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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2400158

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2400158

lundi 18 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2400158
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS PHELIP & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 février 2024, la SCI Charcot, représentée par Me Felli, demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise afin de constater les désordres consécutifs aux travaux de réalisation d'une voie verte en bord de mer, route des Sanguinaires, sur la commune d'Ajaccio.

Elle soutient que :

- à la suite de travaux effectués par la collectivité de Corse en vue de la réalisation d'une voie verte en bord de mer, des désordres sont apparus lors d'épisodes pluvieux sur les parcelles dont elle est propriétaire, situées en contrebas de la départementale 111 ;

- la mesure d'instruction sollicitée présente un caractère utile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mars 2024, la collectivité de Corse, représentée par Me Phelip, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à charge de la SCI Charcot au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la société requérante ne justifie pas de sa qualité de propriétaire des parcelles en cause, de sorte que la mesure d'instruction sollicitée ne présente manifestement pas d'utilité ;

- le caractère utile de la mesure d'expertise n'est pas établi, alors que la SCI Charcot n'apporte aucun élément permettant de considérer que les ouvrages publics en cause seraient de nature à aggraver l'exposition des parcelles précédemment exposées au ruissèlement des eaux en provenance des terrains situés en amont.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Christine Castany, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référé présentées sur le fondement du livre V du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de ces dispositions doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.

2. La demande d'expertise présentée par la SCI Charcot à l'effet de constater les désordres subis par les parcelles cadastrées section CN n° 66 et 103 à 105, situées en contrebas de la départementale 111, consécutifs aux travaux de réalisation d'une voie verte en bord de mer, route des Sanguinaires, sur la commune d'Ajaccio, d'en déterminer les causes et d'évaluer la nature et le coût des travaux de remise en état entre dans le champ d'application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et présente un caractère utile. La circonstance que la société requérante ne justifie pas de sa qualité de propriétaire des parcelles en cause ne fait pas obstacle à la mesure d'instruction sollicitée, qui ne saurait préjudicier au principal. Il y a lieu, par suite, de faire droit à la demande présentée par la SCI Charcot, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés, et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 1er de la présente ordonnance.

3. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la SCI Charcot, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la collectivité de Corse une somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A B, inscrit sur la liste des experts auprès de la cour administrative d'appel de Marseille, domicilié 12 boulevard Stéphanopoli de Comêne, immeuble le Mercure B, à Ajaccio, est désigné en qualité d'expert avec pour mission de:

1°) se faire communiquer et prendre connaissance de l'ensemble des pièces du dossier, ainsi que de tous les documents utiles à l'accomplissement de sa mission ;

2°) se rendre sur les lieux et procéder à la constatation et au relevé précis de tous les désordres allégués en indiquant leur date d'apparition ;

3°) donner un avis motivé sur les causes et origines des désordres, dire si les dommages sont dus à plusieurs causes, et dans cette hypothèse fournir tous les éléments permettant d'apprécier dans quelles conditions ils sont imputables à chacune d'elles et d'évaluer les proportions relevant de chacune de ces causes ;

4°) d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.

L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachant, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.

Article 2 : Après avoir prêté serment, l'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative, à l'exception du troisième alinéa de l'article R. 621-9. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre la SCI Charcot et la collectivité de Corse. L'expert avertira les parties quatre jours au moins à l'avance par lettre recommandée des date, heure et lieu auxquels il procèdera aux opérations d'expertise.

Article 4 : L'expert déposera son rapport en deux exemplaires au greffe du tribunal dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance et le notifiera aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 5 : En application de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, la charge des frais et honoraires de l'expertise sera fixée ultérieurement par ordonnance du président du tribunal.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à la SCI Charcot, à la collectivité de Corse, et à M. A B, expert.

Fait à Bastia, le 18 mars 2024.

La juge des référés

Signé

C. CASTANY

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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