF tendant à établir la continuité et la stabilité de sa situation de concubinage avec la mère de sa fille. Par suite, le requérant n'est pas fondé à contester l'indu de RSA en litige résultant de la régularisation de sa situation.
En ce qui concerne la régularité en la forme de la décision du 16 mai 2023 :
7. D'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / [] imposent des sujétions [] ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
8. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.
9. D'autre part, aux termes de l'article R. 262-92-1 du code de l'action sociale et des familles : " I. L'action en recouvrement du paiement indu de revenu de solidarité active s'ouvre par l'envoi au bénéficiaire par le président du conseil départemental ou, le cas échéant, par le directeur de l'organisme chargé du service de cette prestation, par tout moyen donnant date certaine à sa réception, d'une notification constatant, sur la base des informations dont dispose l'organisme, que le bénéficiaire a perçu un indu. Cette notification : / 1° Précise la nature et la date du ou des versements en cause, le montant des sommes réclamées et le motif justifiant la récupération de l'indu () ".
10. La décision du 16 mai 2023 mentionne l'indu réclamé. Toutefois, elle ne précise pas le motif de la récupération. A cet égard, les mentions " Situat. Famille et avt enfant " et " ORIG. Plan de contrôle " ne permettaient pas à M. B, contrairement à ce que soutient la collectivité de Corse, de connaître le motif de la décision, à savoir l'existence d'une vie maritale avec la mère de sa fille depuis le mois de juillet 2019. Enfin, la décision de la CAF de la Corse-du-Sud du 6 décembre 2022 mentionnée au point 1 ne précise pas davantage ce motif et les explications données le 14 décembre 2022 par un agent de la CAF suite à la réclamation de M. B contre la décision du 6 décembre 2022 ne saurait valoir motivation de la décision du président du conseil exécutif de Corse en date du 16 mai 2023 ne serait-ce que parce que les décisions des 6 décembre 2022 et 16 mai 2023 portent sur des montants différents. Par suite, une telle motivation, qui ne permet pas de connaître le motif pour lequel il est procédé à la récupération d'un tel indu, est insuffisante au regard des exigences des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration et du code de l'action sociale et des familles. Par suite, M. B est fondé à soutenir que la décision du 16 mai 2023 est entachée d'une insuffisance de motivation.
11. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 16 mai 2023. Par voie de conséquence, la décision du 25 juillet 2023, qui rejette la demande de remise gracieuse de l'indu réclamé dans la décision du 16 mai 2023, doit également être annulée.
Sur les conclusions tendant à ce que soit ordonnée la remise totale de la somme de l'indu :
12. En cas d'annulation par le juge administratif, saisi d'un recours dirigé contre celle-ci, d'une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de RSA il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision. Lorsque tout ou partie de l'indu de RSA a été recouvré, il appartient au juge, s'il est saisi de conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de rembourser la somme déjà recouvrée ou s'il décide de prescrire cette mesure d'office, de déterminer le délai dans lequel l'administration, en exécution de sa décision, doit procéder à ce remboursement, sauf à régulariser sa décision de récupération si celle-ci n'a été annulée que pour un vice de légalité externe.
13. Il résulte de ce qui a été dit aux points 6 et 11 que la décision du 16 mai 2023 n'est annulée que pour un motif de légalité externe. Par suite, et sauf à ce que l'autorité administrative régularise sa décision de récupération, il y a seulement lieu d'enjoindre à la collectivité de Corse de rembourser les sommes déjà recouvrées dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les dépens :
14. La somme demandée au titre des dépens correspond à des droits de plaidoirie qui ne sont pas au nombre des dépens énumérés par l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent, en conséquence, qu'être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : Les décisions du 16 mai 2023 et du 25 juillet 2023 sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint à la collectivité de Corse de rembourser les sommes déjà recouvrées pour l'indu de revenu de solidarité active, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sauf à ce qu'elle régularise sa décision de récupération.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la collectivité de Corse.
Copie en sera adressée pour information à la caisse d'allocations familiales de la Corse-du-Sud.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 20 juin 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
P. MONNIERLa greffière,
Signé
H. MANNONI
La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
H. MANNONI
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026