vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2400555 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Avocat requérant | MUSCATELLI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 7 mai, 17 juin et 12 juillet 2024, la SARL Bizzari Nautic, représentée par Me Armani, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de désigner un expert à l'effet d'examiner les possibilités techniques permettant la sortie régulière de convois exceptionnels par les routes territoriales n°s 20 et 40 lors des opérations de travaux de doublement de la voie entre les giratoires de la Gravona et d'Afa.
Elle soutient que :
- elle exerce son activité de gardiennage, d'hivernage, de réparation des bateaux et de vente et location de tout ce qui concerne la plaisance, notamment, dans un port à sec dont la parcelle d'assiette est encadrée par les routes territoriales 40 et 20, donnant toutes deux sur le rond-point de la Gravona ;
- les déplacements des bateaux jusqu'à la mise à l'eau se font par la RT 20 en traversant la route et par convoi exceptionnel ;
- en raison des travaux envisagés par la collectivité de Corse, aux fins de doublement de la voie entre les giratoires de la Gravona et d'Afa, elle ne pourra plus organiser de convois exceptionnels l'amenant à traverser la RT 20 et sera obligée de faire passer les convois jusqu'au rond-point de Caldaniccia, ce qui va allonger le parcours et ce qui présente un risque alors que ce rond-point comporte un dévers important qui risquerait de faire basculer les bateaux ;
- dans ces conditions, le passage en quatre voies de la RT 20 constitue un risque évident de fermeture du port à sec et des activités principales.
Par des mémoire en défense, enregistré les 14 juin, 4 et 24 juillet 2024, la collectivité de Corse, représentée par Me Muscatelli, conclut au rejet de la requête à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SARL Bizzari Nautic au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que l'expertise sollicitée ne présente pas d'utilité, la société requérante ne démontrant l'existence ni d'un fait générateur ni du moindre préjudice.
Vu :
- la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme Christine Castany, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référé présentées sur le fondement du livre V du code de justice administrative ;
- les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".
2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.
3. A l'appui de sa demande d'expertise, la SARL Bizzari Nautic soutient que le passage en quatre voies de la RT 20 constitue un risque évident de fermeture du port à sec qu'elle exploite et de ses activités principales, en raison du fait qu'elle ne pourra plus organiser de convois exceptionnels l'amenant à traverser la RT 20 et qu'elle sera obligée de faire passer les convois jusqu'au rond-point de Caldaniccia, ce qui va allonger le parcours et ce qui présente un risque alors que ce rond-point comporte un dévers important qui risquerait de faire basculer les bateaux. Toutefois, d'une part, la collectivité de Corse fait valoir que le projet de doublement de la voie entre les giratoires de la Gravona et d'Afa n'a pas encore été soumis à l'enquête publique, de sorte qu'il n'est pas définitivement arrêté dans ses modalités. D'autre part, la demande sollicitée ne porte pas sur la constatation de désordres causés par une opération de travaux publics et la détermination des préjudices et des mesures nécessaires pour y remédier, mais sur l'examen, en dehors de tout litige né et actuel ou simplement éventuel, des possibilités techniques permettant la sortie régulière de convois exceptionnels par les RT 20 et 40, de la nature des travaux à réaliser et de leur montant. Or, la contestation de la nature et de l'étendue des travaux qui seraient mis en œuvre par la collectivité de Corse, dans le cadre des opérations routières envisagées sur le réseau du grand Ajaccio, n'entre pas dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, la mesure d'instruction sollicitée ne saurait être regardée comme utile au sens de ces dispositions.
4. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la collectivité de Corse présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la SARL Bizzari Nautic est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la collectivité de Corse au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SARL Bizzari Nautic et à la collectivité de Corse.
Fait à Bastia, le 4 octobre 2024.
La juge des référés
Signé
C. CASTANY
La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
H. MANNONI
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