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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2301276

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2301276

vendredi 10 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2301276
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS LIBERTAE-JURIS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bastia a rejeté la requête de Mme C..., infirmière au centre hospitalier de Castelluccio, qui demandait l'annulation de la décision implicite refusant son reclassement à l'échelon 11 avec un indice brut 886 à compter du 1er octobre 2021. Le tribunal a jugé que les conclusions à fin d'annulation étaient irrecevables car tardives, le recours gracieux ayant été formé après l'expiration du délai de recours contentieux de deux mois suivant la notification de l'arrêté du 19 septembre 2022. La solution retenue est fondée sur les articles R. 421-1 et R. 421-5 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 octobre 2023 et le 19 avril 2025, Mme A... B... épouse C..., représentée par Me Poli, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision par laquelle le centre hospitalier de Castelluccio a implicitement rejeté sa demande tendant à son reclassement à l’échelon 11 de son grade avec un indice brut 886 à compter du 1er octobre 2021 ;

2°) d’enjoindre au centre hospitalier de Castelluccio de prononcer son reclassement à l’échelon 11 de son grade avec un indice brut 886 à compter du 1er octobre 2021, de régulariser sa situation administrative et financière à compter du 15 novembre 2012 et de mentionner de manière claire son ancienneté acquise à l’échelon 11 afin de lui permettre une régularisation de ses droits à la retraite ;

3°) de condamner le centre hospitalier de Castelluccio à lui verser la somme de 2 546,08 euros au titre des rappels de salaire pour la période d’octobre 2021 à février 2022 ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Castelluccio la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision attaquée est entachée d’une erreur de droit ;
- le centre hospitalier de Castelluccio a commis une faute en s’abstenant de procéder à son reclassement à l’échelon 11 de son grade à compter du 1er octobre 2021 ;
- elle est fondée à solliciter le versement de la somme de 2 546,08 euros au titre des rappels de salaire pour la période allant du mois d’octobre 2021 au mois de février 2022.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2025, le centre hospitalier de Castellucio, représenté par Me Vaillier, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :
- les conclusions à fin d’annulation sont irrecevables, le recours gracieux formé le 11 juin 2023 contre l’arrêté du 19 septembre 2022 a été introduit après l’expiration du délai de recours contentieux ;
- les moyens soulevés par Mme C... ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
-  le décret n° 2010-1139 du 29 septembre 2010 ;
- le décret n° 2016-693 du 19 mai 2016 ;
- le décret n° 2021-1262 du 29 septembre 2021 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Zerdoud,
- et les conclusions de M. Martin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C... est infirmière en soins généraux et spécialisés au centre hospitalier de Castelluccio depuis le 1er décembre 2003. En application des dispositions du décret du 19 mai 2016, par un arrêté du 9 mars 2017, l’intéressée a été reclassée à l’échelon 10 du 2ème grade d’infirmière en soins généraux puis, par un arrêté du 16 novembre 2021, elle a été maintenue à l’échelon 10 avec un indice brut 761 et, par un arrêté du 18 mars 2022, elle a vu son indice revalorisé à 836, avec effet rétroactif au 1er octobre 2021. En suivant, par un arrêté du 19 septembre 2022, Mme C... a été promue à l’échelon 11 de son grade, indice brut 886, à compter du 1er mars 2022. Enfin, par un arrêté en date du 25 octobre 2022, l’intéressée a été admise à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 24 mars 2023. Toutefois, par un courrier en date du 29 mai 2023, réceptionné le 11 juin 2023, la requérante a sollicité que le centre hospitalier de Castelluccio procède à son reclassement à l’échelon 11 de son grade avec un indice brut 886 à compter du 1er octobre 2021 et que lui soit versée la somme de 2 546,08 euros au titre des rappels de salaire pour la période allant du mois d’octobre 2021 au mois de février 2022. Mme C... demande au tribunal de prononcer l’annulation de la décision par laquelle ledit centre hospitalier a implicitement rejeté cette demande.

Sur la fin de non-recevoir soulevée par le centre hospitalier de Castelluccio :

2. Aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / (…). » Aux termes de l’article R. 421-5 du même code : « Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ».

3. En l’espèce, Mme C..., qui sollicite l’annulation de la décision par laquelle le centre hospitalier de Castelluccio a implicitement refusé de faire droit à sa demande tendant à son reclassement à l’échelon 11 de son grade avec un indice brut 886 à compter du 1er octobre 2021, doit être regardée comme sollicitant également l’annulation de l’arrêté du 19 septembre 2022 procédant à son reclassement au 11ème échelon du 2ème grade d’infirmière en soins généraux à compter du 1er mars 2022. Toutefois, il ressort des mentions de cet arrêté, qui comportait l’indication des voies et délais de recours à la suite de son dispositif, que l’intéressée en a reçu notification le même jour, soit le 19 septembre 2022. Par suite, dès lors que le délai de recours contentieux expirait le 21 novembre 2022 et que l’intéressée n’a saisi ledit centre hospitalier d’un recours gracieux que le 11 juin 2023, soit postérieurement à l’expiration de ce délai, ce qui n’a pu avoir pour effet de le proroger, les conclusions à fin d’annulation ainsi présentées par Mme C... sont tardives. Ainsi, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête opposée par le centre hospitalier de Castelluccio doit être accueillie.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la requête de M. C... doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

5. En deuxième lieu, aux termes de l’article 19 du décret du 29 septembre 2010 portant statut particulier du corps des infirmiers en soins généraux et spécialisés de la fonction publique hospitalière, tel que modifié par les dispositions du décret du 29 septembre 2021, entré en vigueur le 1er octobre 2021 : « La durée du temps passé dans chacun des échelons des grades du corps régi par le présent décret est fixée ainsi qu'il suit. » :

Deuxième grade
11e échelon

10e échelon
4 ans 
(…)
(…)


6. Il résulte de l’instruction que Mme C..., reclassée par arrêté du 9 mars 2017 à l’échelon 10 du 2ème grade du corps des infirmiers en soins généraux, justifiait, à la date d’entrée en vigueur du décret du 29 septembre 2021, d’une ancienneté supérieure à quatre ans et remplissait ainsi les conditions requises pour être reclassée à l’échelon 11 de son grade. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que le centre hospitalier a commis une faute en s’abstenant de procéder à son reclassement à compter du 1er octobre 2021, dès la date d’entrée en vigueur dudit décret.

7. Compte tenu de ce qui précède, Mme C... est fondée à demander la condamnation du centre hospitalier de Castelluccio à lui verser une indemnité correspondant à la perte de revenus subie entre les mois d’octobre 2021 et février 2022, du fait de l'absence de reclassement à l’échelon 11 de son grade. Par suite, alors que la requérante ne sollicite que la somme de 2 546,08 euros, il y a lieu de limiter l’indemnisation qui lui sera allouée, à ce montant.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

8. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d’annulation de la requête n’implique aucune mesure d’exécution. Ainsi, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d’injonction présentées par Mme C....
 
Sur les frais liés au litige :
   
9. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme C..., qui n’est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par le centre hospitalier de Castelluccio au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du centre hospitalier de Castelluccio une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C... et non compris dans les dépens.




D E C I D E :


Article 1er : Le centre hospitalier de Castelluccio est condamné à verser à Mme C... la somme de 2 546,08 euros.

Article 2 : Le centre hospitalier de Castelluccio versera à Mme C... une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... épouse C... et au centre hospitalier de Castelluccio.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2025 à laquelle siégeaient :
 
Mme Baux, présidente,
Mme Zerdoud, conseillère,
M. Samson, conseiller. 

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2025.

 
La présidente,

Signé
 
A. Baux
 
 
La rapporteure,
Signé
I. Zerdoud

 
La greffière,

Signé

R. Alfonsi
 
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
 
Pour expédition conforme,
Une greffière,



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