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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2400538

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2400538

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2400538
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS PHELIP & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 mai 2024, M. C D, représenté par Me Filippi Tafanelli, demande au juge des référés :

1) d'ordonner, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise médicale afin de déterminer les préjudices qu'il estime avoir subis à la suite de la chute sur une voie publique dont il a été victime le 12 mai 2021 sur un chemin à la sortie de la commune de Ponte-Leccia ;

2°) de lui allouer, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative une provision de 2 500 euros.

Il soutient que :

- il a été victime le 12 mai 2021 d'une chute alors qu'il empruntait un chemin à la sortie du village de Ponte-Leccia ;

- il supporte des douleurs invalidantes à la hanche droite et aux genoux.

Par un courrier du 14 mai 2024 M. C D déclare se désister de sa demande de provision.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mai 2024, la collectivité de Corse, représentée par Me Phelip, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. D au titre de l'article L. 761 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que M. D n'a adressé aucune demande indemnitaire préalable à collectivité de Corse ;

- les conclusions tendant au versement d'une provision sont irrecevables en ce qu'elles doivent être présentées par une requête distincte ;

- la condition d'utilité n'est pas remplie dès lors que la preuve de la matérialité des faits n'est pas rapportée et que M. D connaissait les lieux ;

- l'existence d'une contestation sérieuse quant à la responsabilité de la Collectivité de Corse s'oppose à l'allocation d'une provision.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2024, la commune de Morosaglia, représentée par Me Lelièvre, conclut à ce qu'il n'y ait plus lieu de statuer sur les conclusions du requérant à fin de provision et au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. D au titre de l'article L. 761 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le passage sous la ligne du chemin de fer et la parcelle sur laquelle a chuté M. D n'appartiennent pas à la commune de Morosaglia de telle sorte que sa responsabilité ne saurait être recherchée ;

- M. D n'établit pas la matérialité des faits ni l'existence d'un lien de causalité avec l'ouvrage public.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Corse qui n'a pas produit de mémoire.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 février 2023.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme Pauline Muller, conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référé présentées sur le fondement du livre V du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. En premier lieu, aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. Il résulte des termes mêmes de l'article R. 532-1 code de justice administrative qu'une expertise peut être ordonnée même en l'absence de décision administrative préalable. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée par la collectivité de Corse doit être écartée.

3. M. D demande la désignation d'un expert, dans la perspective d'une action en responsabilité contre l'administration, en vue de déterminer les conséquences dommageables de la chute dont il a été victime sur la voie publique.

4. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective, d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. A ce dernier titre, il ne peut faire droit à une demande d'expertise lorsque, en particulier, elle est formulée à l'appui de prétentions qui ne relèvent manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative, qui sont irrecevables ou qui se heurtent à la prescription. De même, il ne peut faire droit à une demande d'expertise permettant d'évaluer un préjudice, en vue d'engager la responsabilité d'une personne publique, en l'absence manifeste, en l'état de l'instruction, de fait générateur, de préjudice ou de lien de causalité entre celui-ci et le fait générateur.

5. La responsabilité de la personne publique, propriétaire d'un ouvrage public, est engagée de plein droit à l'égard de l'usager victime d'un dommage, sans que l'intéressé ait à établir l'existence d'une faute à la charge de cette personne publique, si le dommage est effectivement imputable à un défaut d'entretien normal de l'ouvrage.

6. Il résulte de l'instruction que l'expertise sollicitée par M. D, porte sur les préjudices qu'il estime avoir subis à la suite d'une chute sur la voie publique survenue le 12 mai 2021. Si la commune de Morosaglia et la collectivité de Corse soutiennent que la matérialité des faits n'est pas établie, notamment s'agissant du lieu de la chute et que la commune soutient que M. D ne rapporte pas la preuve du lien de causalité entre le préjudice et l'ouvrage public, le requérant produit toutefois une attestation du directeur du service d'incendie et de secours de la Haute-Corse du 15 février 2023 faisant état de l'intervention des sapeurs-pompiers pour la prise en charge de l'intéressé le 12 mai 2021 à la suite d'une chute et son évacuation vers le centre hospitalier de Corte, un plan cadastral identifiant la parcelle sur laquelle se situe le chemin sur lequel M. D indique avoir chuté et des certificats médicaux en date du 5 juillet 2021 et du 1er février 2024 détaillant les séquelles liées à une chute et notamment l'intervention réalisée le 13 mai 2021 sur une fracture complexe trochantérienne de l'extrémité supérieure du fémur droit suivie de complications gastroentérologiques. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que M. D ne justifierait pas, au stade de la présente procédure de référé, sans préjuger des responsabilités pouvant être encourues, de la matérialité des faits et du lien de causalité. Par ailleurs, les circonstances que l'intéressé connaissait parfaitement les lieux et n'apporte pas d'éléments justifiant d'un défaut d'entretien normal du chemin en cause sont sans incidence sur l'utilité de la demande d'expertise, dès lors qu'il n'appartient pas au juge des référés expertise de se prononcer sur la responsabilité de la personne publique. Dans la perspective d'une action en responsabilité, la mesure d'expertise sollicitée en vue d'évaluer les préjudices que M. D estime avoir subis à la suite de la chute dont il a été victime le 12 mai 2021 sur la voie publique n'est pas dépourvue d'utilité. Il y a lieu, en conséquence, d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur la demande de provision :

7. Dans le dernier état de ses écritures, M. D a abandonné ses conclusions à fin de provision. La fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité de telles conclusions et l'exception à fin de non-lieu à statuer ne sauraient dès lors être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que M. D, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la collectivité de Corse et à la commune de Morosaglia les sommes que celles-ci réclament au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A B, inscrit sur la liste des experts auprès de la cour d'appel de Bastia, demeurant cabinet d'expertise médicale, 647 avenue de la Libération à Bastia (20600) est désigné avec pour mission de :

1°) se faire communiquer tous les documents médicaux utiles à sa mission ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. D ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

2°) décrire l'état de santé actuel de M. D et ses antécédents médicaux ;

3°) préciser l'origine des affections dont se plaint M. D et dire si elles sont en relation directe et certaine avec la chute dont il a été victime le 12 mai 2021 et, le cas échéant, dans quelle proportion (exprimée en pourcentage) ;

4°) dire si l'état de santé de M. D a entraîné une incapacité temporaire partielle et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;

5°) indiquer à quelle date l'état de santé de M. D peut être considéré comme consolidé ; préciser s'il subsiste une incapacité permanente partielle et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable au seul accident du 12 mai 2021 de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé ; dans le cas où cet état de santé ne serait pas encore consolidé, indiquer, si dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l'importance ;

6°) donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice esthétique temporaire et permanent, préjudice d'agrément, préjudice psychologique) et le cas échéant, en évaluer l'importance ;

7°) recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles à l'examen des questions précédemment définies.

L'expert disposera des pouvoirs d'investigations les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.

Article 2 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative, à l'exception du troisième alinéa de l'article R. 621-9. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable de la présidente du tribunal administratif.

Article 3 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre M. D, la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Corse, la collectivité de Corse et la commune de Morosaglia.

Article 4 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal dans un délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 6 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle la présidente du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Corse, à la collectivité de Corse, à la commune de Morosaglia et à M. A B, expert.

Fait à Bastia le 11 juillet 2024.

La juge des référés,

Signé

P. MULLER

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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